Guy Laforest

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Protéger et promouvoir un humanisme de langue française au Québec, au Canada, en France et dans le monde

Une version en langue anglaise suivra dans les prochaines semaines/ An English-language version will follow in the next few weeks

Protéger et promouvoir un humanisme de langue française au Québec, au Canada, en France et dans le monde

Le  10 avril 2017 l’AELIES, l’Association des étudiantes et étudiants de l’Université Laval inscrits aux cycles supérieurs, a invité les trois candidats dans la course au rectorat de l’institution, Sophie d’Amours (l’éventuelle gagnante, qui entre en poste le 1er juin), Éric Bauce et Michel Gendron, à partager lors d’une conférence leur vision de l’Université idéale pour le XXIe siècle avec l’auditoire. Dans le cadre de ces présentations et du débat qui les a suivies, j’ai posé une question aux trois candidats. Pour en expliquer le contexte, j’ajoute que, parmi les personnes qui sont intervenues ce soir-là, il y avait mon collègue et ami le philosophe Michel Seymour de l’Université de Montréal, avec lequel je co-dirige l’axe I « Nation,nationalisme et diversité », au sein du Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité et la démocratie (CRIDAQ). Michel Seymour et moi, nous nous sommes connus au temps de l’Accord du lac Meech, entre 1987 et 1990, à une époque où Brian Mulroney, David Peterson et Robert Bourassa avaient été les principaux acteurs d’un drame constitutionnel qui s’était terminé par l’échec d’une tentative pour permettre au Québec de signer la constitution canadienne dans l’honneur et l’enthousiasme. Une des clauses de l’Accord du lac Meech stipulait que dorénavant, si l’accord avait été entériné, la constitution canadienne aurait dû être interprétée dans le respect du principe selon lequel le gouvernement et l’Assemblée nationale du Québec ont la responsabilité de protéger et de promouvoir une société distincte au Québec.

Lors du débat-rencontre du 10 avril, j’ai d’abord remercié les candidats d’avoir pris le risque personnel d’une telle campagne au rectorat, pour le bénéfice de notre université et de son avenir. Puis, j’ai souhaité que la gagnante ou le gagnant eût l’intelligence de s’inspirer à compter du premier juin de toutes les bonnes idées mises de l’avant pendant la campagne, tout en ayant aussi la générosité de cœur requise pour rassembler la communauté de l’Université Laval après une campagne qui laisse toujours des marques, des rides, et aussi quelques cheveux blancs.

Par après, en reprenant l’esprit et quelques-uns des mots célèbres de l’Accord du lac Meech, j’ai donc posé la question suivante à la candidate et aux candidats : Qu’allez- vous faire, comme rectrice ou comme recteur de l’Université Laval, pour préserver et promouvoir ce bel humanisme de langue française, présent à la bibliothèque des sciences humaines qui porte le beau nom de Jean-Charles Bonenfant, dans l’industrie du livre scientifique représentée sur le campus par les Presses de l’Université Laval et d’autres partenaires, dans le vaillant univers de nos revues savantes (Les Cahiers de droit, Service Social, Recherches sociographiques, Études internationales, Relations industrielles, Recherches amérindiennes au Québec, Recherches féministes, Laval philosophique et théologique, Recherches féministes, Études littéraires, Anthropologie et sociétés, Cahiers de géographie du Québec, Études/Inuit/Studies), dans un contexte international, technologique et économique où l’univers des bibliothèques, des livres savants et des revues scientifiques et littéraires subit toutes sortes de pressions, qu’allez-vous faire donc, pour répéter la question, pour préserver et promouvoir ce bel humanisme et ce patrimoine intellectuel qui sont liés au destin du Québec comme société nationale distincte en Amérique et dans le monde, et qui constituent aussi, à moins que je ne me trompe, une partie importante de l’héritage et de l’âme de l’Université Laval?

Alors que la nouvelle rectrice, Madame Sophie D’Amours, s’apprête à occuper le premier juin son poste de rectrice de l’Université Laval, je souhaite bien sûr de tout cœur qu’elle parviendra, au cours des prochaines années, avec son équipe, à faire avancer sur le campus de l’Université Laval la cause de cet humanisme de langue française, grand héritage civilisationnel de l’histoire du monde et de la modernité, et dimension fondamentale de l’identité de la société québécoise.

Toutefois, plus le temps passe depuis le débat d’avril, plus je me dis que, comme Christian Dufour l’avait rappelé dans un livre publié chez Septentrion en 2006 (Le défi français : regards croisés sur la France et le Québec, http://www.septentrion.qc.ca/catalogue/defi-francais-le), la tâche de la préservation et de la promotion d’un humanisme de langue française est indissolublement liée à celle du droit à la différence identitaire, culturelle et intellectuelle dans le monde. C’est une tâche qui incombe à un gouvernement du Québec  préoccupé par la recherche d’un équilibre entre la prépondérance de la langue française et la protection du patrimoine également anglophone du Québec, à un gouvernement canadien qui, dans un contexte de bilinguisme officiel sur fond de déséquilibre des ressources entre les communautés linguistiques, doit aussi préserver et promouvoir un patrimoine intellectuel lié aussi bien à un humanisme de langue anglaise qu’à un humanisme de langue française, au nouveau gouvernement français d’Emmanuel Macron qui a fait de l’éducation et de la culture des priorités indépassables, et finalement à une Organisation internationale de la francophonie qui se rassemblera dans les prochaines années en Arménie en 2018 et en Tunisie en 2020.

Dans cette belle aventure de la préservation et de la promotion d’un humanisme de langue française, laquelle vit en amitié avec celles et ceux qui se réclament d’autres horizons linguistiques, j’ai le goût de m’arrêter ce matin, alors que l’aube commence à poindre à Toronto, pour saluer les créatrices et les créateurs qui pensent et qui réfléchissent en français mais aussi en anglais au Québec et au Canada, qui font vivre la littérature mais aussi les livres scientifiques et les revues savantes par la beauté et la richesse de leur écriture, sans oublier tous les artisans qui permettent, par leur travail sophistiqué, rigoureux et acharné, que notre patrimoine culturel continue à s’épanouir à travers l’édition et la diffusion de ces instruments irremplaçables que sont les livres savants et les revues scientifiques, intellectuelles et littéraires.

 

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