Guy Laforest

Accueil » Non classé » D’un geste d’inhumanité à un renforcement de notre commune humanité

D’un geste d’inhumanité à un renforcement de notre commune humanité

Une version en langue anglaise suit le texte en français/ A version in English follows the text in French

Il y a environ un an, je commençais à écrire des billets sur ce blogue. Dans la foulée des événements tragiques du 29 janvier 2017 au Centre culturel islamique de Québec, lesquels ont coûté la vie à au moins six personnes tout en en déchirant plusieurs autres, j’actualise ici le premier billet, qui était intitulé « L’éducation, la liberté et le sens de la vie ».

Pourquoi chercher un sens à la vie, alors qu’il pourrait ne pas y en avoir ? Notre présence sur la terre est d’une navrante brièveté. Elle laisse l’infinité du temps tout à fait imperturbable. Devant l’immensité de l’univers, l’espace de notre ville, fût-elle magnifique, celui de notre province, fût-elle distincte, et celui de notre pays, fût-il le meilleur, paraissent insignifiants. Face à ce vide de sens, la vie peut sembler absurde.

Comme le rappelait en 2003 Jean Grondin, dans un bel essai sur le sens de la vie, l’être humain se singularise du fait qu’il ne se contente pas de cette double absurdité dans le temps et dans l’espace. Dans le langage, dans la culture, en société, l’être humain dépasse ce vide en ne restant pas seul, en dialoguant avec d’autres personnes, en les aidant à trouver un sens à leur vie, à identifier leur voie propre, à accomplir leur liberté. La quête du sens de la vie appartient à l’agir humain libre. Elle est un beau et vaste chemin, marqué souvent par de douloureux apprentissages.

Chaque matin, au Québec comme partout au Canada et ailleurs dans le monde, des milliers de personnes se lèvent tôt pour faire leur part dans la grande aventure de l’éducation. Ils partent vers la maternelle, l’école, le collège ou l’université, pour aller former, transmettre, responsabiliser, émanciper. J’appartiens à cette famille de pédagogues, d’éducatrices et d’éducateurs qui essaient de triompher de l’absurdité en aidant des jeunes à trouver des phares sur les mers parfois tourmentées de la vie, à épanouir leur liberté en la balisant, à découvrir pour eux-mêmes des projets de vie nobles et porteurs.

L’éducation à la liberté et au sens de la vie est l’affaire de tous les artisans de la transmission. Toutefois, je crois profondément que ce qui caractérise l’ensemble de nos disciplines dans les humanités et les sciences sociales, c’est d’être au cœur des interrogations fondamentales sur le sens de la vie et sur l’importance de l’éducation et la compréhension de ses tâches, aussi lourdes que complexes dans nos sociétés. Pour plusieurs d’entre nous, ces tâches sont devenues encore plus difficiles depuis le 29 janvier.

À l’Université Laval, comme pédagogues et comme êtres humains, nous sommes bouleversés par le drame qui s’est produit dimanche et par ses suites. L’une des victimes, Khaled Belkacemi, était un collègue brillant et estimé. Le présumé auteur était l’un de nos étudiants. Comment réagir à un tel geste d’inhumanité ? Comment, péniblement, remettre un peu plus de sens dans nos vies ? La vigile de la soirée du 30 janvier a commencé à donner de belles réponses à ces questions. Répondre à tout cela par des paroles et des gestes d’amitié, de solidarité et d’affection envers toutes celles et ceux qui sont nos sœurs et nos frères en humanité, et en donner un peu plus, beaucoup plus, à nos sœurs et nos frères de la communauté musulmane. Et après les premiers jours, persévérer sur ce chemin.

From a gesture of inhumanity to a reinforcement of our common humanity

Following the tragic events that took place at the Islamic Cultural Centre in Québec City on January 29, 2017, which claimed the lives of at least six people while damaging the ones of many others, I republish here with some modifications the first entry published last year on my blog, entitled « Education, freedom and the meaning of life ».

Why bother debating the meaning of life, for it appears there is none? Our presence on earth is regretfully quite brief. It fails to disturb the mighty infinity of time. Considering the immensity of the universe the space of our city, however magnificent, the one of our province, although distinct, and the space of our country, arguably the best one, pale into insignificance.

As Jean Grondin noted in 2003, in his thoughtful essay on the meaning of life, what distinguishes human beings is the fact that they do not content themselves with this double absurdity in time and space. In the realms of language, culture and society, human beings bypass this void by refusing to remain alone, through dialogue with other people, helping them find meaning to their own lives, identifying their own paths, accomplishing their respective freedoms. The quest for the meaning of life belongs to free human agency. It is a beautiful and vast avenue, although marked at times by painful experiences.

Every single morning in Québec, as elsewhere in Canada and around the world, thousands of people wake up early to do their share in the great adventure of education. They leave for various daycare centres, schools, colleges, universities, where they will strive to form, transmit, foster responsibility and emancipate the minds of a new generation.  I belong to the family of teachers who attempt to triumph from absurdity by helping young people find beacons on the often tumultuous seas of life, emancipate their freedom while disciplining it, discover noble life projects.

Educating towards freedom and the meaning of life is the business of all artisans of transmission. In this endeavor, one encounters difficulties at all levels. I strongly believe that what characterizes our disciplines in the humanities and social sciences is the fact that they are at the centre of key interrogations on the meaning of life, on the horizons and limits of freedom, at the centre also of fundamental reflections on the nature and burdens of education in our societies. For many of us, these tasks have become even more difficult following last Sunday’s events.

At Université Laval, as human beings and as teachers, we are devastated by last Sunday’s drama and by its consequences for so many lives. One of the victims, Khaled Belkacemi, was a brilliant and esteemed colleague. The purported author was one of our students. How should we react to such a gesture of inhumanity ? How can we, step by step, put meaning back into our lives ? The vigile which took place on January 30 has started to give beautiful answers to these questions. We should respond by gestures of friendship, of solidarity and of affection towards all our sisters and brothers in humanity, and to give a little more of this, in fact much more of this, to our sisters and brothers from the Muslim community. And after the first few days, we should persevere on this path.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :