Guy Laforest

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Brexit ou un statut très particulier pour la société distincte des nations britanniques

 

La version en langue anglaise suit/ Version in the English language follows

« Est-ce que le Royaume-Uni devrait rester (remain) dans l’Union européenne ou quitter (leave) l’Union européenne? Telle est la question qui sera posée le 23 juin 2016 dans un référendum à des dizaines de millions d’électrices et d’électeurs britanniques, sous la supervision de la Commission électorale britannique, et avec de profondes conséquences pour le pays, pour l’Union européenne et en fait pour l’ensemble du continent européen. Outre les citoyens britanniques, ceux de l’Irlande et ceux du Commonwealth, s’ils ont 18 ans et plus, de même que les électrices et les électeurs qui vivent hors du pays mais sont demeurés inscrits sur les listes électorales au cours des 15 dernières années, disposeront du droit de vote. À l’exception des citoyens de l’Irlande, de Chypre et de Malte, les autres citoyens européens vivant et travaillant au Royaume-Uni seront privés d’un tel droit. Au moment d’écrire ces lignes, à quelque 24 heures de l’ouverture des bureaux de scrutin, les deux camps paraissent pratiquement à égalité (https://ig.ft.com/sites/brexit-polling/).

Ce billet sera subdivisé en quatre parties. Je ferai d’abord un certain nombre de commentaires généraux sur les référendums, en m’appuyant sur les expériences du Canada et du Québec en la matière. Dans un deuxième temps, je reproduirai intégralement le billet que j’avais consacré à ces enjeux il y a trois mois, quand l’Union européenne s’apprêtait à approfondir encore le statut spécial du Royaume-Uni. Dans un troisième temps, je présenterai sommairement une série de ressources disponibles sur internet pour suivre le référendum et la politique britannique, et pour approfondir ces questions en pensée politique. Finalement je ferai le bilan de la situation à quelque 24 heures du vote.

I-Les référendums constitutionnels et existentiels

Comme l’a bien montré Stephen Tierney dans son livre consacré aux référendums constitutionnels, ceux-ci ont le double visage de Janus. Certes, ils peuvent renforcer voire revigorer la démocratie, mais ils peuvent aussi être dangereux et entraîner de profondes divisions. En Irlande du Nord, le référendum de 1973 eut des conséquences catastrophiques tandis que ceux de 1998, aussi bien en Irlande du Nord que dans la république irlandaise, dans la foulée de l’Accord du Vendredi-Saint entre les partis unionistes et nationalistes-républicains, également entre le Royaume-Uni et la République irlandaise, eut des effets beaucoup plus positifs. Je retiens de l’ensemble de l’analyse de Tierney la conclusion suivante : en tant que leader, si vous n’avez pas la conviction qu’en toute probabilité les résultats du référendum seront les mêmes dans la plupart sinon toutes les parties importantes de votre communauté, vous devriez vous abstenir d’organiser un tel référendum. J’estime que David Cameron ne disposait pas d’une telle certitude, d’une même orientation des probabilités quand, dans la période précédant les élections britanniques de mai 2015, il promit d’organiser un référendum sur l’appartenance britannique à l’Union européenne en cas de victoire du Parti conservateur qu’il dirigeait et dirige toujours.

Le Québec et le Canada ont été les théâtres de trois grands référendums constitutionnels au cours des 40 dernières années. Le 20 mai 1980, le gouvernement du Parti québécois dirigé par René Lévesque demanda un mandat pour négocier la souveraineté-association avec le reste du Canada. Le camp du NON l’emporta par une marge décisive (59.5%-40.4%). Le 26 octobre 1992, le gouvernement fédéral du Canada dirigé par Brian Mulroney et le gouvernement québécois dirigé par Robert Bourassa ont organisé le même jour un référendum demandant à la population d’approuver une réforme constitutionnelle complexe découlant d’un accord signé à Charlottetown à la fin août de la même année. Le référendum fut défait aussi bien à la grandeur du Canada (54.3%-45.7%) qu’au Québec (56.7%-43.3%). Le 30 octobre 1995, le gouvernement du Parti Québécois dirigé par Jacques Parizeau, avec ses alliés du Bloc Québécois (Lucien Bouchard) et de l’Action Démocratique du Québec (Mario Dumont), demanda à la population un mandat pour négocier une forme de souveraineté-partenariat avec le reste du Canada. En cas d’échec des négociations au terme d’un délai d’un an, le Québec aurait pu déclarer la souveraineté de manière unilatérale. Le référendum fut battu par la plus infime des marges (50.6%-49.4%).

C’est ce dernier référendum qui se rapproche le plus de l’expérience britannique contemporaine. Sur la base de mes souvenirs des derniers jours de la campagne d’octobre 1995, je peux assurer les Britanniques qu’ils passeront par toute la gamme des émotions au cours des prochaines heures et des prochains jours. Immanquablement, une grande nervosité les étreindra. Les référendums constitutionnels existentiels peuvent donner aux dirigeants, aux journalistes mais aussi aux citoyennes et aux citoyens l’occasion de montrer la facette la plus désagréable de leur personnalité. Quand ces référendums sont organisés sur la base d’accord négociés entre toutes les parties prenantes, ils peuvent représenter la politique de l’espoir. Toutefois, quand ils ont lieu dans des communautés qui restent profondément divisés, ils restent associés à la politique de la peur et de la méfiance. Au Royaume-Uni, des événements survenus d’abord ailleurs en Europe – la crise des migrants et les attaques terroristes à Paris et à Bruxelles- ont donné des munitions aux promoteurs de la politique de la peur.

Les leaders politiques organisent des référendums en passant que s’ils les gagnent, leurs carrières personnelles, leurs causes et leurs pays en sortiront renforcés. Logiquement, elles et ils doivent accepter qu’un résultat négatif entraînera toutes les conséquences contraires. Au Québec, en 1980, je crois que René Lévesque ne s’est jamais vraiment remis de la défaire subie lors du référendum. En 1992, pour Brian Mulroney, les conséquences de la défaite furent catastrophiques. Un an plus tard, il se retirait de sa politique et son parti était pratiquement effacé de la carte électorale lors des élections fédérales de l’automne 1993. Quant à Jacques Parizeau, il annonça sa démission quelque 24 heures après sa défaite référendaire de 1995, démission il est vrai précipitée par sa déclaration imputant son échec à l’effet conjugué « de l’argent et des votes ethniques ». Quel sort attend David Cameron dans les prochaines heures et les prochains jours? Six de ses ministres font campagne pour le retrait (Leave), tandis que plus de 130 députés conservateurs font de même. On retrouve également dans le camp du retrait l’ex-maire de Londres, Boris Johnson, adversaire potentiel de Cameron pour diriger le Parti conservateur, et Nigel Farage, chef du United Kingdom Independence Party. David Cameron a fait preuve de beaucoup d’habileté jusqu’à présent dans sa trajectoire politique. Quel que soit le résultat lors du référendum du 23 juin 2016, il aura le plus grand défi de sa vie politique devant lui.

 

II- Un statut spécial pour la société distincte britannique

Pour toute personne qui, comme moi, se passionne pour le destin de l’Europe, les dérives de l’Union européenne sont préoccupantes. Elle compte dorénavant 500 millions de citoyens répartis dans 28 pays, dont 13 nouveaux membres depuis 2004. Cet agrandissement s’est produit sans approfondissement cohérent. Le rejet du traité constitutionnel en 2005 a débouché sur un compromis qui peine à sauver les meubles, le Traité de Lisbonne. Les problèmes sont profonds : le désintérêt des populations, l’absence d’une sphère publique européenne, des processus décisionnels lourds pour gérer la normalité, et en temps de crise les responsables de l’Union doivent décider en petit comité avec les dirigeants de l’Allemagne et de la France.

En 2015-2016, les défis sont urgents et nombreux : les soubresauts de la crise financière affectant la stabilité de la zone Euro, le statut incertain de la Grèce, les pressions de la Russie sur l’Ukraine, la crise des réfugiés, la montée du national-populisme à l’est comme à l’ouest, la crise de gouverne en Espagne, conjuguée au malaise catalan. Et maintenant les Britanniques en remettent avec la tenue, le 23 juin prochain, d’un référendum sur le principe même de leur présence dans l’Union européenne.

À maints égards, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, entré dans le Marché commun européen en 1973, représente une société distincte au sein de l’Union : avec sa forte livre sterling il reste à l’écart de la zone Euro, ne participe pas davantage à l’espace Schengen réglementant les contrôles frontaliers, tout en bénéficiant de plusieurs exceptions dans l’organisation budgétaire.

Lors du sommet tenu à Bruxelles les 18-19 février, le premier ministre britannique, David Cameron, a obtenu d’autres concessions qui confirmeront le statut spécial de son pays : le gel pour une période de 7 ans des avantages sociaux des citoyens européens travaillant au Royaume-Uni; des dispositions protégeant le statut de Londres, comme centre autonome des marchés financiers; des ajustements au calcul des allocations familiales pour les enfants demeurés dans le pays d’origine de citoyens européens travaillant au Royaume-Uni; et finalement, au pays des symboles, la reconnaissance formelle que le Royaume-Uni n’est pas engagé dans une dynamique toujours plus étroite d’intégration au sein de l’Union européenne.

Rester, ou partir? « Remain », or « Leave », comme cela sera écrit sur les bulletins de vote? L’option de rester est légèrement en avance dans les sondages, mais rien n’est gagné. Six ministres du gouvernement conservateur de David Cameron feront campagne pour l’option du retrait. Le charismatique maire de Londres, Boris Johnson, aspirant à la succession de Cameron, fera de même. L’Écosse dirigée par la très populaire Nicola Sturgeon est très fortement pro-européenne. Un autre conseil européen sur la crise des migrants aura lieu à la mi-mars. Des élections suivront au pays de Galles, en Irlande du Nord et en Écosse le 5 mai.

Le Royaume-Uni et l’Europe vivent un carrefour important. La nervosité va monter dans les prochaines semaines. Pourquoi rester ensemble avec les autres Européens, se demandent les Britanniques? Que devrions-nous partager avec eux? La réflexion est commencé

III-Sources pour étudier la politique britannique et les référendums

Remain UK : http://www.strongerin.co.uk/#JjULEQYCGLDjdCjB.97

Leave UK : https://leave.eu/

British Electoral Commission: http://www.electoralcommission.org.uk/

British Government: https://www.gov.uk/search?q=referendum+on+EU

Poll tracker: https://ig.ft.com/sites/brexit-polling/

BBC Britain: http://www.bbc.com/

The Guardian: https://www.theguardian.com/uk-news

The Times: http://www.thetimes.co.uk/

Prospect Magazine: http://www.prospectmagazine.co.uk/

Constitution Unit : https://www.ucl.ac.uk/constitution-unit/research/europe

Alan Trench’s blog, Devolution Matters : https://devolutionmatters.wordpress.com/

Centre on Constitutional Change (Edinburgh) http://www.centreonconstitutionalchange.ac.uk/centre

Le livre de Stephen Tierney : Constitutional Referendums : The Theory and Practice of Republican Deliberation; https://global.oup.com/academic/product/constitutional-referendums-9780199592791?cc=us&lang=en&

Le livre sous la direction de Guy Laforest et André Lecours, avec des articles de Michael Keating et Alan Trench, pour approfondir les complexités de l’État britannique : http://www.mqup.ca/parliaments-of-autonomous-nations–the-products-9780773547407.php

Le point de vue du journal Le Monde: Le Brexit permet un débat utile pour l’Europe: http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/06/20/le-brexit-ouvre-un-debat-utile-pour-l-europe_4954359_3232.html

Germany’s Der Spiegel: Bitte geht nicht! (please don’t Go): https://www.facebook.com/DerSpiegel/videos/vb.120313354720325/1064024793682505/?type=2&theater

In Academia.edu: Claire Dupont and Florian Trauner: What If? The Implications of a Brexit Scenario on Different EU Policies, Institute for European Studies, Vrije Universiteit Brussel; https://www.academia.edu/26356681/What_if_The_Implications_of_a_Brexit-Scenario_on_different_EU_policies

In Academia.edu: articles by Luis Moreno, in Spanish: “Brexit, Brin y la UE”, “Brexit y Scotin”; https://csic.academia.edu/LuisMoreno/Op-eds

Le livre de Luuk van Middelaar, The Passage to Europe: http://passage-to-europe.eu/author

LEntrevue de Guy Laforest avec Anne-Marie Dussault de l’émission 24/60 à la télévision de Radio-Canada (21 juin 2016) : http://ici.radio-canada.ca/widgets/mediaconsole/medianet/7556085

IV-Conclusion

Le referendum britannique, j’en suis convaincu, rappellera toutes sortes de souvenirs aux Québécois et aux Canadiens. Nous sommes souvent passés par de tels rendez-vous politiques existentiels. Nous savons qu’ils laissent des traces. Nous, les Québécoises et les Québécois, constatons qu’au fond ce que les Britanniques veulent dans leurs rapports avec l’Union européenne, c’est un peu ce que nous voulons dans le Canada : un statut très particulier pour notre société distincte. Je suis convaincu que sur le continent, et pas uniquement dans la très pro-européenne Allemagne, beaucoup de gens voient la situation un peu comme le journaliste du Globe and Mail, Jeffrey Simpson, qui avait résumé un jour en un mot la réponse des Québécois à la fameuse question : « What does Québec Want? ». Le mot choisi par Simpson fut le suivant : « more », davantage. Plus de pouvoir, plus d’autonomie, plus de reconnaissance, plus d’argent. Sur le théâtre politique et psychologique complexe des campagnes référendaire s existentielles, aussi bien sur le plan personnel que sur le plan collectif, l’exaspération des tensions alimente les préjugés des uns et des autres.

Au meilleur de mes souvenirs jamais, au Québec et au Canada, la politique de la peur dans toutes ses dimensions (liées à l’immigration, à l’identité politique, à l’économie), n’a atteint un niveau semblable à ce qui se produit cette année au Royaume-Uni. Dans ce pays, l’arsenal de la peur a joué un rôle dans l’assassinat d’une députée travailliste au Parlement britannique, Jo Cox. La campagne laisse les quatre nations de la société distincte britannique profondément divisée. L’Écosse appuie très massivement l’option du maintien au sien de l’Union européenne. En Irlande du Nord, la campagne référendaire donne lieu à la reproduction des lignes traditionnelles de fracture de la communauté, alors que tous les députés unionistes favorisent le retrait tandis que les députés nationalistes-républicains favorisent le maintien. Au Pays de Galles, les deux camps sont à peu près à égalité dans l’opinion publique. En Angleterre, la situation est un peu différente avec une avance relativement confortable du maintien dans le Grand-Londres (10-12%), tandis que le retrait s’impose avec une marge un peu moindre dans les autres régions.

Si j’avais à donner des conseils aux leaders britanniques, je leur dirais de préparer des discours nobles et généreux en fonction de toutes les éventualités, et de rester fidèles à eux au moment de les prononcer. Je leur dirais aussi d’avoir des conversations suivies avec les responsables politiques de toutes les familles de pensée. Si j’avais à dire quelque chose aux citoyennes et aux citoyens de ce pays, je les inviterais à vivre ces heures intensément et je leur garantirais qu’ils s’en rappelleront tout au long de leur vie.  Aux citoyens et dirigeants européens, mon message serait le suivant: restez calmes respectez tout aussi bien les électeurs britanniques, le sens de leurs votes que leurs lois. Je les inviterais aussi à ne pas oublier que malgré la coupure que représente la Manche, leur destin restera toujours lié à celui des Britanniques. Je souhaiterais finalement aux Européens une nouvelle génération de leaders, capables d’imaginer l’avenir du continent de manière intelligente et réaliste.

Brexit or a very special status for the British distinct society of nations

“Should the United Kingdom remain in the European Union or leave the European Union?” This is the question that will be answered, under the supervision of the British Electoral Commission, by tens of millions of Britons on June 23, 2016, with far-reaching consequences for their country, for the European Union and indeed for the whole European continent. British, Irish and Commonwealth citizens who are residing in the UK and over 18 years of age, along with UK nationals living outside the country but who have been on the electoral register in the UK for the past 15 years, will have the right to vote. With the exception of citizens from Ireland, Malta and Cyprus, European Union citizens living and working in the UK will not have the right to vote. As these lines are being written, less than twenty-four hours before voting starts, opinion polls tell us that the Remain and Leave camps are almost dead even (https://ig.ft.com/sites/brexit-polling/).

This entry is in four parts. First, some general comments about referendums, drawing from the experience of Canada and Québec. Second, the re-presentation of what I wrote about this issue some three months ago, after the EU Summit that confirmed and extended the UK’s distinct status within the European Union. Third, a list of useful websites to follow the referendum, understand British politics, comprehend the place of referendums in political science and political theory, and finally some concluding comments.

I-Constitutional and existential referendums

As Stephen Tierney argues in his book on constitutional referendums, such political experiences are Janus-faced: they can rekindle and strengthen democracy; however, they also can be dangerous and very divisive. In addition, they are immensely unpredictable. In Northern Ireland, the 1973 referendum was catastrophical; in 1998, following the Good Friday Agreement and the Accord between Unionist and Nationalist-Republican political forces, between also the UK and Irish governments, the referendums held in Northern Ireland and in the Republic had more positive results. I take from Tierney’s analysis of these two cases the following conclusion: as a leader, if you have not acquired at least the conviction that it is highly probable that all important sectors of your community will support your side in a referendum, you should not organize one. The British Prime Minister, David Cameron, had no such certainty when, in the period before the May 2015 British elections, he promised that if the Conservative Party was re-elected, a government led by him would organize a referendum on the principle of the UK’s belonging to the European Union.

Québec and Canada have had three major constitutional referendums in the past four decades. In 1980 (May 20), the government of Québec led by René Lévesque and the Parti Québécois (PQ) organized a referendum asking for a mandate to negotiate sovereignty-association with the rest of Canada. The referendum was defeated by a significant margin, 59.5%-40.4%. In 1992 (October 26), the Canadian federal government and the Québec government organized on the same day a referendum seeking approval for a complex constitutional package approved earlier in the city of Charlottetown. The referendum was defeated across Canada (54.3%-45.7%) and also in Québec (56.7%-43.3%). In 1995 (October 30), the government of Québec led by the Parti Québécois, in tandem with its political allies, asked in a referendum a mandate to negotiate a form of sovereignty-partnership with the rest of Canada. If voters approved, and if negotiations proved unsuccessful over the period of one year, Québec would declare its independence unilaterally. The referendum was defeated by the slightest of margins (50.6%-49.4%).

It is the latter referendum experience that looks closest to the current British one. On the basis of our own experience in October 1995, I can assure Britons and Europeans that nervousness will become at times unbearable in the next few hours and days. Existential constitutional referendums can bring the worst out of political leaders, the media and citizens alike. When deals are made and appear widely supported, referendums can promote the politics of hope. When communities are profoundly divided, referendums become contests marked by the politics of fear. In the current British referendum campaign some events entirely unforeseen a year ago –the crisis of migrants in Europe and its consequences, terror attacks in Paris and Brussels- have given ammunition to the promoters of fear.

Political leaders organize referendums with the premise that, if they win, their own careers, their causes and their countries will be reinforced. In all coherence they should accept that, if they lose, the consequences will be diametrically opposed. In 1980 René Lévesque, the PQ leader, was demolished by the results of the referendum. He never recovered. In 1992 the Canadian Prime Minister, Brian Mulroney, suffered a devastating loss. One year later, he had resigned and his Conservative Party was almost extinguished in the federal elections held in 1993. Twenty-four hours after his defeat in the nerve-breaking 1995 referendum Jacques Parizeau, Premier of Québec and leader of the PQ, announced his resignation, accelerated by his suggestion that outside money and ethnic votes had bifurcated the referendum results. What will happen to David Cameron in the next few hours and days? Six of his ministers, more than 130 of his Conservative Members of Parliament, support a Leave option that has found champions like Boris Johnson, the former mayor of London, and Nigel Farage, the leader of the United Kingdom Independence Party. He has been a shrewd politician so far in his career. Whichever way the referendum goes on June 23, 2016, he will be challenged like never before the morning after.

II-A special status for the British distinct society

For those, like me, who are passionate about the fate of Europe, the current troubles of the European Union will be a matter for concern. Since 2004, it has added 13 new members. It now includes 28 countries, with more than 500 million inhabitants. This huge enlargement took place without a corresponding level of structural coherence. An ambitious constitutional blueprint was abandoned in 2005, to be supplemented by the Treaty of Lisbon in 2009, a compromise of sorts between various visions. Deep problems now abound: citizen interest is very low in the absence of a European public sphere, decision-making procedures are very complex in day-to-day affairs, and they are replaced by dealings without transparency between E.U. officials and the leaders of Germany and France in times of crisis.

In 2015-2016, the E.U. faces many urgent challenges: the Euro zone is still reeling in the aftermath of the financial crisis, questions remain about the status of Greece, the Ukrainian state is still threatened by Russia, the surge of national-populism all over the continent, the overflow of refugees, the inability of Spain to form a new government made more complex by the alienation of Catalunya. And now, to make matters worse, there will be a referendum on June 23 in the United Kingdom about its continued membership in the European Union.

In many ways the United Kingdom of Great Britain and Northern Ireland, which joined what was then the European Common Market in 1973, represents a distinct society in its own right: with its strong currency it remains outside the Euro zone, fails to participate to the Schengen Area regulating border controls, while enjoying special budgetary rules.

At the recent summit held in Brussels, February 18-19, the British Prime Minister, David Cameron, got more concessions confirming the special status of his country: some social benefits for E.U. citizens living and working in the U.K. will remain frozen for 7 years; the status of London and of its City as an autonomous entity as a financial centre will be protected; adjustments will be made to the family allowances for children of E.U. citizens working in the U.K. while their children remain in the country of origin; finally, in the realm of symbols, it is now formally recognized that the U.K. is not engaged in a dynamics of “ever closer union” with other member states.

“Remain”, or “leave”, such are the two options that people will have when they will mark their referendum votes. The “remain” option is ahead in the polls, but nothing is decided. Six ministers of the Cameron government have chosen the “leave” option. The charismatic mayor of London, Boris Johnson, seen as a prime candidate to succeed David Cameron at the helm of the Conservatives, will do the same. Scotland, led by the very popular Nicola Sturgeon, is quite pro-Europe. An E.U. summit, on the difficult question of migrants, will take place in mid-March. On May 5, elections will follow in Wales, Northern Ireland and Scotland.

The U.K. and the E.U. are at a crossroads. Nervousness will mount in the coming weeks. Why should we stay together with other Europeans, many British citizens ask themselves? What should we share with them? Reflections and deliberations have just started.

III-Sources to understand British politics and the referendum

Remain UK : http://www.strongerin.co.uk/#JjULEQYCGLDjdCjB.97

Leave UK : https://leave.eu/

British Electoral Commission: http://www.electoralcommission.org.uk/

British Government: https://www.gov.uk/search?q=referendum+on+EU

Poll-tracker: https://ig.ft.com/sites/brexit-polling/

BBC Britain: http://www.bbc.com/

The Guardian: https://www.theguardian.com/uk-news

The Times: http://www.thetimes.co.uk/

Prospect Magazine: http://www.prospectmagazine.co.uk/

Constitution Unit : https://www.ucl.ac.uk/constitution-unit/research/europe

Alan Trench’s blog, Devolution Matters : https://devolutionmatters.wordpress.com/

Centre on Constitutional Change (Edinburgh) http://www.centreonconstitutionalchange.ac.uk/centre

Stephen Tierney’s book : Constitutional Referendums : The Theory and Practice of Republican Deliberation; https://global.oup.com/academic/product/constitutional-referendums-9780199592791?cc=us&lang=en&

Book edited by Guy Laforest and André Lecours, with chapters by Michael Keating and Alan Trench on Scotland and the UK: http://www.mqup.ca/parliaments-of-autonomous-nations–the-products-9780773547407.php

France’s Le Monde: Brexit opens a useful debate for Europe: http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/06/20/le-brexit-ouvre-un-debat-utile-pour-l-europe_4954359_3232.html

Germany’s Der Spiegel: Bitte geht nicht! (please don’t go): https://www.facebook.com/DerSpiegel/videos/vb.120313354720325/1064024793682505/?type=2&theater

In Academia.edu: Claire Dupont and Florian Trauner: What If? The Implications of a Brexit Scenario on Different EU Policies, Institute for European Studies, Vrije Universiteit Brussel; https://www.academia.edu/26356681/What_if_The_Implications_of_a_Brexit-Scenario_on_different_EU_policies

In Academia.edu: articles by Luis Moreno, in Spanish: “Brexit, Brin y la UE”, “Brexit y Scotin”; https://csic.academia.edu/LuisMoreno/Op-eds

Luuk van Middelaar’s book, The Passage to Europe: http://passage-to-europe.eu/author

Interview of the author on Radio-Canada, the French television network of the Canadian Broadcasting Corporation (CBC): http://ici.radio-canada.ca/widgets/mediaconsole/medianet/7556085

 

 

IV-Concluding remarks

The British referendum, I am sure, brings memories these days to a lot of Quebeckers and Canadians. We have often been through these existential political experiences. We know they leave traces. Somewhat ironically many of us are led to believe that precisely what the United Kingdom wants in its relationships with the European Union –a very special status- is what Québec wants in its relationships with its partners in the Canadian federation. I am sure that many people in Europe, and not only in Germany, feel pretty much like the Toronto journalist, Jeffrey Simpson from the Globe and Mail, who once lamented that Québec always wants more from Canada: more autonomy, more power, more recognition, more money. In the political and psychological balance of affairs between partners, closely contested existential referendums tend to reinforce prejudices on all sides.

In the UK referendum campaign of 2016, the politics of fear in its various dimensions (immigration, political identity, economy) has reached levels that, in my understanding and recollection, goes far beyond what happened in Québec and Canada over the last four decades. Moreover, the politics of fear seems to have played a clear role in the death of Jo Cox, Labour Member of the British Parliament. The campaign leaves the four nations of the United Kingdom profoundly divided. Scotland massively supports the Remain option. It may rapidly seek a second independence referendum if Leave prevails. Northern Ireland is divided along its traditional lines, with all Unionist Members of Parliaments supporting Leave while Nationalist-Republican Members of Parliament support Remain. Welsh public opinion is divided down the middle. The situation is also quite complicated in England, with Remain enjoying a 10-12% lead in Greater London while Remain leads by a fair margin elsewhere.

My advice (unsolicited) to British political leaders: have good, generous, noble speeches prepared by your advisers, reflect about them, and stick to them when comes the time to deliver them. And keep direct, personal contacts with all players involved. My advice to British citizens (also unsolicited): vote and enjoy the ride, whatever happens you will remember this for the duration of your lives. My advice to Europeans and their leaders (equally unsolicited): stay calm, respect British voters, their votes and their laws, and never forget that although you are separated by the Channel, your political destiny remains tied with the fate of the United Kingdom. Finally, hope that you will have leaders capable to imagine intelligently and realistically the future of the European continent.

 

 

 

 

 

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