Guy Laforest

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Enseigner la science politique à partir de la périphérie : table-ronde au congrès de 2016 de la Société québécoise de science politique (SQSP)

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Enseigner en français et pendant quelque trois décennies dans un département de science politique en Amérique du Nord, à l’Université Laval dans la belle ville de Québec, cela signifie œuvrer pour l’essentiel en périphérie géographique et linguistique des grands centres de la vie scientifique et intellectuelle de l’Amérique du Nord et du monde. Une vie professionnelle qui se déploie de la sorte, cela équivaut à mener une existence académique et intellectuelle relativement marginale. Comment relever le défi d’enseigner la science politique à partir de la périphérie et quelles leçons transmettre, dans un tel contexte, aux étudiantes et aux étudiants qui nous accompagnent dans l’institution universitaire? Telles sont les questions que je voudrais aborder dans ce billet.

Les réflexions présentées dans les paragraphes qui suivent découlent d’une table-ronde organisée par Sabrina Bourgeois et Thierry Giasson à l’occasion du congrès annuel de la Société québécoise de science politique (SQSP), tenu à l’Université Laval du 16 au 18 mai 2016, lequel a rassemblé quelque 250 politologues de toutes les générations. Deux développements complémentaires précéderont mes principales remarques. Le premier sera consacré à la SQSP en tant qu’association scientifique professionnelle, tandis que le second prend la forme d’une présentation du collègue avec lequel j’ai eu le bonheur d’échanger lors de la table-ronde, le professeur Jean-Herman Guay de l’Université de Sherbrooke.

Fondée en 1963, la SQSP est une fille de la Révolution tranquille au Québec. Elle a accompagné, dans le milieu universitaire, les efforts et ambitions d’ascension sociale de la classe moyenne francophone, sans se limiter à elle. Elle publie sa propre revue, actuellement dirigée par Pascale Dufour, Politique et Sociétés. Elle gère en souveraineté-association avec l’Association canadienne de science politique la Revue canadienne de science politique, dont les responsables du côté francophone sont Jean-François Godbout et Frédéric Boily. Entre 1990 et 1993 j’ai eu le plaisir d’y faire équipe avec Stéphane Dion.

En tant qu’association professionnelle dans un milieu périphérique, l’exemple de la SQSP mérite d’être souligné pour au moins deux raisons : à travers cette association, les politologues du Québec sont parvenus à trouver un bel équilibre entre l’ouverture au monde et l’enracinement communautaire. Certes, lors des colloques de la SQSP, les politologues du Québec se retrouvent entre elles et entre eux, pour y parler quand même pas mal de la politique au Québec et au Canada. Toutefois, on y parle de bien d’autres thèmes, en présence d’une proportion de plus en plus importante à chaque année de politologues d’ailleurs. Appuyés sur un réseau local solide et dynamique, les politologues du Québec ont su s’investir dans plusieurs réseaux internationaux, comme par exemple ceux des associations francophones de science politique (colloque de 2017 à l’UQAM à Montréal), du consortium européen de recherches politiques (ECPR), de l’Association internationale de science politique, dont le secrétariat est installé à Montréal depuis une dizaine d’années à l’initiative de Guy Lachapelle, et tout cela sans négliger le réseau de l’Association canadienne de science politique présidée il y a peu par Alain Noël.

L’exemple de la SQSP mérite d’être souligné pour un deuxième motif. Je suis bien sûr un peu biaisé pour en parler, car il s’agit de mon propre regroupement professionnel. Il me semble que le succès de la SQSP tient à une remarquable intégration des gens de diverses générations. Les professeurs les plus expérimentés n’y forment pas un petit cercle fermé et condescendant. Les collègues plus jeunes ont rapidement accès aux postes de commande de l’association. Les étudiantes et les étudiants de tous les cycles de formation s’y sentent bienvenus, tout de suite accueillis, acceptés et écoutés. De ce point de vue, pour reprendre une expression employée dans un billet antérieur, la SQSP comme association et milieu scientifique représente une authentique communauté fondée sur la transmission intergénérationnelle. À nous toutes et tous de faire en sorte qu’il en soit encore ainsi en 2023, quand nous célébrerons le 60e anniversaire de la SQSP, et le centième anniversaire de l’ACFAS!

Je vais maintenant présenter brièvement la trajectoire professionnelle de Jean-Herman Guay, avec qui j’ai eu le plaisir d’échanger à l’occasion de la table-ronde sur l’enseignement de la science politique lors du colloque de la SQSP.

Titulaire depuis 1987 d’un doctorat en science politique décerné par l’Université de Montréal, Jean-Herman Guay a fait jusqu’à présent l’essentiel de sa carrière à l’Université de Sherbrooke, où il a fondé l’École de politique appliquée. Au départ, il était le seul politologue dans un département de sciences humaines. Petit à petit, un engagement à la fois, il a œuvré au développement d’une école dynamique, dont la vision appliquée correspond à celle de l’ensemble de l’institution. Ses champs d’enseignement et de recherche sont la politique canadienne et québécoise, les systèmes électoraux et les sondages, la politique comparée et l’histoire des idées politiques (https://www.usherbrooke.ca/politique-appliquee/nous-joindre/personnel-enseignant/guay-jean-herman/). En 1999, il a créé Bilan du siècle, une base intégrée d’informations sur le Québec (http://bilan.usherbrooke.ca/). Et depuis 2006, il anime un projet semblable à orientation internationale, Perspective monde, un outil pédagogique présentant les grandes tendances planétaires depuis 1945 (http://perspective.usherbrooke.ca/). Auteur de nombreuses publications sur la politique canadienne et québécoise, il est aussi capable de produire des synthèses méthodologiques, comme par exemple son dernier livre intitulé Statistiques en sciences humaines avec R (deuxième édition, Presses de l’Université Laval, 2014).

En participant à cette table-ronde avec Jean-Herman Guay, j’ai réalisé que nous avions des perspectives communes sur une foule de sujets, dont notamment à propos de l’importance de l’enseignement dans le métier de professeur d’université. Nous sommes tous deux des généralistes, capables d’enseigner des cours de base aussi bien en idées et en pensée politiques, sur la politique canadienne et québécoise, de même que sur certains domaines de la politique comparée. En plus, il peut enseigner les sondages et les méthodes quantitatives, ce qui dépasse mon entendement ! Comme lui, je pense que le succès de l’enseignement passe par la nécessité de respecter, ou à tout le moins d’essayer au meilleur de soi-même de respecter, quatre règles fondamentales : l’enthousiasme, nécessaire pour intéresser les étudiantes et les étudiants à la matière que nous enseignons, le respect d’une structure de base à l’intérieur de laquelle il est possible d’improviser, le traitement équitable de toutes et tous, et finalement l’idée d’une culture de l’exigence qui pousse tout le monde dans la classe à faire de son mieux. Par ailleurs, au XXIe siècle, Jean-Herman Guay et moi pensons qu’il est important d’essayer de procurer aux étudiantes et aux étudiants l’ensemble des compétences (connaissances linguistiques, méthodologiques, documentaires, esprit d’analyse et de synthèse) qui leur permettront de se trouver un emploi en lien avec leurs études, sans nécessairement ambitionner une carrière professorale. Dans les paragraphes qui suivent, je fournirai mes propres réponses aux questions qui nous ont été posées à l’Université Laval le 20 mai 2016.

On nous a d’abord demandé, lors de la table-ronde, s’il fallait remettre en question les textes ou démarches canoniques de notre discipline. Pour ma part, j’estime que lorsque l’on enseigne ou que l’on étudie la science politique à partir d’un emplacement géographique ou intellectuel périphérique, il faut redoubler de prudence pour éviter de s’enfoncer encore davantage dans la marginalité. Quand on enseigne la philosophie politique ou l’histoire des idées politiques à partir d’un lieu périphérique comme l’Université Laval, il faut garder un contact continu avec les grands esprits de la civilisation occidentale (celle que je suis capable d’enseigner et que je connais le mieux) : Platon, Aristote, St-Augustin, St-Thomas, Machiavel, Hobbes, Locke, Rousseau, Hegel, Marx, John Stuart Mill, et plusieurs autres. Dans mon travail de politologue, je ne pense pas avoir fait de découverte originale dans l’interprétation de ces grands penseurs, mais j’ai essayé d’intégrer une herméneutique de leurs travaux dans la compréhension de la vie politique et intellectuelle au Québec et au Canada.

Quand on enseigne la science politique à partir de la périphérie, ou lorsque l’on fait des études supérieures dans un tel contexte, on ne devrait pas davantage se cantonner dans l’utilisation de démarches ou de cadres méthodologiques trop marginaux au sein de nos disciplines ou sous-champs respectifs. Enseigner dans une langue périphérique, à partir d’un lieu périphérique, réduit déjà substantiellement le nombre de nos interlocuteurs potentiels. Il est correct de faire preuve d’originalité épistémologique ou méthodologique dans nos travaux, de temps à autre. Toutefois, il faut faire cela en restant capables de dialoguer avec nos collègues à propos des approches qui sont les plus répandues. Un commentaire semblable s’applique aussi aux objets géographiques de nos recherches. Si l’on travaille sur un lieu relativement périphérique (le Québec, le Vénézuela, la Norvège, la Croatie), étant soi-même situé dans un environnement périphérique, on gagnera à ajouter une dimension comparative à notre problématique, rattachant notre objet principal à des horizons plus connus ou plus centraux dans la littérature. Quand on étudie par exemple la culture politique du Québec, il est utile de la comparer avec celle de pays importants et très connus comme la France, le Royaume-Uni et les États-Unis. S’il s’agit d’étudier le nationalisme au Québec, il est opportun de le comparer avec l’évolution du nationalisme en Irlande, Écosse, Catalogne, en Flandre ou encore dans les pays d’Europe centrale et orientale.

Les universités contemporaines, toujours à la recherche de nouvelles clientèles, demandent à leurs professeurs d’investir dans les cours à distance. Faudrait-il regimber face à cette évolution? Je ne le crois pas. Quand on enseigne à partir d’un lieu périphérique, l’enseignement à distance permet en plus d’attirer dans nos cours des étudiantes et des étudiants qui viennent d’ailleurs. Le jeu en vaut le coup, à condition que les personnes fréquentant nos propres institutions ne se mettent pas à suivre à chaque trimestre une proportion trop grande de cours semblables. Par ailleurs, de mon point de vue, la dynamique de renforcement entre l’enseignement et la recherche semble assez évidente. Les cours bien préparés, par la lecture de la littérature la plus actuelle, mènent à de nouvelles orientations en recherche, tandis que des recherches poussées et rigoureuses se traduisent par des approfondissements pédagogiques qui stimuleront l’attention de toutes et tous en classe. Je vais terminer ce billet en revenant sur la dimension essentielle de mon propos.

Il y a une trentaine d’années, le philosophe montréalais Charles Taylor, dans une conférence prononcée devant un public québécois, a fait des commentaires qui s’appliquent à des contextes semblables dans tous les autres pays ou sociétés périphériques. Dans de tels contextes, selon Taylor, les nouvelles générations sont souvent tentées de faire table rase du passé, négligeant ainsi leurs propres traditions politiques et intellectuelles. Taylor considérait tout cela comme une erreur. Vivant et réfléchissant à partir de la périphérie, et peut-être encore plus à partir de là, il lui semblait extrêmement important de connaître sa propre tradition, et par la suite de la relier à des phénomènes semblables, plus généraux ou universels, à l’échelle planétaire. Taylor pensait aussi que les grands centres du pouvoir et de la vie intellectuelle, comme Paris, New-York, Oxford et Cambridge, n’étaient par ailleurs pas dépourvus de provincialisme. Je fournirai un exemple d’une telle tendance à partir de mon propre travail. Dans la théorie de la justice du philosophe américain John Rawls, on ne peut imaginer la sortie ou la fin de la communauté politique. Une fois trouvés, les principes de justice sont valides en quelque sorte éternellement. Cette facette de sa pensée trouble toute personne ayant étudié les théories du fédéralisme et de la sécession. Comment expliquer cette dimension de la pensée de Rawls? Je crois que cela n’a rien à voir avec la philosophie politique. Pour un Américain comme Rawls, les questions semblables ont été résolues une fois pour toutes dans le fer, le feu et le sang de la Guerre civile, ou Guerre de sécession, au XIXe siècle. Depuis, il est devenu tout simplement impensable d’imaginer la fin de la communauté politique, ou la possibilité que l’un de ses membres puisse vouloir en sortir. Cet aspect de sa pensée doit beaucoup à une forme de provincialisme.

Partout dans le monde, en science politique comme dans les autres disciplines, il faut essayer de trouver un équilibre entre l’universel et le particulier, entre la compréhension des phénomènes globaux et celle qui est reliée à l’étude de notre propre enracinement. Cela s’impose particulièrement à celles et ceux qui oeuvrent à partir de la périphérie. Tout compte fait, je considère que dans le milieu de la SQSP, nous nous en tirons pas mal de ce point de vue.

 

Teaching political science from the periphery : roundtable at the 2016 congress of the Québec Society of Political Science (SQSP)

 Teaching in French in North America, in a department of political science located at Université Laval in gloriously beautiful Québec City, essentially means working at the periphery of the geographical and linguistic centres of scientific and intellectual life on the continent and throughout the world. A professional life deployed in such a fashion corresponds to leading a relatively marginal academic and intellectual existence. How should one stand up to the challenge of teaching political science from the periphery, and which lessons should be transmitted, in such a context, to the students who choose to accompany their teachers in such academic institutions? Such are the questions that I wish to answer in the paragraphs that follow.

The remarks that follow stem from a round-table discussion organized by Sabrina Bourgeois and Thierry Giasson, upon the occasion of the annual congress of the Société Québécoise de Science Politique (SQSP), which took place at Université Laval, May 16-18, 2016. The congress attracted 250 political scientists from all generations. Two supplementary developments shall precede my reflections. The first one will consider the SQSP as a scientific professional association, while the second one will take the shape of an introduction to the work of the colleague with whom I had the good fortune to discuss during the round-table, professor Jean-Herman Guay from the University of Sherbrooke.

Founded in 1963, the SQSP is a daughter of the Quiet Revolution in Québec. It accompanied then in university life the aspirations and ambitions of an ascending middle-class in French-speaking Québec, although it was not limited or devoted only to them. It publishes its own journal, Politique et sociétés, currently under the stewardship of Pascale Dufour. It manages in a spirit of sovereignty-association, with the Canadian Political Science Association, the Canadian Journal of Political Science, whose editorial team on the French-speaking side is formed by Jean-François Godbout and Frédéric Boily. Between 1990 and 1993 I had the pleasure to share such duties with Stéphane Dion.

As a professional association operating in a peripherical context, the example of the SQSP deserves to be underlined for at least two reasons: first, because through this association political scientists from Québec have been able to find a nice equilibrium between openness to the world and community rootedness. Of course, during the conferences put together by the SQSP, these political scientists talk a lot to one another, and of course they talk a lot about politics in Québec and elsewhere in Canada. Nevertheless, they also spend much time talking about many different other issues, with a greater proportion year by year of political scientists from other countries. Anchored in a strong and dynamic local network, Québec political scientists are attending in important numbers the activities of various international networks: European Consortium for Political Research (ECPR), International Political Science Association (IPSA), the international network of French-speaking political science departments. The congress of the latter group will take place at UQAM in Montréal in May 2017 and it will be organized by Michèle Rioux. It is only fair to mention that through the hard work of Guy Lachapelle, the secretariat of IPSA has been operating out of Montréal for a decade. And all this, of course, without forgetting the key network represented by the Canadian Political Science Association, presided two years ago by Alain Noël.

A second reason explains why it is appropriate to insist on the exemplarity of the SQSP. I am of course somewhat biased to speak about this, as I belong to this professional group. Over the years, the SQSP has been remarkably successful at welcoming and integrating people from various generations. The sub-group formed by the most experimented colleagues does not form a closed and condescending circle. Younger colleagues have rapid access to leadership positions in the association. Students of all ages, irrespective of where they stand in the cycles of their training, are immediately welcomed and accepted. Moreover, people listen to what they have to say. If I am allowed to use one more time an expression employed in a previous entry of this blog, the SQSP represents an authentic intergenerational community. It remains our task, as members of the association, to make sure that this characteristic will remain front and centre when we will celebrate in 2023 the sixtieth anniversary of the SQSP, and the centennial anniversary of ACFAS!

I now wish to briefly present the professional trajectory of Jean-Herman Guay, the colleague with whom I had the pleasure to speak at the SQSP round-table on teaching political science.

After obtaining a Ph. D. from Université de Montréal in 1987, Jean-Herman Guay has done most of his career until now at the Université de Sherbrooke, where he founded the School of applied politics. Early on, he was the only political scientist in a department of human sciences. Gradually, from hiring one colleague to struggles towards creating new positions, he has been successful in creating a dynamic school/department, whose applied vision corresponds to the branding of the institution. At Sherbrooke, he has taught over the years in the following sub-fields of the discipline: Canadian and Québec politics, history of political ideas, electoral systems and polling, comparative politics (https://www.usherbrooke.ca/politique-appliquee/nous-joindre/personnel-enseignant/guay-jean-herman/). In 1999, he created Bilan du siècle (assessing the century), an integrated database on Québec (http://bilan.usherbrooke.ca/). In 2006, he led a group of colleagues in putting together Perspective Monde (a perspective on the world), a pedagogical tool providing information about important planetary trends since 1945 (http://perspective.usherbrooke.ca/). Author of numerous publications on politics in Canada and Québec, Jean-Herman Guay can also produce top-level methodological textbooks, as is shown by his latest book, Statistiques en sciences humaines avec R –Statistics in the human sciences with R- (second edition, Presses de l’Université Laval, 2014).

Through my participation to this round-table with Jean-Herman Guay, I realized that we had common views on a wide variety of topics, including about the centrality of teaching in the vocation of being a university professor. We are both generalists, capable of teaching core courses in political theory and in the history of political ideas, in Canadian and Québec politics, as well as in certain areas of comparative politics. In addition, he can teach quantitative and polling methods, which is way beyond my understanding! Like him, I believe that to be successful as a teacher, one has at least to try to respect the following four fundamental rules: the need to be enthusiastic, to convince students that what we teach is important and interesting, the requirement of a structured framework within which it is possible to improvise, the duty to treat all students fairly, and finally the task of being highly demanding to push all students to do their very best. The two of us also believe that, in the twenty-first century, undergraduate education must provide students with all the capabilities (proficiency with languages, research and methodological skills, analytical and synthetic abilities) required to find a job related to their field of study, without necessarily harboring the ambition to become a university professor. In the lines that follow, I will give my own personal answers to the questions that were put to us on May 20, 2016, at Université Laval in Québec City.

We were first of all asked whether or not we should reconsider the canons of our discipline, diminishing their overall place in the courses we teach. As far as I am concerned, I believe that when one teaches or studies political science from an intellectual or geographical peripheral location, one should be prudent enough to avoid further marginality. Teaching political philosophy or the history of ideas from the peripheral situation of Université Laval, I think one needs to maintain sustained contact with the great spirits of Western civilization (the only one I know at any depth): Plato, Aristotle, St-Augustine, St-Thomas, Machiavelli, Hobbes, Locke, Rousseau, Kant, Hegel, Marx, John Stuart Mill and many others. In my own work as a political scientist, I do not believe I have made original discoveries with regards to the interpretation of these great thinkers. However, I have tried to integrate hermeneutical studies of their works in endeavors to understand the political life of Canada and Québec.

Teaching political science from a peripheral location, or studying it in such a context, I believe one should not put too much emphasis on methodological frameworks systematically at the margins of the discipline and of its various sub-fields. For when one teaches in a relatively marginalized language in a peripheral institution, one already must deal with a potentially reduced public for one’s scholarly works. Once in a while, in such a context, it does make sense to make endeavors at methodological or epistemological originality. This being said, one needs to be able to enter professionally into dialogues with colleagues using the mainstream approaches. A similar comment applies to the selection of geographical objects for our studies. Whenever a scholar from the periphery chooses a country or society that is relatively marginal from a variety of perspectives (size, geographical location, scant attention in the literature), countries or societies such as Venezuela, Québec, Norway or Croatia, it makes immense sense to add a comparative dimension to the research design, connecting the central object of our studies to horizons that are either more central or simply better known in the literature. Studying the political culture of Québec, for instance, it is useful to compare it with the one of larger countries such as France, the United Kingdom or the United States. Studying Québec nationalism, as I have done in a course last winter, it is useful to compare it with the evolution of nationalism in Ireland, Scotland, Catalonia, Flanders or in Eastern and Central European states, as I have argued in a previous entry on this blog.

Contemporary universities encourage their teachers to put more energy into e-distance learning. Should we complain about this trend? I believe not. E-distance courses can significantly augment the public for courses offered by peripheral institutions, making their work more relevant. It is an added value and it remains possible to be imaginative in our methodological approaches. What about the relationship between teaching and scholarly endeavors? To me, this is pretty straightforward. Imaginative teaching, based on up-to-date literature, leads to original research designs, whereas coherent and rigorous research provides teachers with better, more stimulating arguments in the classroom. I shall come back to my main point in order to conclude this entry.

About thirty years ago, speaking to a Québec audience, Charles Taylor made remarks that I consider valid for all similar peripheral locations. New generations, he argued, quite often in such a context are tempted to clear the whole deck and start anew, disregarding their own political and intellectual tradition. Taylor considered this as a mistake. Even, and possibly even more, at the periphery, it makes sense to study one’s own tradition, and relate it to more general patterns worldwide. Secondly, Taylor argued, we should not forget that there is also much parochialism in the big centres of power and knowledge, such as Paris, New-York, Cambridge or Oxford. Let me give one example of this phenomenon coming from my own work. In John Rawls’ theory of justice, there is no possibility of exit from the political community. Principles of justice are valid in perpetuity. For students of federalism and secession, this appears strange. How should we explain this dimension of Rawls’ work? I believe this has nothing to do with political philosophy. For an American, like Rawls, this question was settled once and for all in the blood, iron and fire of the Civil War. After this traumatic event, reflecting about the end of the integrated national community is simply unthinkable. This is a parochial dimension of his work.

Everywhere around the world, in political science as well as in the other disciplines of the humanities and of the social sciences, finding a balance between the universal and the particular, between the study of global phenomena and the task to understand one’s own rootedness, remains an important task. This seems to me especially relevant for those of us leading careers from the periphery. All in all, I believe that scholars assembled in the SQSP meet this challenge reasonably well.

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