Guy Laforest

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Les anges du matin: quand faut-il avoir 17 ans dans l’histoire du Québec?

 

La version anglaise suit/ English version follows

À chaque année, à l’école secondaire de Rochebelle à Québec, des conférenciers s’adressent aux finissantes et finissants de secondaire V dans le cadre de la semaine Alpha-Oméga. Un mois avant les examens de fin d’année, ces conférences permettent aux jeunes de découvrir des idées et des thèmes, de comprendre des enjeux actuels, ou encore de réfléchir à leur avenir. Le mardi 12 avril 2016,  j’ai fait une conférence semblable à une soixantaine de jeunes, parmi lesquels se trouvait mon fils Raphaël. Le titre de la conférence était le suivant : « Quand faut-il avoir 17 ans dans l’histoire du Québec?

À l’entrée de la classe, les élèves recevaient un billet où était indiquée l’une des dates suivantes : 1766, 1816, 1866, 1916, 1966, 2066 et 2116. En repassant cette liste, on voit bien qu’une date a été omise, l’an 2016. La date manquante correspond à celle durant laquelle la grande majorité des élèves, pour la plupart nés en 1999, auront 17 ans. J’y reviendrai en conclusion.

Pour un professeur d’université, c’était particulièrement agréable de me retrouver dans une école secondaire dynamique, devant des jeunes qui avaient l’air motivés et intéressés, et qui représentent l’avenir de notre société. Je voyais comme un beau défi de leur parler de questions fondamentales, faisant davantage appel à la philosophie et à la poésie qu’à la science politique.

Pour reprendre une expression de Martin Heidegger, nous sommes projetés dans l’univers.  On ne choisit pas où l’on naît, ni quand on naît. Puis, en paraphrasant  le titre d’un recueil de poèmes de Fernand Dumont, j’ai suggéré aux élèves que je les imaginais comme des anges du matin, dans les premiers temps de ce que l’on doit souhaiter de tout cœur pour elles et pour eux, une belle et longue vie. J’ai senti que plusieurs aimaient cette expression.

Les dates choisies à dessein pour décentrer et déstabiliser les élèves m’ont permis de tracer à grands traits un portrait de l’histoire du Québec. Chaque époque amenant son cortège de problèmes et de défis : de l’insécurité et des angoisses des premières années du régime britannique, à l’aube de l’apprentissage du parlementarisme, aux promesses de la Confédération, aux inquiétudes et aux souffrances de l’époque de la première guerre mondiale, aux espoirs des années de la Révolution tranquille. Pourquoi évoquer, devant des jeunes de 17 ans, les horizons éloignés de 2066 et de 2116? D’autres jeunes auront 17 ans à cette époque, elles et ils devront une partie de leur confort et de leurs libertés aux efforts de ceux qui ont 17 ans aujourd’hui. Passé, présent et avenir sont unis dans la vie d’une communauté nationale.

Quand faut-il avoir 17 ans dans l’histoire du Québec? Pour les jeunes présents à la conférence à l’école secondaire de Rochebelle, et pour toute leur génération, il n’y a qu’une réponse possible : c’est maintenant, en 2016, qu’il faut avoir 17 ans. Il leur revient d’en profiter, de se retrousser les manches, de définir leur projet de vie, et de s’impliquer à fond dans le Québec d’aujourd’hui.

The angels of dawn: when is the right time to be seventeen years-old in the history of Québec?

Each year in Québec City at De Rochebelle high school, speakers address Grade 11 graduating students during what is called the Alpha-Omega week.  One month prior to final exams, these conferences enable these students to discover new subjects and ideas, to understand current issues, or to reflect upon their own future. On Tuesday, April 12, 2016, I gave such a talk to a group of 60 students that included my son, Raphaël. The title of the talk was as follows: “When is the right time to be seventeen years-old in the history of Québec?”

Entering into the classroom, students received a piece of paper indicating one of the following dates: 1766, 1816, 1866, 1916, 1966, 2066 and 2116. Rereading this list, one immediately sees that one key year has been omitted: 2016. The missing date corresponds to the one during which the vast majority of students, born in 1999, will get to being seventeen years-old.  I shall come back to this fact in my conclusion.

As a university teacher, I was very happy to spend some time in a dynamic high school, surrounded by youngsters who look interested and motivated. Looking at them, I thought that they were the future of our society. It was a nice challenge to consider fundamental questions with them, backed more by the resources of philosophy and poetry than by those of political science.

One does not choose where one will be born, nor does one select when. Borrowing an expression from Martin Heidegger, we are projected, thrown into the universe. Paraphrasing the title of a collection of poems by the late Fernand Dumont, I suggested to students that I imagined them as angels of dawn, at the beginning of what we have to hope in our heart of hearts for them, a beautiful and long life. I sensed that many liked this expression.

The dates chosen in the presentation sought to decentre and to destabilize students. They also allowed me to present a broad survey of the history of Québec. Each era carried its list of challenges and problems: the anxieties and the insecurity of the first years of the British regime, the first experiences with parliamentarianism, the promises of Confederation, the fears and sufferings of the era of the First World War, the hopes of the years of the Quiet Revolution. Why should the years 2066 and 2116 be even mentioned in such a historical sketch? Other human beings will be seventeen years-old around these dates, and they will owe part of their comfort and of their freedoms to the youngsters of today.  Past, present and future are linked in the life of a national community.

When is the right time to be seventeen years-old in the history of Québec? For those attending the conference at De Rochebelle high school, there is only one answer that makes sense: It is now, in 2016, that one must be seventeen years-old. It is their challenge to use the opportunity, to work hard, to define their life-project, to become enthusiastic participants in the evolving of contemporary Québec.

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2 commentaires

  1. Merci pour le beau texte! Cela me permet de ne pas oublier qu’un jour d’autres auront 17 ans et que c’est pour moi mais aussi pour eux que je me dois d’être une citoyenne engagée et non une « passagère clandestine », inactive et inintéressée.

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  2. Nicks dit :

    C’est réussi pour ces morceaux de l’ histoire

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