Guy Laforest

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Un statut spécial pour la société distincte britannique

English version follows

Pour toute personne qui, comme moi, se passionne pour le destin de l’Europe, les dérives de l’Union européenne sont préoccupantes. Elle compte dorénavant 500 millions de citoyens répartis dans 28 pays, dont 13 nouveaux membres depuis 2004. Cet agrandissement s’est produit sans approfondissement cohérent. Le rejet du traité constitutionnel en 2005 a débouché sur un compromis qui peine à sauver les meubles, le Traité de Lisbonne. Les problèmes sont profonds : le désintérêt des populations, l’absence d’une sphère publique européenne, des processus décisionnels lourds pour gérer la normalité, et en temps de crise les responsables de l’Union doivent décider en petit comité avec les dirigeants de l’Allemagne et de la France.

En 2015-2016, les défis sont urgents et nombreux : les soubresauts de la crise financière affectant la stabilité de la zone Euro, le statut incertain de la Grèce, les pressions de la Russie sur l’Ukraine, la crise des réfugiés, la montée du national-populisme à l’est comme à l’ouest, la crise de gouverne en Espagne, conjuguée au malaise catalan. Et maintenant les Britanniques en remettent avec la tenue, le 23 juin prochain, d’un référendum sur le principe même de leur présence dans l’Union européenne.

À maints égards, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, entré dans le Marché commun européen en 1973, représente une société distincte au sein de l’Union : avec sa forte livre sterling il reste à l’écart de la zone Euro, ne participe pas davantage à l’espace Schengen réglementant les contrôles frontaliers, tout en bénéficiant de plusieurs exceptions dans l’organisation budgétaire.

Lors du sommet tenu à Bruxelles les 18-19 février, le premier ministre britannique, David Cameron, a obtenu d’autres concessions qui confirmeront le statut spécial de son pays : le gel pour une période de 7 ans des avantages sociaux des citoyens européens travaillant au Royaume-Uni; des dispositions protégeant le statut de Londres, comme centre autonome des marchés financiers; des ajustements au calcul des allocations familiales pour les enfants demeurés dans le pays d’origine de citoyens européens travaillant au Royaume-Uni; et finalement, au pays des symboles, la reconnaissance formelle que le Royaume-Uni n’est pas engagé dans une dynamique toujours plus étroite d’intégration au sein de l’Union européenne.

Rester, ou partir? « Remain », or « Leave », comme cela sera écrit sur les bulletins de vote? L’option de rester est légèrement en avance dans les sondages, mais rien n’est gagné. Six ministres du gouvernement conservateur de David Cameron feront campagne pour l’option du retrait. Le charismatique maire de Londres, Boris Johnson, aspirant à la succession de Cameron, fera de même. L’Écosse dirigée par la très populaire Nicola Sturgeon est très fortement pro-européenne. Un autre conseil européen sur la crise des migrants aura lieu à la mi-mars. Des élections suivront au pays de Galles, en Irlande du Nord et en Écosse le 5 mai.

Le Royaume-Uni et l’Europe vivent un carrefour important. La nervosité va monter dans les prochaines semaines. Pourquoi rester ensemble avec les autres Européens, se demandent les Britanniques? Que devrions-nous partager avec eux? La réflexion est commencée.

A special status for the British distinct society

For those, like me, who are passionate about the fate of Europe, the current troubles of the European Union will be a matter for concern. Since 2004, it has added 13 new members. It now includes 28 countries, with more than 500 million inhabitants. This huge enlargement took place without a corresponding level of structural coherence. An ambitious constitutional blueprint was abandoned in 2005, to be supplemented by the Treaty of Lisbon in 2009, a compromise of sorts between various visions. Deep problems now abound: citizen interest is very low in the absence of a European public sphere, decision-making procedures are very complex in day-to-day affairs, and they are replaced by dealings without transparency between E.U. officials and the leaders of Germany and France in times of crisis.

In 2015-2016, the E.U. faces many urgent challenges: the Euro zone is still reeling in the aftermath of the financial crisis, questions remain about the status of Greece, the Ukrainian state is still threatened by Russia, the surge of national-populism all over the continent, the overflow of refugees, the inability of Spain to form a new government made more complex by the alienation of Catalunya. And now, to make matters worse, there will be a referendum on June 23 in the United Kingdom about its continued membership in the European Union.

In many ways the United Kingdom of Great Britain and Northern Ireland, which joined what was then the European Common Market in 1973, represents a distinct society in its own right: with its strong currency it remains outside the Euro zone, fails to participate to the Schengen Area regulating border controls, while enjoying special budgetary rules.

At the recent summit held in Brussels, February 18-19, the British Prime Minister, David Cameron, got more concessions confirming the special status of his country: some social benefits for E.U. citizens living and working in the U.K. will remain frozen for 7 years; the status of London and of its City as an autonomous entity as a financial centre will be protected; adjustments will be made to the family allowances for children of E.U. citizens working in the U.K. while their children remain in the country of origin; finally, in the realm of symbols, it is now formally recognized that the U.K. is not engaged in a dynamics of “ever closer union” with other member states.

“Remain”, or “leave”, such are the two options that people will have when they will mark their referendum votes. The “remain” option is ahead in the polls, but nothing is decided. Six ministers of the Cameron government have chosen the “leave” option. The charismatic mayor of London, Boris Johnson, seen as a prime candidate to succeed David Cameron at the helm of the Conservatives, will do the same. Scotland, led by the very popular Nicola Sturgeon, is quite pro-Europe. An E.U. summit, on the difficult question of migrants, will take place in mid-March. On May 5, elections will follow in Wales, Northern Ireland and Scotland.

The U.K. and the E.U. are at a crossroads. Nervousness will mount in the coming weeks. Why should we stay together with other Europeans, many British citizens ask themselves? What should we share with them? Reflections and deliberations have just started.

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