Guy Laforest

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L’éducation, la liberté et le sens de la vie

English version follows

L’éducation, la liberté et le sens de la vie

Pourquoi chercher un sens à la vie, alors qu’il pourrait ne pas y en avoir ? Notre présence sur la terre est d’une navrante brièveté. Elle laisse l’infinité du temps tout à fait imperturbable. Devant l’immensité de l’univers, l’espace de notre ville, fût-elle magnifique, celui de notre province, fût-elle distincte, et celui de notre pays, fût-il le meilleur, paraissent insignifiants. Face à ce vide de sens, la vie peut sembler absurde.

Comme le rappelait en 2003 Jean Grondin, dans un bel essai sur le sens de la vie, l’être humain se singularise du fait qu’il ne se contente pas de cette double absurdité dans le temps et dans l’espace. Dans le langage, dans la culture, en société, l’être humain dépasse ce vide en ne restant pas seul, en dialoguant avec d’autres personnes, en les aidant à trouver un sens à leur vie, à identifier leur voie propre, à accomplir leur liberté. En agissant de la sorte, l’être humain surmonte l’horizon de l’absurdité. La quête du sens de la vie appartient à l’agir humain libre. Elle est un beau et vaste chemin, marqué souvent par de douloureux apprentissages. Sans minimiser le rôle de la famille, je veux m’arrêter dans ce billet au rôle crucial de l’éducation.

Chaque matin, au Québec comme partout au Canada et ailleurs dans le monde, des milliers de personnes se lèvent tôt pour faire leur part dans la grande aventure de l’éducation. Ils partent vers la maternelle, l’école, le collège ou l’université, pour aller former, transmettre, responsabiliser, émanciper. J’appartiens à cette famille de pédagogues, d’éducatrices et d’éducateurs qui essaient de triompher de l’absurdité en aidant des jeunes à trouver des phares sur les mers parfois tourmentées de la vie, à épanouir leur liberté en la balisant, à découvrir pour eux-mêmes des projets de vie nobles et porteurs.

L’éducation à la liberté et au sens de la vie est l’affaire de tous les artisans de la transmission. On y rencontre des embûches à tous les niveaux, et peut-être nulle part davantage qu’à l’école secondaire et devant les visages de l’adolescence, cet âge où, pour paraphraser Fernand Dumont, on cesse de vivre par procuration pour apprendre à se convertir à soi-même.

Je crois profondément que ce qui caractérise l’ensemble de nos disciplines dans les humanités et les sciences sociales, c’est d’être au cœur des interrogations fondamentales sur le sens de la vie, les horizons et les limites de la liberté, au cœur aussi des réflexions, théoriques et pratiques, sur l’importance de l’éducation et la compréhension de ses tâches, aussi lourdes que complexes dans nos sociétés.

J’aurai l’opportunité de revenir régulièrement sur ces questions dans des billets liés à la politique, l’histoire, la philosophie et la littérature, au Québec comme dans l’ensemble du Canada, en Europe et en Amérique latine.

J’espère, amis lecteurs, vous intéresser et vous faire réfléchir. Comme le disait Hannah Arendt à propos de la liberté, il suffit de commencer.

 

Education, freedom and the meaning of life

Why bother debating the meaning of life, for it appears there is none? Our presence on earth is regretfully quite brief. It fails to disturb the mighty infinity of time. Considering the immensity of the universe the space of our city, however magnificent, the one of our province, although distinct, and the space of our country, arguably the best one, pale into insignificance. Facing such a dearth of meaning, life may seem absurd.

As Jean Grondin noted in 2003, in his thoughtful essay on the meaning of life, what distinguishes human beings is the fact that they do not content themselves with this double absurdity in time and space. In the realms of language, culture and society, human beings bypass this void by refusing to remain alone, through dialogue with other people, helping them find meaning to their own lives, identifying their own paths, accomplishing their respective freedoms. Through such agency, human beings transcend the horizon of absurdity. The quest for the meaning of life belongs to free human agency. It is a beautiful and vast avenue, although marked at times by painful experiences. Acknowledging the importance of the family  in this matter, I shall nevertheless insist here on the crucial role of education.

Every single morning in Québec, as elsewhere in Canada and around the world, thousands of people wake up early to do their share in the great adventure of education. They leave for various daycare centres, schools, colleges, universities, where they will strive to form, transmit, foster responsibility and emancipate the minds of a new generation.  I belong to the family of teachers who attempt to triumph from absurdity by helping young people find beacons on the often tumultuous seas of life, emancipate their freedom while disciplining it, discover noble life projects.

Educating towards freedom and the meaning of life is the business of all artisans of transmission. In this endeavor, one encounters difficulties at all levels, but perhaps nowhere more than in our high-schools and in front of the visages of adolescence, this phase of life during which, according to Fernand Dumont, human beings cease to live by proxy while converting themselves to their own personalities.

I strongly believe that what characterizes our disciplines in the humanities and social sciences is the fact that they are at the centre of key interrogations on the meaning of life, on the horizons and limits of freedom, at the centre also of fundamental reflections on the nature and burdens of education in our societies.

Such issues will be discussed at length here, and I shall also write on themes related to politics, history, philosophy and literature in Québec, Canada, Europe and Latin America.

I do hope, dear readers, that the experience will make you more curious about these matters. As Hannah Arendt once said with regards to freedom, everything is in the beginning.

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5 commentaires

  1. Gustavo Gabriel Santafé dit :

    Bonjour M. Laforest!

    Je suis très content de cette nouvelle proposition pour partager vos connaissances et vos pensées. Bien étendu, trouver un sens à notre existence pour surpasser ce néant « sartrien », est évidemment une tâche de tous les jours. Comme vous le dites, c’est depuis notre enfance que l’on recherche des significations à notre vie et ce aussi, vis-à-vis nos semblables.

    Enfin, je vous souhaite une bonne continuité dans ce nouveau projet de blogue interactif. Je vous laisse avec cette citation de Gandhi qui m’inspire personnellement: «Vis comme si tu devais mourir demain. Apprends comme si tu devais vivre toujours».

    Amicalement,

    G.S.

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  2. […] 1980, Laforest vient de lancer un carnet de réflexion en ligne dont le premier billet s’intitule « L’éducation, la liberté et le sens de la vie ». Peut-être y reviendra-t-il sur un certain « fond » […]

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  3. J’aimerais féliciter M. Laforest pour cette belle invitation à l’innovation dans l’éducation! Malheureusement, éducation et aliénation vont (trop) souvent ensemble au nom de la liberté. Croyez-vous qu’il est vraiment possible d’émanciper l’éducation à la liberté par rapport à la propension intellectuelle à vouloir donner un sens (souvent univoque) à la vie ?

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