Guy Laforest

Québécois: notre façon d’être Canadiens. Corriger une incohérence de la Commission Bouchard-Taylor

Une version en langue anglaise suit le texte en français/ A version in the English language follows the text in French

Je veux dans ce texte faire ressortir une dimension qui a été à mon avis un peu négligée jusqu’à présent dans les commentaires qui ont entouré la publication par le gouvernement du Québec, le premier juin, de sa politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes intitulée Québécois : Notre façon d’être Canadiens. Dans le document, en plus de lancer une politique, le gouvernement fait deux promesses : d’abord, la politique sera suivie assez rapidement d’un plan d’action qui inclura une réorganisation administrative du Secrétariat aux affaires intergouvernementales canadiennes avec des incidences sur l’ensemble des ministères, ensuite, et c’est sur cette deuxième dimension que j’entends insister dans ce texte, le gouvernement promet l’adoption dans la prochaine année d’une politique officielle d’interculturalisme. S’il passe vraiment aux actes sur cette question, le gouvernement corrigera une incohérence vieille de dix ans. Je m’explique.

Une précaution méthodologique additionnelle : dans la version en langue anglaise de ce texte, qui suit cette version en langue française, je rappelle que dans le titre de la nouvelle politique en anglais, le gouvernement Couillard décrit les citoyennes et citoyens du Québec comme étant des « Quebecers », plutôt que d’utiliser le mot français « Québécois ». Comme je l’explique, ce choix n’est pas anodin. Dans la littérature scientifique et dans l’histoire des politiques gouvernementales, quand on utilise le mot « Quebecers », on parle des gens de toutes origines, tandis que, en utilisant le mot « Québécois » pour parler de nous en anglais, on laisse entendre que les personnes d’héritage canadien-français sont les seules à pouvoir se réclamer de l’appartenance québécoise. Cette dernière façon de procéder relève d’une déplorable ethnicisation de la population québécoise. Il y a une dizaine d’années, j’avais reproché cela à la motion parlementaire sur la reconnaissance de la nation québécoise introduite à la Chambre des Communes par le gouvernement Harper, et je le déplore encore aujourd’hui quand je lis des articles et des éditoriaux, dans le Globe and Mail et ailleurs, qui traduisent de la manière suivante le titre du document du gouvernement Couillard : « Being Québécois : our Way of Being Canadians ». Si le Québec choisit de se définir comme une nation interculturelle inclusive, nos partenaires doivent dialoguer avec nous en acceptant, comme point de départ, notre manière de nous définir, aussi bien en français qu’en anglais.

Il y a bientôt une décennie, au printemps 2008, Gérard Bouchard et Charles Taylor publiaient Fonder l’avenir : le temps de la conciliation, le rapport de la Commission de consultation, co-présidée par eux, sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles. Dans un dessein de rapprochement des inquiétudes entre la majorité francophone et les minorités issues de l’immigration, particulièrement à propos des pratiques religieuses de ces dernières, le rapport proposait l’adoption par le gouvernement du Québec d’une politique d’interculturalisme qui aurait défini de manière claire les règles du vivre ensemble dans notre société, en ajoutant à la définition et à l’énumération mécanique de ces règles une vision de l’intégration assez compréhensive pour inclure de fortes dimensions symboliques, politiques et juridiques. Au fond, le rapport proposait de définir le Québec comme une nation interculturelle. Sur le plan de la théorie sociologique de l’intégration, de mon point de vue, le rapport était imbattable. J’ajoute que, notamment parce que sur ces questions le Québec est dans la mire de la communauté internationale des sciences sociales, sans oublier la formidable réputation de Gérard Bouchard et de Charles Taylor, le rapport a été beaucoup discuté dans le monde. Pourtant, c’est ma conviction profonde, le rapport reposait sur un mauvais compromis, un malentendu, une incohérence fondamentale. Le dire n’enlève rien à Charles Taylor et à Gérard Bouchard.

À partir de l’Université McGill, Charles Taylor a construit une œuvre qui honore le Québec et le Canada. Ses travaux portent notamment sur le philosophe allemand Hegel, les malaises de la modernité, les sources de l’identité moderne, la dialectique de la sécularisation et la philosophie du langage. À partir de l’Université du Québec à Chicoutimi, Gérard Bouchard a construit, lui aussi, une œuvre qui honore le Québec et le Canada. Ses travaux portent notamment sur les imaginaires collectifs, les mythes sociaux, l’interculturalisme, le renouvellement de la conscience nationale au Québec et la réhabilitation des nations dans le projet de la construction européenne. Depuis la mort de Fernand Dumont et celle de Léon Dion en 1997, Bouchard et Taylor sont les grandes figures de l’autorité intellectuelle dans notre société, ajoutant une grande présence dans la sphère publique à la profondeur de leurs réflexions théoriques. Sur ce dernier plan, je me sentirais gêné si je ne mentionnais pas le brio d’un Luc Brisson dans le monde grec de Platon, et celui de Jean Grondin plongé dans l’univers de la pensée allemande.

L’incohérence de la Commission Bouchard-Taylor me semble avoir été la suivante : conscients de la lourdeur de leur tâche dans le contexte de leur mandat, ils ont décidé de concentrer leur travail sur les problématiques de la laïcité ouverte et sur celle de l’interculturalisme, en faisant abstraction de l’enracinement du Québec dans la fédération canadienne, de l’application au Québec de tout le dispositif constitutionnel et législatif canadien. Quelles qu’aient pu être les causes de ce choix méthodologique, au nombre desquelles ont pu jouer les convictions fédéralistes de Taylor et les préférences souverainistes de Bouchard, je pense que ce choix était une erreur. Comme le disait un de mes vieux maîtres, Gérard Bergeron, le Québec est là où il est, en Amérique du Nord, pas sur la lune! Il ne faut jamais l’oublier ou le mettre de côté dans la réflexion sur le vivre ensemble. Il nous faut, à la fois, définir les règles et les normes du vivre ensemble entre nous, Québécoises et Québécois de toutes origines, tout en proposant, de manière cohérente, une compréhension de notre manière d’envisager le vivre ensemble dans le cadre fédéral canadien, celui dans lequel nous vivons depuis bientôt 150 ans. Ce devoir de cohérence, négligé par la Commission Bouchard-Taylor, est respecté par le document gouvernemental du premier juin 2017. Cela mérite d’être salué.

Il reste cependant encore pas mal de chemin à faire dans l’approfondissement de cette cohérence. Sur le site internet du Ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion du Québec, on trouve encore un document sur les principes d’un cadre civique commun (démocratie, droits et libertés de la personne, langue française, interculturalisme, société inclusive, participation) qui ne dit rien de la présence du Québec dans le Canada (http://www.quebecinterculturel.gouv.qc.ca/fr/valeurs-fondements/). Un document antérieur, sur les valeurs communes du Québec, imaginait aussi le Québec, pour le dire comme Bergeron, sur la lune et non pas dans le cadre canadien en Amérique du Nord.

En publiant le document le premier juin 2017, trente ans après la signature de l’Accord du lac Meech par Robert Bourassa, Brian Mulroney et tous les premiers ministres des provinces réunis à l’édifice Langevin à Ottawa, le gouvernement dirigé par Philippe Couillard a aussi fait preuve de cohérence dans l’ordre symbolique. Et la dimension partisane n’a pas été négligée avec la tenue d’un Conseil général du Parti libéral à Trois-Rivières en fin de semaine dernière. Toutefois, les réactions du Premier Ministre canadien, Justin Trudeau, et celles d’autres dirigeants provinciaux, ont montré que, vraisemblablement, il y avait moins de cohérence dans l’organisation de la communication gouvernementale.

Il faut penser simultanément le vivre ensemble au Québec et dans le cadre canadien. Et il faut commencer par se définir et s’affirmer entre nous, Québécoises et Québécois, avant d’entrer dans un vrai dialogue avec nos partenaires dans le Canada. De ce point de vue, le vrai test de la cohérence du gouvernement Couillard est à trouver du côté de l’adoption d’une politique officielle d’interculturalisme.

 

Quebecers (and not Québécois): our Way of Being Canadians

Beyond an Incoherence of the Bouchard-Taylor Commission

I wish to insist in this piece on a dimension which has been, as far as I can tell, somewhat neglected in the various commentaries surrounding the release by the government of Québec, on June 1st, of its first policy of affirmation of Québec and of Canadian relations entitled Quebecers: our Way of Being Canadians.

I shall first clarify a minor –well, not so minor- point with regards to the title. In the English version of the document, as it has done with great coherence in the past twenty years, the government of Québec uses the word/expression “Quebecers” to address all citizens of the province, irrespective of their origins. In a Globe and Mail editorial as well as in many articles written beyond Québec, the title was translated in the following way: Being Québécois: our Way of Being Canadians. This way of translating and of departing from the legitimate political authorities of Québec in their own self-description of their society is ethnicizing, suggesting that only Quebecers of French Canadian origin belong. In 2006, the Harper government had used the same strategy in the English version of the parliamentary motion it introduced recognizing “the Québécois as a nation within a united Canada”. I deplored this ethnicizing strategy at the time and I continue to deplore it as it brings back its reductive head in 2017.

In the document published on the first day of June, the government made two promises. First, it announced that the new policy would be followed by an action plan which will include an administrative reorganization of the Secrétariat aux affaires intergouvernementales canadiennes, with structural consequences on all departments. On Thursday, June 9, Premier Philippe Couillard and Minister Jean-Marc Fournier met with all deputy ministers to specify their wishes with regards to the creation of units overseeing Canadian relations in all departments. The document made one more promise, about which I want to suggest further reflections in this piece. In addition to its actions in the sphere of Canadian relations, the government promised the adoption, within the next twelve months –and thus prior to the next elections scheduled for October 2018-, of an official policy concerning interculturalism. If indeed it thus acts upon this promise, the government will correct an unfortunate incoherence which has lasted for about ten years. The next paragraphs explain my view on this matter.

Almost ten years ago, early in 2008, Gérard Bouchard and Charles Taylor published Building the Future: A Time for Reconciliation, the report of the consultation commission on accommodation practices. In order to reduce the distance and at times the reciprocal anxieties between the French-speaking majority and immigration-based minorities, with regards to the religious practices of the latter, the report boldly proposed the adoption by the government of Québec of a policy of interculturalism, which would have defined in a clear manner the rules of common life in our society, adding to the definition and at times mechanical enumeration of these rules a comprehensive approach towards integration, enriched by symbolical, political and legal dimensions. Thus, the report proposed to redefine Québec as an intercultural nation. With regards to the suggested theoretical approach towards integration, the report was unimpeachable. Besides, in light of the interest concerning Québec in the international social scientific community, and largely due to the formidable reputation linked to the names of Charles Taylor and Gérard Bouchard, the report attracted considerable attention across the world. Nevertheless, I remain convinced that the report was based on a wrong compromise, on a fundamental incoherence. Saying so does not take anything away from the merits of Bouchard and of Taylor.

Anchored at McGill University, Charles Taylor’s works have brought honour to himself, Québec and Canada. He has notably explored the writings of Hegel, a key German philosopher, the malaises of modernity, the sources of modern identity, the dialectics of secularization and the philosophical complexities of human language. Anchored at Université du Québec à Chicoutimi, Gérard Bouchard’s works have brought honour as well to himself, Québec and Canada. He has notably explored collective imaginaries, social myths, the models of interculturalism, the renewal of national consciousness in Québec and the rehabilitation of nations in the project of European construction. Since the death of Fernand Dumont and of Léon Dion in 1997, Bouchard and Taylor are the great figures of intellectual authority in contemporary Québec, adding a great presence in the public sphere to the depth of their theoretical reflections. With regards to this last dimension, I would be remiss if I did not acknowledge the extraordinary contributions of Luc Brisson in the Greek world of Plato and those of Jean Grondin in the universe of modern German philosophy.

In which way can the Bouchard-Taylor Commission be considered to have been incoherent? Here is the argument. Extremely conscious of their heavy burden, the two Co-Presidents decided to focus on the twin challenges of open secularism and of interculturalism, bracketing off the rootedness of Québec in the Canadian federation, forgetting for the sake of their reflections the full application in Québec of Canadian laws and of the Canadian constitutional framework. One can surmise that many reasons may have justified this methodological choice, including the need to seek a compromise between Taylor’s federalist convictions and Bouchard’s sovereigntist preferences. Whichever reason may have prevailed, I deem that this choice was a mistake. As one of my old masters, Gérard Bergeron, used to say, Québec happens to be located at one specific place in North America, and certainly not on the moon! In the course of reflections about the principles presiding over our common life, this should never be forgotten or excluded from the framework of analysis. Quebecers of all origins should foster a dialogue leading to the adoption of rules and principles for their life in common, while proposing, in a coherent fashion, an understanding of political life in interdependence with other Canadians in the federal framework we have been sharing for almost 150 years. This search for real coherence, neglected by the Bouchard-Taylor Commission, appears to me fully respected in the governmental document recently published in Québec City. Thus, I salute the effort.

However, much remains to be accomplished on the path towards full coherence. It is currently possible to read, on the web site of Québec’s Department of Immigration, Diversity and Inclusion, a document explaining the principles of a common civic framework (democracy, rights and liberties of persons, role of the French language, interculturalism, an inclusive society, participation), which says nothing about Québec’s presence within Canada. An anterior but similar document, on the common values within our distinct national society, also imagined Québec, to say so in the manner of Bergeron, on the moon or in orbit around the moon, rather than in the Canadian framework and in North America.

Since they chose to publish the document on June 1st, 2017, exactly thirty years afther the signature for the second time of the Meech Lake Accord at the Langevin Building in Ottawa, Premier Philippe Couillard and the minister in charge of the file, Jean-Marc Fournier, showed undeniable coherence in the symbolical order. Moreover, they did not neglect the partisan dimension, for the release of the document was immediately followed by a general council of the delegates of the Québec Liberal Party in Trois-Rivières. But considering the rather rough dismissal expressed by Canadian Prime Minister Justin Trudeau, soon followed by similar if more polite reactions from other provincial Premiers, there seemed to have been less coherence in the organization of governmental communication.

We need to think simultaneously about the principles of common life both in Québec and in the Canadian framework. And we need to start by defining and affirming ourselves, among Quebecers, before entering into a meaningful dialogue with our fellow citizens and partners across Canada. Seen from this perspective, the real test of the coherence of the Couillard government will be the process leading to the adoption of an official intercultural Policy.

Protéger et promouvoir un humanisme de langue française au Québec, au Canada, en France et dans le monde

Une version en langue anglaise suivra dans les prochaines semaines/ An English-language version will follow in the next few weeks

Protéger et promouvoir un humanisme de langue française au Québec, au Canada, en France et dans le monde

Le  10 avril 2017 l’AELIES, l’Association des étudiantes et étudiants de l’Université Laval inscrits aux cycles supérieurs, a invité les trois candidats dans la course au rectorat de l’institution, Sophie d’Amours (l’éventuelle gagnante, qui entre en poste le 1er juin), Éric Bauce et Michel Gendron, à partager lors d’une conférence leur vision de l’Université idéale pour le XXIe siècle avec l’auditoire. Dans le cadre de ces présentations et du débat qui les a suivies, j’ai posé une question aux trois candidats. Pour en expliquer le contexte, j’ajoute que, parmi les personnes qui sont intervenues ce soir-là, il y avait mon collègue et ami le philosophe Michel Seymour de l’Université de Montréal, avec lequel je co-dirige l’axe I « Nation,nationalisme et diversité », au sein du Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité et la démocratie (CRIDAQ). Michel Seymour et moi, nous nous sommes connus au temps de l’Accord du lac Meech, entre 1987 et 1990, à une époque où Brian Mulroney, David Peterson et Robert Bourassa avaient été les principaux acteurs d’un drame constitutionnel qui s’était terminé par l’échec d’une tentative pour permettre au Québec de signer la constitution canadienne dans l’honneur et l’enthousiasme. Une des clauses de l’Accord du lac Meech stipulait que dorénavant, si l’accord avait été entériné, la constitution canadienne aurait dû être interprétée dans le respect du principe selon lequel le gouvernement et l’Assemblée nationale du Québec ont la responsabilité de protéger et de promouvoir une société distincte au Québec.

Lors du débat-rencontre du 10 avril, j’ai d’abord remercié les candidats d’avoir pris le risque personnel d’une telle campagne au rectorat, pour le bénéfice de notre université et de son avenir. Puis, j’ai souhaité que la gagnante ou le gagnant eût l’intelligence de s’inspirer à compter du premier juin de toutes les bonnes idées mises de l’avant pendant la campagne, tout en ayant aussi la générosité de cœur requise pour rassembler la communauté de l’Université Laval après une campagne qui laisse toujours des marques, des rides, et aussi quelques cheveux blancs.

Par après, en reprenant l’esprit et quelques-uns des mots célèbres de l’Accord du lac Meech, j’ai donc posé la question suivante à la candidate et aux candidats : Qu’allez- vous faire, comme rectrice ou comme recteur de l’Université Laval, pour préserver et promouvoir ce bel humanisme de langue française, présent à la bibliothèque des sciences humaines qui porte le beau nom de Jean-Charles Bonenfant, dans l’industrie du livre scientifique représentée sur le campus par les Presses de l’Université Laval et d’autres partenaires, dans le vaillant univers de nos revues savantes (Les Cahiers de droit, Service Social, Recherches sociographiques, Études internationales, Relations industrielles, Recherches amérindiennes au Québec, Recherches féministes, Laval philosophique et théologique, Recherches féministes, Études littéraires, Anthropologie et sociétés, Cahiers de géographie du Québec, Études/Inuit/Studies), dans un contexte international, technologique et économique où l’univers des bibliothèques, des livres savants et des revues scientifiques et littéraires subit toutes sortes de pressions, qu’allez-vous faire donc, pour répéter la question, pour préserver et promouvoir ce bel humanisme et ce patrimoine intellectuel qui sont liés au destin du Québec comme société nationale distincte en Amérique et dans le monde, et qui constituent aussi, à moins que je ne me trompe, une partie importante de l’héritage et de l’âme de l’Université Laval?

Alors que la nouvelle rectrice, Madame Sophie D’Amours, s’apprête à occuper le premier juin son poste de rectrice de l’Université Laval, je souhaite bien sûr de tout cœur qu’elle parviendra, au cours des prochaines années, avec son équipe, à faire avancer sur le campus de l’Université Laval la cause de cet humanisme de langue française, grand héritage civilisationnel de l’histoire du monde et de la modernité, et dimension fondamentale de l’identité de la société québécoise.

Toutefois, plus le temps passe depuis le débat d’avril, plus je me dis que, comme Christian Dufour l’avait rappelé dans un livre publié chez Septentrion en 2006 (Le défi français : regards croisés sur la France et le Québec, http://www.septentrion.qc.ca/catalogue/defi-francais-le), la tâche de la préservation et de la promotion d’un humanisme de langue française est indissolublement liée à celle du droit à la différence identitaire, culturelle et intellectuelle dans le monde. C’est une tâche qui incombe à un gouvernement du Québec  préoccupé par la recherche d’un équilibre entre la prépondérance de la langue française et la protection du patrimoine également anglophone du Québec, à un gouvernement canadien qui, dans un contexte de bilinguisme officiel sur fond de déséquilibre des ressources entre les communautés linguistiques, doit aussi préserver et promouvoir un patrimoine intellectuel lié aussi bien à un humanisme de langue anglaise qu’à un humanisme de langue française, au nouveau gouvernement français d’Emmanuel Macron qui a fait de l’éducation et de la culture des priorités indépassables, et finalement à une Organisation internationale de la francophonie qui se rassemblera dans les prochaines années en Arménie en 2018 et en Tunisie en 2020.

Dans cette belle aventure de la préservation et de la promotion d’un humanisme de langue française, laquelle vit en amitié avec celles et ceux qui se réclament d’autres horizons linguistiques, j’ai le goût de m’arrêter ce matin, alors que l’aube commence à poindre à Toronto, pour saluer les créatrices et les créateurs qui pensent et qui réfléchissent en français mais aussi en anglais au Québec et au Canada, qui font vivre la littérature mais aussi les livres scientifiques et les revues savantes par la beauté et la richesse de leur écriture, sans oublier tous les artisans qui permettent, par leur travail sophistiqué, rigoureux et acharné, que notre patrimoine culturel continue à s’épanouir à travers l’édition et la diffusion de ces instruments irremplaçables que sont les livres savants et les revues scientifiques, intellectuelles et littéraires.

 

Justin Trudeau et le fédéralisme de réconciliation

La version en langue anglaise suit le texte en français / An English-language version follows the text in French

Justin Trudeau et le fédéralisme de réconciliation

Guy Laforest (Université Laval) et Janique Dubois (Université d’Ottawa)

L’année 2017 marque le cent-cinquantième anniversaire de la fondation fédérale du Canada. En effet, en mars 1867, le parlement britannique avait adopté le British North America Act, lequel entra en vigueur le premier juillet 1867. Tout au long de l’année, tant sur les scènes politique qu’intellectuelle, de nombreux événements souligneront cet anniversaire. Nous ferons d’abord un clin d’œil ici à une importante série d’études parrainée depuis Montréal par l’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP), sous le leadership de son président, Graham Fox, et du directeur de la recherche, Leslie Seidle. Nous mentionnerons aussi un colloque organisé par le Groupe de recherche sur les sociétés plurinationales (GRSP), dirigé par le professeur de l’UQAM Alain-G. Gagnon, et à l’organisation duquel contribuent également les professeurs Johanne Poirier (McGill), Eugénie Brouillet (Laval) et Guy Laforest (Laval). Ce colloque, intitulé « Le fédéralisme canadien et son avenir : acteurs et institutions », s’est déroulé à l’Université McGill et au Musée de la civilisation de Québec, les 23-24 mars 2017. Nous soulignons aussi la tenue du colloque de l’Association canadienne de science politique dans le cadre du congrès de la Fédération des sciences humaines le 1-3 juin à Toronto où nous ferons le point sur le fédéralisme de réconciliation au Canada.

Dans ce billet, nous souhaitons contribuer à mieux saisir la vision du fédéralisme qui semble inspirer M. Justin Trudeau, Premier Ministre du Canada, à la tête d’un gouvernement libéral majoritaire depuis son triomphe électoral du 19 octobre 2015. Comme Donald Trump, Justin Trudeau est passé maître dans l’art de l’utilisation et du contrôle des nouveaux médias sociaux. Contrairement à lui, il est un adepte du féminisme, du pacifisme, et d’une approche multiculturelle généreuse à l’égard de l’immigration en général, et des réfugiés en particulier.  Mais qu’en est-il à propos de sa compréhension du fédéralisme ? À cet égard, les choses paraissent moins claires. Il y a quelque cinquante ans M. Pierre-Elliott Trudeau, père du Premier Ministre actuel, devenait Ministre de la Justice dans le gouvernement de Lester Pearson, publiait un livre important sur le fédéralisme – Le fédéralisme et la société canadienne-française –, et s’apprêtait à se lancer dans une course à la direction du Parti libéral, de laquelle il sortirait vainqueur avant de succéder à Lester Pearson à la tête du pays en 1968.  Nous évoquons, au passage, certaines idées sur le fédéralisme de Trudeau l’Ancien dans notre effort de cerner celles de Trudeau le Jeune.

Quelques mots, au préalable, à propos de la théorie et de l’histoire du fédéralisme. Depuis les célèbres travaux de James Madison dans les Federalist Papers, le fédéralisme est un système de gouvernement, ou un mode d’organisation de la vie politique, lequel, en divisant la souveraineté et en créant des zones de tension mais aussi d’autonomie et d’interdépendance entre divers ordres de gouvernement, contribue à la préservation des libertés individuelles et collectives. Si l’on ajoute la perspective sociologique à la perspective institutionnelle, comme le fait Alain-G. Gagnon dans son article, The Political Uses of Federalism, le fédéralisme offre des protections de la diversité et de l’autonomie des peuples et nations minoritaires, tout en assurant une forme substantielle d’unité entre les diverses composantes pour le maintien de la paix et de l’harmonie. Cette double perspective, institutionnelle et sociologique, et cette quête d’un équilibre, toujours précaire, entre les exigences de la diversité et celles de l’unité, étaient toutes deux au cœur des préoccupations des fondateurs dans les moments qui précèdent et suivent la confédération canadienne (Brouillet, Gagnon et Laforest, 2016; 111-15). Trudeau l’Ancien en parle abondamment dans son livre de 1967 (Trudeau, 1967; 194-205), et Trudeau le Jeune ne saurait les ignorer en 2017.

Or, les fondateurs du Canada ne sont pas les premiers à constater les bienfaits du fédéralisme comme mode d’organisation de la vie politique. Ce principe est notamment évoqué dans l’union des peuples Mohawk, Oneida, Cayuga, Seneca et Onondaga dans la confédération Haudenosaunee (iroquoise) au 16e siècle, à laquelle se joignent éventuellement les Tuscaroras. Selon la légende Haudenosaunee, ces nations sont amenées à travailler ensemble par l’artisan de la paix qui leur démontre qu’on peut plus facilement casser une flèche qu’un paquet de flèches mises ensemble. En acceptant de participer à cette union politique, ces partenaires de la confédération Haudenosaunee choisissent la paix plutôt que le conflit, la force collective plutôt que le pouvoir individuel. Pour ces nations, comme pour plusieurs autres, le fédéralisme contribue à l’harmonie collective tout en préservant l’autonomie des partenaires au sein de la confédération.

Outre les desseins de la préservation de l’autonomie des partenaires, le fédéralisme accroit les lieux de participation politique, favorise la délibération, et multiplie les centres de décisions. Il encourage également à l’émulation, à l’innovation et à la compétition dans les politiques publiques entre les partenaires et invite citoyennes et citoyens au partage et à la redistribution avec leurs semblables à partir des communautés de proximité. Immanquablement, des tensions surgiront, mais on peut penser, sans verser dans l’idéalisme, que celles-ci auront globalement des effets positifs tant et aussi longtemps que la poursuite de l’unité se fera dans un esprit de respect des différences. On peut aussi penser que le rassemblement des forces des uns et des autres, lequel est au cœur de la pratique fédérale, contribuera à élargir l’influence des partenaires dans le monde, et à leur permettre de faire ensemble des choses qu’ils n’auraient pas pu faire séparément.

Depuis la confédération canadienne, les exigences de la diversité et celles de l’unité ont mené nos chefs politiques à épouser diverses doctrines du fédéralisme. Arrivé au pouvoir avec le langage du fédéralisme d’ouverture en 2006, Stephen Harper s’est retiré après sa défaite de 2015 en laissant le souvenir d’un gouvernement souvent capable de rigidité et d’implacabilité dans ses rapports avec ses partenaires. Par contraste, Justin Trudeau et son gouvernement ont réussi à changer le fédéralisme exécutif et les relations intergouvernementales au Canada – du moins au niveau du discours. Nous en voulons pour preuve, d’abord, la réponse que fit M. Trudeau durant la longue campagne électorale de l’été 2015 à la missive que le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, avait envoyée à tous les dirigeants des partis fédéraux:

Il nous faut constamment revenir à l’esprit fédéral: cette idée que nous devons travailler ensemble, dans le respect des différences, pour atteindre nos objectifs communs.  Les défis auxquels nous faisons face ne peuvent être résolus uniquement à partir d’Ottawa. Ils exigent un vrai partenariat entre le gouvernement fédéral et les provinces et une vision fédérale qui respecte les compétences du Québec et de toutes les provinces. Cela nécessite un dialogue continu (Trudeau, 2015; 1).

Comme Christopher Dunn l’a intelligemment expliqué dans une étude pour le compte de l’IRPP, on retrouve ce vocabulaire du dialogue, de la collaboration et du partenariat dans l’ensemble des textes et des discours associés à la campagne de Justin Trudeau en 2015, et il en va de même pour les principaux discours et documents gouvernementaux depuis son accession au pouvoir (Dunn, 2016; 12).

Alors qu’il tend la main vers les provinces et s’engagea le soir de son triomphe électoral de faire « de la collaboration avec les provinces le principe premier de ses actions » (Trudeau, 2015b), M. Trudeau n’hésita pas à hiérarchiser les partenaires avec qui il collabore depuis son accession au pouvoir. Dans son discours lors de la cérémonie d’assermentation le 4 novembre 2015, il déclare: « Aucune relation n’est plus importante pour moi et pour le Canada que la relation avec les peuples autochtones. Il est temps de renouveler la relation de nation à nation avec les peuples autochtones pour qu’elle soit fondée sur la reconnaissance des droits, le respect, la collaboration et le partenariat » (Trudeau, 2015c et Trudeau, 2015d). Cette déclaration, exprimée dans les lettres de mandat à son cabinet, qui furent d’ailleurs publiées par souci renouvelé d’une plus grande transparence, est reprise à peu près mot à mot dans le discours du Trône prononcé par le gouverneur-général du Canada, David Johnston, le 4 décembre 2015. Dans ce discours, M. Trudeau prit à ce sujet les engagements suivants: « Entre autres mesures, le gouvernement collaborera à la mise en œuvre de recommandations de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada, lancera une enquête sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, et travaillera avec les Premières Nations afin que chaque enfant d’une Première Nation reçoive une éducation de qualité » (Gouvernement du Canada, 2015). Le tout fait partie de son engagement d’établir un véritable partenariat de nation à nation avec les peuples autochtones.

Depuis son élection à la chefferie du parti libéral en 2013 et à la tête du gouvernement majoritaire fédéral en 2015, M. Trudeau s’engage – en toute transparence – à établir un fédéralisme qui respecte la souveraineté des partenaires. Ce respect des différences est nécessaire, selon lui, pour atteindre nos objectifs communs dont une stratégie pour contrer les changements climatiques, un engagement envers la jeunesse et une approche multiculturelle généreuse à l’égard des immigrants et des réfugiés. Dans son discours quant à la poursuite d’objectifs communs, comme dans celui sur la relation avec ses partenaires, M. Trudeau établit un ordre de priorité. Au premier fil se trouve la réconciliation avec les peuples autochtones.

Nous constatons qu’en campagne électorale aussi bien qu’au pouvoir, Justin Trudeau tient un discours transparent, assez cohérent et hautement normatif qui prône le fédéralisme de réconciliation. De par ce discours, il nourrit de grandes ambitions. Alors que la réconciliation avec les peuples autochtones est au premier rang des priorités dans le discours de M. Trudeau, la position des provinces quant à cet objectif est moins évidente. Le premier ministre du Canada peut-il souscrire au fédéralisme de réconciliation tout en respectant la souveraineté des partenaires dans la confédération ? Voilà une question qui va au-delà du discours.

Bibliographie

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FORAN, Charles (2017), « The Canada Experiment : Is this the World’s First post-national Country ? », The Guardian, 4 janvier 2017,  https://www.theguardian.com/world/2017/jan/04/the-canada-experiment-is-this-the-worlds-first-postnational-country, consulté en ligne le 17 janvier 2017.

GAGNON, Alain-G. (1993), « The Political Uses of Federalism », dans Alain-G. Gagnon et Michael Burgess (dir.), Comparative Federalism and Federation: Competing Traditions and Future Directions, Toronto, University of Toronto Press.

GOUVERNEMENT DU CANADA (2015), « Réaliser le vrai changement: discours du Trône ouvrant la première Session de la quarante-deuxième Législature du Canada », Ottawa, 4 décembre 2015, http://discours.gc.ca/sites/sft/files/discours_du_trone.pdf, consulté en ligne le 17 janvier 2017.

LAFOREST, Guy (2014), Un Québec exilé dans la fédération: essai d’histoire intellectuelle et de pensée politique, Montréal, Québec Amérique.

TRUDEAU, Justin (2016), « Discours prononcé devant l’Assemblée extraordinaire des Chefs de l’Assemblée des Premières Nations », Gatineau, Québec, le 6 décembre 2016, http://pm.gc.ca/fra/nouvelles/discours, consulté en ligne le 17 janvier 2017.

TRUDEAU, Justin (2015a), « Lettre du chef du Parti libéral du Canada au premier ministre du Québec », réponse de Justin Trudeau à une lettre de Philippe Couillard, https://www.liberal.ca/fr/lettre-du-chef-du-parti-liberal-du-canada-au-premier-ministre-du-quebec/, consulté en ligne le 17 janvier 2017.

TRUDEAU, Justin (2015b), « Justin Trudeau, for the record: ‘We beat fear with hope’ », retranscription du discours prononcé le soir de la victoire électorale du 19 octobre 2015, http://www.macleans.ca/politics/ottawa/justin-trudeau-for-the-record-we-beat-fear-with-hope/, consulté en ligne le 17 janvier 2017.

TRUDEAU, Justin (2015c), « Déclaration du Premier Ministre du Canada suite à l’assermentation du 29e Conseil des Ministres », http://pm.gc.ca/fra/nouvelles/2015/11/04/declaration-du-premier-ministre-du-canada-suite-lassermentation-du-29e-conseil, consulté en ligne le 17 janvier 2017.

TRUDEAU, Justin (2015d), « La diversité, force du Canada », discours prononcé à Londres le 26 novembre 2015, http://pm.gc.ca/fra/nouvelles/2015/11/26/la-diversite-force-du-canada, consulté en ligne le 17 janvier 2017.

TRUDEAU, Pierre-Elliott (1967), Le fédéralisme et la société canadienne-française, Montréal, Hurtubise HMH.

Guy.Laforest@pol.ulaval.ca

Janique.Dubois@uottawa.ca

 

 Justin Trudeau and Reconciliatory Federalism

Guy Laforest (Université Laval) et Janique Dubois (University of Ottawa)

In Canada, 2017 will be a year of celebrations. It is indeed the 150th anniversary of the federal founding of the country. In March 1867, the British Parliament adopted the British North America Act, which became the law of the land on July 1st, 1867. Throughout 2017, in political as well as intellectual public spheres, many events will underline this anniversary. We wish first to acknowledge here the publication of an important series of studies under the stewardship of the Institute for Research on Public Policy (IRPP) in Montreal, entitled Canada’s Changing Federal Community, under the leadership of IRPP’s President, Graham Fox, and the director of research, Leslie Seidle. We shall also mention a conference put together by the Research Group on Plurinational Societies (French acronym, GRSP), directed by Professor Alain-G. Gagnon from Université du Québec à Montréal, and co-organized by Professors Johanne Poirier (McGill), Eugénie Brouillet (Laval) and Guy Laforest (Laval). This conference, entitled, « Canadian Federalism and its Future: Actors and Institutions », took place at McGill University and at the Musée de la civilisation in Québec City, March 23-24, 2017. We also underline the upcoming Canadian Political Science Association conference that will take place during the Congress of the Federation of Humanities and Social Sciences in Toronto on June 1-3 at which we will present initial findings about the state of reconciliatory federalism in Canada.

In this entry, we aim to better understand the vision of federalism espoused by the current Prime Minister of Canada, Mr. Justin Trudeau, elected at the helm of a majority Liberal government in mid-October, 2015. Like Donald Trump, Justin Trudeau is a master of new social media. Unlike him, he is a feminist, a pacifist and an advocate of a generous multicultural approach towards immigrants in general and refugees in particular. What we should make of his approach towards federalism, however, appears less clear. Some fifty years ago, Pierre-Elliott Trudeau, the father of the current Prime Minister, became Minister of Justice in the cabinet of then Liberal leader Lester B. Pearson, and published an important book about federalism – Federalism and the French Canadians – as he was about to launch himself into the leadership race that saw him replace Pearson at the helm of the country in June 1968. We only obliquely refer here to Trudeau the Elder’s ideas concerning federalism in our attempt to ascertain those of Trudeau the Young.

Before undertaking this task, it is useful to reflect on the theory and history of federalism. Since the famous reflections of James Madison in The Federalist Papers at the end of the 18th century, federalism has been viewed as a system of government, or as a mode of organization of political life, which, in dividing sovereignty and establishing zones of tension as well as spaces of autonomy and interdependence between various orders of government, contributes to the preservation of individual and collective liberties. Adding the sociological perspective to the institutional one, as Alain-G. Gagnon does in his widely read chapter, The Political Uses of Federalism, federalism offers safeguards for the autonomy and diversity of peoples and minority nations, while ensuring a substantial form of unity between constituent units in the pursuit of peace and harmony (Gagnon, 1993; 21-26). This dual perspective, institutional and sociological, and the search for a balance, albeit precarious, between the exigencies of diversity and unity, were at the forefront of concerns in the moments that led and followed Canadian Confederation (Brouillet, Gagnon and Laforest, 2016; 111-115). Trudeau the Elder wrote at length about this concern in his 1967 book (Trudeau, 1967; 194-205), and the Young Trudeau would ignore them at his own peril.

However, the founders of Canada were not the first to turn to federalism as a mode of political organization. Federalism was most notably used during the union of the Mohawk, Oneida, Cayuga, Seneca and Onondaga nations in the Haudenosaunee Confederacy at the end of the 16th century, which the Tuscaroras eventually joined. According to Haudenosaunee legend, these nations were convinced to work together by the Peacemaker who showed them that a single arrow is more easily broken than a bundle of arrows put together. In accepting to participate in a political union, these partners in the Haudenosaunee Confederacy chose peace over conflict, collective strength over individual power. For these nations, as for many others, federalism contributes to collective harmony while preserving the autonomy of partners in confederation.

Beyond securing the autonomy of partners, federalism broadens the avenues for political participation, fosters deliberation and multiplies sites of decision-making. It also encourages emulation, innovation and competition in various fields of public policy and invites citizens to share and redistribute amongst co-equals. Some tensions will undeniably emerge, but we can expect, without falling into the abyss of idealism, that these tensions will have mostly positive effects as long as unity is pursued in a spirit of respect for difference. It is also reasonable to expect that, by convening their respective forces, a key federal practice, partners will increase their sphere of influence in the world and accomplish goals that would have remained otherwise unattainable.

Since Canadian Confederation, the exigencies of diversity and unity have led our political leaders to espouse different doctrines of federalism. Ascending to power praising the discourse of open federalism in 2006, Stephen Harper’s retirement following his 2015 defeat left memories of a government often capable of rigidity and implacability in its relations with partners. The least we can say is that Justin Trudeau and his government have successfully managed to shift executive federalism and intergovernmental relations – at least in discourse. This is evident in Mr. Trudeau’s response to the Premier of Québec, Philippe Couillard, during the federal electoral campaign of 2015 in which he committed to govern in accordance with the federal spirit, to work together with partners while respecting differences in the pursuit of common objectives (Trudeau, 2015a; 1). As Christopher Dunn has aptly shown in a study for the IRPP (Dunn, 2016), the vocabulary of dialogue, collaboration and partnership runs through the documents and speeches of Trudeau’s 2015 campaign and has persisted since his entry into office.

Despite his open arms approach towards provinces and a commitment, affirmed on the night of his 2015 electoral triumph, to make collaboration with provinces a key principle (Trudeau, 2015b), Mr. Trudeau has not hesitated to establish a hierarchy amongst the partners with which he collaborates. During his swearing-in ceremony on November 4, 2015, Trudeau declared: “No relationship is more important to me and to Canada than the one with Indigenous peoples. It is time for a renewed, nation-to-nation relationship with Indigenous peoples based on recognition of rights, respect, co-operation and partnership » (Trudeau, 2015c and Trudeau, 2015d). This declaration, also found in ministerial mandate letters that were published in keeping with a renewed interest for transparency, appears almost word for word in the Throne Speech pronounced by Canada’s Governor General, David Johnston, on December 4, 2015. In this speech, the federal government, under Trudeau’s leadership, made the following commitments: « Among other measures, the Government will work co-operatively to implement recommendations of the Truth and Reconciliation Commission of Canada, will launch an inquiry into missing and murdered Indigenous women and girls, and will work with First Nations so that every First Nations child receives a quality education » (Government of Canada, 2015). These initiatives are part of his commitment to establish a nation to nation partnership with Indigenous peoples.

Since his election as the leader of the Liberal party in 2013 and at the helm of a majority government in 2015, Mr. Trudeau has committed – in full transparency – to a form of federalism that respects the sovereignty of partners. This respect for difference is needed, according to him, to achieve collective objectives that include a strategy to fight climate change, an engagement with youth and a generous multicultural approach towards immigrants and refugees. In his discourse related to these objectives, like that related to his relationship with partners, Mr. Trudeau establishes a hierarchy. At the top of the agenda is reconciliation with Indigenous peoples.

We can observe from campaign promises to government announcements that Mr. Trudeau has held a transparent, fairly coherent and highly normative discourse of reconciliatory federalism. The rhetoric is undeniably noble, and the expectations unmistakably high. While Mr. Trudeau has placed reconciliation with Indigenous peoples at the top of his agenda, it is less clear where the other partners of confederation stand. Can Canada’s Prime Minister subscribe to reconciliatory federalism while respecting the sovereignty of partners in confederation? That is a question that goes beyond discourse.

Bibliography

DUNN, Christopher (2016), “Harper without Jeers, Trudeau without Cheers : Assessing 10 Years of Intergovernmental Relations”, Institute for Research on Public Policy, Number 8, Montréal, http://irpp.org/research/canadas-changing-federal-community/, consulted on line, March 9, 2017.

FORAN, Charles (2017), “The Canada Experiment: Is this the World’s First post-national Country”, The Guardian, January 4, 2017, https://www.theguardian.com/world/2017/jan/04/the-canada-experiment-is-this-the-worlds-first-postnational-country, consulted on line, March 2, 2017.

GAGNON, Alain-G. (1993), “The Political Uses of Federalism”, in Alain-G. Gagnon and Michael Burgess (eds.), Comparative Federalism and Federation: Competing Traditions and Future Directions, Toronto, University of Toronto Press.

GOVERNMENT OF CANADA, “Making Real Change Happen: Speech from the Throne to Open the First Session of the Forty-Second Parliament of Canada”, Ottawa, December 4, 2015, http://www.speech.gc.ca/sites/sft/files/speech_from_the_throne.pdf, consulted on line, January 17, 2017.

LAFOREST, Guy (2014), Un Québec exilé dans la fédération: essai d’histoire intellectuelle et de pensée politique, Montréal, Québec Amérique.

TRUDEAU, Justin (2016), “Speech by the Prime Minister of Canada to the Assembly of First Nations Special Chiefs Assembly”, Gatineau, Québec, December 6, 2016, http://pm.gc.ca/eng/news/speeches, consulted on line, January 17, 2017.

TRUDEAU, Justin (2015a), “Letter to the Premier of Québec from Liberal Party of Canada Leader Justin Trudeau”, August 22nd, 2015, https://www.liberal.ca/letter-to-the-premier-of-quebec-from-liberal-party-of-canada-leader-justin-trudeau/, consulted on line, January 17, 2017.

TRUDEAU, Justin (2015b), “Justin Trudeau, for the record: ‘We beat fear with hope’”, transcript of Justin Trudeau’s victory speech after leading the Liberals to a majority, Montréal, October 19, 2015, http://www.macleans.ca/politics/ottawa/justin-trudeau-for-the-record-we-beat-fear-with-hope/, consulted on line, January 17, 2017.

TRUDEAU, Justin (2015c), “Statement by the Prime Minister of Canada following the swearing-in of the 29th Ministry”, Ottawa, November 4, 2015, http://pm.gc.ca/eng/node/39833, consulted on line, January 17, 2017.

TRUDEAU, Justin (2015d), “Diversity is Canada’s strength”, http://pm.gc.ca/eng/news/2015/11/26/diversity-canadas-strength,  consulted on line, January 17, 2017.

TRUDEAU, Pierre-Elliott (1968), Federalism and the French Canadians, Toronto, Macmillan.

Guy.Laforest@pol.ulaval.ca
Janique.Dubois@uottawa.ca

 

 

 

1967: une année époustouflante sur l’horizon de la relation Canada-Québec et dans la vie d’André Laurendeau

Une version en langue anglaise suivra dans les prochaines semaines / A version in the English language will be added in the next few weeks

Dans une conférence faite à la Maison du Canada à Londres, le 22 avril 2017, j’ai essayé de tracer un portrait en accéléré de l’évolution de l’État canadien depuis la fondation fédérale de 1867. Pour ce faire, je me suis concentré sur quatre années essentielles (1867-1967-1982-2017), en les interprétant à chaque fois à partir de la trajectoire d’une personnalité-clé, en évoquant pour chacune d’entre elles leurs actions au cours de cette année, leurs idées et leurs réseaux personnels respectifs. Avant de me plonger dans l’univers d’André Laurendeau et dans l’extraordinaire année 1967, je donnerai une idée de mon propos d’ensemble, et un aperçu de l’allure générale du colloque qui s’est déroulé à la Maison du Canada, à l’initiative de l’Association britannique d’études canadiennes, en partie pour commémorer le 150e anniversaire de la fondation fédérale du Canada en 1867.

Pour réfléchir sur l’État canadien de 2017, je me devais de choisir le Premier Ministre du pays, Justin Trudeau, sans négliger le cercle de personnes avec qui, sur des prémisses néo-idéalistes, il est en train de réinventer un rêve canadien pour le XXIe siècle : Katie Telford, Anna Gainey, Sophie Grégoire, Mélanie Joly, Chrysta Freeland, Tom Pitfield, Gerald Butts, Matthew Mendelsohn, Dominic Barton, Dominic Leblanc. Pour accompagner le Jeune Trudeau de 2017, il m’a évidemment fallu choisir Trudeau l’Ancien, son père Pierre-Elliott, pour parler de l’année 1982, celle d’une grande réforme constitutionnelle sans le consentement du Québec. Trudeau l’Ancien, cette année-là, vivait sous l’influence des Jim Coutts, Tom Axworthy, Michael Pitfield et Michael Kirby, tout en demeurant en dialogue avec les René Lévesque, Claude Ryan et André Burelle. Il y a 50 ans, au printemps 1967, s’inaugurait à Montréal, avec un clin d’œil à la « Terre des Hommes » de St-Exupéry, l’Exposition universelle qui, d’avril à la fin octobre, devait amener 50 millions de personnes à Montréal, en pleine Révolution tranquille, au début d’un temps nouveau pour le dire comme dans la chanson immortalisée par Renée Claude. On verra ici pourquoi le Canada de 1967 me semble bien représenté par ce grand humaniste qu’était André Laurendeau, entouré par les René Lévesque, Pierre-Elliott Trudeau, Gérard Pelletier et Claude Ryan. Finalement, pour faire revivre cette année 1867 qui fut celle de la fondation fédérale du Canada, j’ai choisi à Londres la figure d’Alexander Galt, le grand représentant de la minorité anglo-protestante du Canada-Est (la future province de Québec) au temps de la Confédération. Galt se retrouvait dans deux grands cercles politiques, un premier dans l’ensemble des colonies britanniques d’Amérique du Nord, avec  notamment les John A. Macdonald, George Brown et George-Étienne, Cartier, et un second, plus souvent négligé, au Québec, avec encore une fois Cartier et Thomas d’Arcy McGee.  A la Maison du Canada, j’en ai profité pour rappeler que nous célébrons en 2017 le bicentenaire de la naissance de Galt. Et comme en plus Galt fut le premier Haut-Commissaire du Canada à Londres (1880-1883), j’ai trouvé un peu curieux que cela soit passé sous silence dans la capitale britannique.  À Londres comme à Ottawa, dans le Canada de 2017, l’équilibre entre passé, présent et futur, dans les délibérations de notre communauté politique fédérale, n’est pas toujours adéquat.

Dans les séances plénières du colloque de l’Association britannique des études canadiennes, lequel s’est donc tenu à la Maison du Canada à Londres du 20 au 22 avril 2017, plusieurs conférenciers ont eu l’occasion de s’adresser aux participantes et participants. Colin Coates, du collège Glendon de l’Université York, a expliqué les raisons plurielles de l’affaiblissement organisationnel de la thématique des études canadiennes au cours des 5 dernières années. Le Ministre québécois responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, Jean-Marc Fournier, a poursuivi son travail, amorcé à Québec le 24 mars lors du colloque du Groupe de recherche sur les sociétés plurinationales (GRSP) sur le fédéralisme canadien et son avenir, d’élucidation de la manière à travers laquelle le gouvernement du Québec dirigé par Philippe Couillard comprend l’évolution contemporaine du fédéralisme canadien. Il a conclu sa conférence de la manière suivante : « Nous sommes Québécois, et c’est notre manière d’être Canadiens ». Dans une visio-conférence pré-enregistrée, l’écrivaine Margaret Atwood a vu dans la réconciliation avec les peuples autochtones et dans la question environnementale les enjeux de l’heure au Canada. Elle a aussi offert un plaidoyer passionné pour les humanités (liberal arts), y voyant le lieu d’approfondissement d’une orientation-vertu-disposition qui est à la source même de notre commune humanité : l’empathie envers l’Autre. Je reviendrai sur ce thème en lien avec la trajectoire de Laurendeau. Pour sa part, le philosophe Will Kymlicka a commencé par rappeler que l’État canadien se caractérisait, sur le plan sociologique, par la co-présence de trois sources de diversité profonde : les peuples autochtones, l’immigration multiculturelle, et le fait français (bilinguisme, Québec, minorités francophones). Sur le plan politico-administratif, l’État canadien traite chacune de ces dimensions de la diversité de façon autonome, dans des politiques publiques qui évoluent en parallèle, sans véritable dessein synthétique ou compréhensif. Ayant expliqué cela, il a proposé une analyse de la place du débat sur le niqab dans la campagne électorale fédérale de 2015, y voyant une cause essentielle d’abord de la montée des Conservateurs de Stephen Harper, puis de leur éventuelle déroute au profit des Libéraux de Justin Trudeau. Finalement, l’historien Jocelyn Létourneau, appuyé sur ses travaux antérieurs, identifia une série de constantes dans la trajectoire politique et historique des Québécois d’héritage canadien-français, dont notamment une culture politique de modération et une double appartenance québécoise et canadienne.

L’empathie envers l’Autre. De Léon Dion à Ramsay Cook, de Charles Taylor à Fernand Dumont, toutes les personnes et tous les intellectuels qui ont trouvé André Laurendeau sur leur chemin reconnaissaient en lui une telle orientation-disposition. Il savait écouter autrui, s’intéresser à elle ou à lui. Une telle vertu transparaît dans les pages du journal de bord qu’il a tenu au temps de la Commission d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, dont il fut le co-président de 1963 jusqu’à sa mort en juin 1968. Il y a trente ans, à Calgary, grâce à la générosité de l’historien Donald Smith qui organisa cette rencontre, cela me fut confirmé avec émotion par Gertrude Laing, cette autre grande humaniste qui participa comme commissaire à l’aventure de la Commission Laurendeau-Dunton.  Dans le journal de bord, l’empathie de Laurendeau pour les Canadiennes et Canadiens anglophones impressionne. Dans un autre de ses livres, Ces choses qui nous arrivent, c’est l’empathie de Laurendeau, même quand elle fait irruption sous les traits de la critique,  envers ses compatriotes de langue française, qui émeut. 1967, l’année du Centenaire de la Confédération et celle de l’Exposition universelle de Montréal, j’en fais l’hypothèse, ce fut l’année de l’empathie la plus grande du Canada de langue anglaise, et de sa population, envers le Canada français, le Québec, le bilinguisme. À 50 ans de distance, quand on observe le Canada contemporain, et quand on le compare avec celui de l’année du Centenaire et de l’Expo de Montréal, cela me semble être une des différences qui frappent le plus. J’y reviendrai en conclusion. Auparavant, sur un mode un peu nostalgique, repassons les principaux événements de cette époustouflante année 1967.

Déroulement de l’année 1967

Janvier : Inauguration de la flamme du Centenaire de la Confédération sur la colline parlementaire à Ottawa; retour à Montréal, pour être cités à leur procès, des felquistes Charles Gagnon et Pierre Vallières.

Avril : Pierre-Elliott Trudeau devient ministre fédéral de la Justice et commence à imaginer des réformes législatives progressistes,  notamment celle de la légalisation de l’avortement; création de l’Ordre du Canada; ouverture de l’exposition universelle de Montréal; Gérard Bergeron publie son livre, Le Canada français après deux siècles de patience.

Mai : Le gouvernement du Québec crée le Ministère des Relations internationales, lequel s’appuiera sur la doctrine Gérin-Lajoie, voulant que la province puisse disposer à l’étranger des compétences qui sont les siennes à l’interne; le Premier ministre du Québec, Daniel Johnson, fait un voyage officiel en France; l’historien quasi-officiel du nationalisme canadien-français, Lionel Groulx, meurt le 23 mai.

Juin : L’éminence grise du journal le Devoir, Claude Ryan, publie une série d’articles essentiels à l’occasion du centenaire de la fondation fédérale du Canada.

Juillet : À Ottawa et ailleurs, des célébrations entourent le Centenaire de la Confédération; Charles de Gaulle traverse l’Atlantique sur le Colbert, et prononce le 24 juillet au balcon de l’hôtel de ville de Montréal, ses paroles célèbres : « Vive le Québec libre ! ». Paul Desmarais achète le journal La Presse; Pierre Péladeau lance le Journal de Québec après le Journal de Montréal.

Août : François Aquin devient le premier député indépendantiste à siéger à l’Assemblée législative du Québec; la Révolution tranquille bat son plein, et la Commission Castonguay remet son rapport sur l’avenir de la santé et des services sociaux, étape capitale dans l’approfondissement d’un État-Providence québécois.

Septembre : À la veille d’un important congrès libéral à Québec, René Lévesque annonce qu’il prônera désormais la souveraineté-association; Pierre-Elliott Trudeau, avec l’aide de son ami Gérard Pelletier, publie Le fédéralisme et la société canadienne-française.

Octobre : Au terme d’un congrès tout en bouleversements, René Lévesque quitte le Parti libéral du Québec; les États généraux du Canada français se tiennent à Montréal.

Novembre : René Lévesque fonde le Mouvement Souveraineté-Association (MSA); la Conférence interprovinciale sur la Confédération de demain (Confederation of Tomorrow) se tient à Toronto sous le leadership du premier ministre de l’Ontario, John Robarts, et celui du premier ministre du Québec, Daniel Johnson.

Décembre : au début du mois, la Commission Laurendeau-Dunton publie le premier volume de son rapport final, sur les langues officielles. Celui-ci survient plus de deux ans après le rapport préliminaire de 1965. Ayant été incapable d’imposer son approche compréhensive, globalisante, à ses collègues au sein de la Commission, André Laurendeau en explique les prémisses philosophiques, sociologiques, morales et politiques dans les fameuses pages bleues; à la fin de l’année du centenaire, Claude Ryan signe un long éditorial au titre éloquent : « L’échiquier politique au Canada et la crise des deux nations : perspectives de fin d’année. Dans cet éditiorial, Claude Ryan servit deux avertissements au Canada anglophone : ce dernier devra déclarer ses intentions par rapport aux recommandations du premier volume du rapport de la Commission Laurendeau-Dunton, comme il devra dire s’il est prêt à reconnaître la situation distincte du Québec. Ryan conclut son texte en parlant d’une urgence exceptionnelle.

Et tout cela, amis lectrices et amis lecteurs, c’était il y a cinquante ans!

Il nous est possible, à toutes et à tous, d’essayer d’imaginer comment l’époustouflante année 1967 marqua l’esprit de Laurendeau, comment il réagit à chacun des événements ci-haut mentionnés, et parfois sans doute en relation avec les personnes qui, dans sa vie publique et intellectuelle, comptaient le plus pour lui, et parmi lesquelles on pouvait compter des gens comme Pierre-Elliott Trudeau, René Lévesque et Claude Ryan, sans oublier ses collègues au sein de la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme, et notamment les Davidson Dunton, Franklin Reginald Scott et Gertrude Laing. On a déjà une idée de ce qu’il a pu penser dans son journal de bord de l’époque, mais aussi dans les travaux des Léon Dion, Denis Monière, Gérard Pelletier, Alain-G. Gagnon, Ramsay Cook, Michael Behiels, Donald Horton, Nadine Pirotte et Jean Larose, pour n’en mentionner que quelques-uns. Il y a quelques années, à l’Université Laval, l’historienne Valérie Lapointe-Gagnon maintenant professeure adjointe à la Faculté Saint-Jean de l’Université de l’Alberta à Edmonton, a soutenu une thèse de doctorat faisant une large place à cette pensée du Laurendeau de 1967. La thèse était intitulée : « Penser et ‘Panser’ les plaies du Canada : le moment Laurendeau-Dunton 1963-1971″. Il est bien que des esprits, parmi les meilleurs de notre relève intellectuelle, donnent un sens pour notre époque à ces événements déterminants et à la trajectoire exceptionnelle de Laurendeau. Alors que le congrès de l’ACFAS est sur le point d’être inauguré à McGill, il faut souhaiter que l’esprit de Laurendeau sera également présent au congrès qui se tiendra à l’Université du Québec à Chicoutimi en mai 2018, l’année du 50e anniversaire du décès de celui-ci.

Dans les pages bleues du premier volume du rapport de la Commission d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, André Laurendeau développe une philosophie politique libérale, extrêmement sensible aux droits de la personne, mais extrêmement consciente aussi des circonstances particulières dans lesquelles se retrouvent les personnes appartenant à des minorités linguistiques, culturelles et nationales. Il y jette les bases d’une véritable école canadienne et québécoise de philosophie politique, sur ces questions, à laquelle appartiennent notamment les Will Kymlicka, James Tully, Alain-G. Gagnon, Michel Seymour, Dimitrios Karmis, Geneviève Nootens, François Rocher, Alain Noël, Dominique Leydet et Jocelyn Maclure, sans oublier la figure pionnière de Charles Taylor. Dans les groupes de recherche dans lesquels je travaille, le Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité et la démocratie (CRIDAQ) et le Groupe de recherche sur les sociétés plurinationales (GRSP), je crois que l’on peut dire sans risque de se tromper que l’esprit du Laurendeau de 1967 est très présent.  Toutefois, à ce propos, pas mal d’efforts restent à faire, dans la vie politique et dans le constitutionnalisme au Canada, de même que dans la vie universitaire et la société civile à la grandeur du pays.

La grandeur de Laurendeau mérite pas mal de persévérance dans un tel engagement.

On pourra approfondir l’époustouflante année 1967, cette semaine, les 9-10 mai 2017, dans le cadre d’un colloque consacré au juriste Jean-Charles Bonenfant de l’Université Laval et à ses travaux sur l’esprit de la Confédération, organisé par Patrick Taillon, Amélie Binette, Éric Montigny et moi-même, dans le cadre du congrès de l’ACFAS à l’Université McGill (http://www.acfas.ca/evenements/congres/programme/85/400/421/c).

 

Conférences du printemps 2017 : le passé, le présent et le futur du Canada considérés dans une perspective québécoise

La version en langue anglaise suit celle en langue française/ English language version follows the version in the French language

Il y a quelque 5-6 ans, avec les collègues et amis Alain-G. Gagnon et Eugénie Brouillet, compagnons au sein du Groupe de Recherche sur les Sociétés Plurinationales (GRSP), nous avons imaginé un programme de recherches visant à imprimer une certaine direction intellectuelle aux efforts qui surgiraient immanquablement dans l’espace public québécois et canadien à l’occasion du 150e anniversaire en 2017 de la fondation fédérale du Canada. D’autres collègues de notre groupe, et notamment André Lecours et Johanne Poirier, se sont joints à nous, et nous avons reconfiguré programme de recherches, lequel a donné jusqu’à présent pas mal de fruits :

1-Une anthologie critique sur les constitutions canadiennes antérieures à 1867, publiée aussi bien en français aux Presses de l’Université Laval qu’en anglais chez McGill-Queens :

http://www.pulaval.com/produit/ces-constitutions-qui-nous-ont-faconnes-anthologie-historique-des-lois-constitutionnelles-anterieures-a-1867 et http://www.mqup.ca/constitutions-that-shaped-us–the-products-9780773546073.php#!prettyPhoto

2-Un colloque et un ouvrage revenant sur l’essentielle conférence constitutionnelle d’octobre 1864 à Québec, ouvrage déjà paru aux PUL et en préparation chez McGill-Queen’s :

http://www.pulaval.com/produit/la-conference-de-quebec-de-1864-150-ans-plus-tard-comprendre-l-emergence-de-la-federation-canadienne

3-Un colloque international, préparé d’abord et avant tout par André Lecours, sur la politique constitutionnelle dans les Etats multinationaux :

https://www.mcgill.ca/federalism/files/federalism/2016-october-constitutional_politics.pdf

4-Un autre colloque international, dans lequel Johanne Poirier a joué un rôle-clé avec Alain-G. Gagnon, sur le fédéralisme canadien et son avenir : acteurs et institutions :

http://www.federalism150conference.ca/

Dans les prochaines semaines, je souhaite approfondir la réflexion sur ces thématiques dans le cadre d’une tournée de conférences à Londres, Paris et Barcelone, avant de revenir à Montréal pour participer au Congrès de l’ACFAS, lequel se tiendra à l’Université McGill du 8 au 12 mai 2017. Voici un aperçu de ce programme de conférences et de colloques.

Le 22 avril 2017, dans le cadre du congrès de l’Association britannique des études canadiennes (British Association for Canadian Studies), lequel se tiendra à Canada House du 20 au 22 avril, je prononcerai une conférence récapitulant quelques moments déterminants dans la trajectoire de l’État canadien : les années 1867, 1967, 1982 et 2017. Il y a quelque 20 ans, je me trouvais à Londres pour un colloque semblable, à Stoke-on-Trent, avec mon collègue et ami Daniel Drache de l’Université York, au moment même de la signature de l’Accord du Vendredi-Saint, un véritable traité de paix entre le Royaume-Uni et l’Irlande, entre unionistes et républicains nationalistes de l’Irlande du Nord, symbole d’espoir sur fond d’une tragédie vieille de plusieurs décennies, voire de plusieurs siècles. Au printemps 2017, dans la foulée du référendum sur le Brexit et de l’amorce par le Royaume-Uni des négociations sur une éventuelle sortie de l’Union européenne, nous serons sans doute nombreuses et nombreux à tracer des parallèles entre notre histoire et celle du Royaume-Uni. Lors du colloque savamment organisé par les collègues et amis Alan Hallsworth et Jatinder Mann, je ferai quelques incursions sur ce territoire comparatif. Et je brosserai un tableau interprétatif en creusant chacune des dates, chacune des époques choisies, à partir de la trajectoire personnelle d’un personnage central sur fond de son réseau et de son horizon d’activités : Alexander Galt (1867), André Laurendeau (1967), Pierre-Elliott Trudeau (1982) et Justin Trudeau (2017). Pour consulter le programme de l’ensemble du colloque, voir le lien suivant: https://britishassociationforcanadianstudies.files.wordpress.com/2017/04/bacs-2017-annual-conference-programme-final6.pdf

Le 25 avril, je prononcerai une conférence à Paris, à l’invitation de mon collègue et ami Alain-G. Gagnon, dans le cadre des activités de la Chaire d’études du Québec contemporain (CEQC) de l’Université Paris-III Sorbonne Nouvelle. A Paris aussi il y aura une certaine dimension nostalgique. En effet, il y a quelque 25 ans, j’y faisais, aux mardis de la Revue Esprit et à Sciences Po Paris, des conférences sur Pierre-Elliott Trudeau et le nationalisme. Aurais-je cru possible, à cette époque, que je reviendrais à Paris en 2017 pour parler du 150e anniversaire de la fondation fédérale du Canada, alors que le fils aîné de Pierre-Elliott Trudeau, Justin, serait Premier Ministre du Canada? Je ne le pense pas. Quoi qu’il en soit, le propos de ma conférence du 25 avril est le suivant :

« Le Canada célèbre en 2017 le 150e anniversaire de sa fondation fédérale. Après des réflexions plus générales sur les théories du fédéralisme en général et au Canada en particulier, je vais d’abord essayer dans cette conférence de situer la fondation fédérale de 1867 parmi la pluralité des fondations envisageables pour ce pays complexe qu’est le Canada. Par la suite, je vais réfléchir à la place du fédéralisme dans l’architecture constitutionnelle et dans les politiques publiques au Canada, en prêtant une attention particulière aux conceptions véhiculées par le Premier Ministre du Canada, Justin Trudeau, élu en octobre 2015, et par son homologue québécois Philippe Couillard, élu en avril 2014. » Pour les coordonnées de la conférence, voir le lien suivant: http://www.univ-paris3.fr/conference-publique-de-guy-laforest-sur-reflexions-sur-la-fondation-du-canada-et-sur-l-etat-du-federalisme-en-2017–426556.kjsp

Le 27 avril je ferai une conférence, organisée par ma collègue et amie Maria Jesus Garcia Morales, à la Faculté de Droit de l’Université autonome de Barcelone, sur le campus de Bellaterra en banlieue de Barcelone. Le titre de la conférence est le suivant : « L’experiencia dels referendums Canada-Québec, amb una mirada sobre el referendum de 1995 : entre la teoria i la practica ». Particulièrement depuis la décision du Tribunal constitutionnel espagnol en juillet 2010, taillant en pièces le nouveau statut d’autonomie de la Catalogne, les Catalans et leurs gouvernements successifs essaient, sans succès, d’organiser « à la québécoise », ou encore « à l’écossaise », une consultation référendaire pour prendre la mesure de leur destin par rapport à l’Espagne et à l’Europe.

Je vais en Catalogne depuis 25 ans, je me considère extrêmement chanceux d’avoir ainsi pu découvrir une société qui est un véritable « Autre significatif » pour le Québec, et je m’y suis fait de nombreux amis. J’aborderai les thèmes suivants lors de la conférence du 27 avril : la comparaison dans la longue durée entre les rébellions de l’ère impériale (1837-1838) et celles de l’ère démocratique (les référendums de 1980 et de 1995); la chronologie de l’année 1994-1995, à partir de l’élection du gouvernement de Jacques Parizeau en septembre; l’examen des raisons fortes du projet indépendantiste québécois; les causes de la défaite de l’option souverainiste en octobre 1995; les tendances de l’appui à la souveraineté de 1995 à 2017 (sur la base des travaux de Simon Langlois); l’étude des conséquences du résultat référendaire de 1995 pour la politique canadienne et québécoise; la place des référendums québécois dans la réflexion de la science politique sur la théorie et la pratique de la démocratie (sur la base des travaux des Stephen Tierney, Eric Montigny et Patrick Taillon); finalement, un regard comparatif sur les expériences québécoise, écossaise et catalane. Et j’aurai aussi une pensée pour mon ex-étudiante, la politicienne catalane et espagnole Carme Chacon, figure de proue du Partit Socialiste dels Catalans (PSC), morte tragiquement à Madrid le 9 avril 2017 à l’âge de 46 ans.

De retour au Québec, au début mai, je participerai au congrès de l’ACFAS, lequel se déroulera cette année à l’Université McGill du 8 au 12 mai. J’y organise, avec Amélie Binette et Patrick Taillon, sous l’égide du Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité et la démocratie (CRIDAQ), un colloque sur Jean-Charles Bonenfant et l’esprit de la Confédération. Bonenfant (1912-1977) fut un des piliers du droit public à la Faculté de Droit de l’Université Laval, un grand humaniste, et un homme de la transition entre le Québec du régime duplessiste et celui de la Révolution tranquille. Avec Amélie Binette et Patrick Taillon, nous avons construit un ambitieux projet interprétatif autour de sa pensée et de son travail, incluant un séminaire-témoignages avec des gens qui ont travaillé avec lui, lequel s’est tenu à l’Assemblée nationale du Québec le 19 décembre 2016, le colloque de l’ACFAS, une exposition qui se tiendra en collaboration avec l’équipe de Stéphanie Bois-Houde à la bibliothèque des sciences humaines de l’Université Laval à l’automne 2017, et finalement une anthologie critique des principaux travaux de Bonenfant. Voici le texte annonçant le colloque sur le site internet de l’ACFAS :

« Le colloque Jean-Charles Bonenfant et l’« esprit » de la Confédération vise à rendre hommage, de manière dialogique et critique, à ce pionnier de l’étude des institutions politiques et à favoriser la diffusion de son œuvre. Ce titre, qui n’est pas sans rappeler l’« esprit des lois » de Montesquieu, réfère à l’article qu’il a publié en 1963 dans la Revue d’histoire de l’Amérique française, soit « L’esprit de 1867 », dans lequel il a réfléchi sur les ambitions et les objectifs des Pères de la Confédération. Cet article met l’accent sur ce qui a constitué, à bien des égards, le fil conducteur de l’œuvre de Jean-Charles Bonenfant : l’étude des idées, des acteurs et des institutions issues de la Constitution de 1867.

Le colloque cherche ainsi à revisiter l’œuvre de Bonenfant et à analyser ses liens avec les événements de 1867 afin d’assurer une compréhension plus approfondie du Canada d’hier et d’aujourd’hui. Il s’insère d’ailleurs dans un projet plus large, multiplateforme, qui, par le biais de trois modes de diffusion — une anthologie, une exposition et un colloque —, vise à faire découvrir le regard dualiste, nuancé et critique qu’a su construire Jean-Charles Bonenfant sur le pacte de 1867.

Sous une forme apparentée au séminaire et au « cercle de lecture », une quinzaine de conférenciers viendront, à partir des textes les plus marquants de l’œuvre de Bonenfant, expliquer leur perspective sur les institutions, les acteurs, le contexte sociopolitique ou les objectifs de la Confédération de 1867.

Le colloque réunira des spécialistes contemporains chargés d’examiner en profondeur le contenu de ses travaux scientifiques. Chacun de ces chercheurs invités sera « responsable » de présenter, puis de commenter un article significatif de Bonenfant et traitant d’une question dont le conférencier est lui-même spécialiste au sein de la communauté scientifique.

En provenance de plusieurs disciplines (droit, science politique, histoire, sociologie et philosophie), les conférenciers porteront un regard croisé sur les écrits de Bonenfant et offriront à cet événement un caractère interdisciplinaire qui rend possible une analyse systématique et inédite de l’œuvre de l’un des plus importants spécialistes des institutions du Québec.

Plus qu’un simple bilan, le colloque Jean-Charles Bonenfant et l’« esprit » de la Confédération permettra de dégager de nouvelles perspectives en revisitant ces travaux à la lumière des évolutions subséquentes du fédéralisme canadien et en identifiant des pistes ou des hypothèses de recherche qui, bien qu’abordées dans cette œuvre, restent encore à approfondir près de 40 ans après son décès. »

Outre Amélie Binette, Patrick Taillon et moi-même, les collègues suivants seront conférencières ou conférenciers au colloque de l’ACFAS, les 9-10 mai au pavillon Burnside Hall (1B39) : Johanne Poirier, Jean Leclair, Valérie Lapointe-Gagnon, Daniel Weinstock, Noura Karazivan, Eugénie Brouillet, Marc Chevrier, Martin Pâquet,Éric Bédard, Jacques Beauchemin, François-Olivier Dorais, Sylvio Normand.

Jean-Charles Bonenfant a écrit certains de ses textes les plus fondamentaux sur le Canada autour de 1967, alors que le pays s’apprêtait à célébrer le centenaire de sa fondation fédérale. Bonenfant éprouvait beaucoup de respect pour les principaux acteurs politiques des grandes conférences du XIXe siècle, à Charlottetown, Québec et Londres. Toutefois, il ne les idéalisait pas démesurément. On trouve, dans la pensée de Bonenfant, un sain équilibre entre idéalisme et réalisme. Je m’inspirerai de lui lors de chacune des conférences que je prononcerai en Europe ce printemps. Au fond, nous pourrions faire de Bonenfant un membre honoraire de nos équipes de recherche…

Conferences of April and May 2017: the past, present and future of the Canadian state seen from a perspective anchored in Québec

About five or six years ago, with my colleagues and friends Alain-G. Gagnon and Eugénie Brouillet, fellow-travelers within the Research Group on Plurinational Societies (Groupe de Recherche sur les Sociétés Plurinationales, GRSP), we imagined a research programme aimed at providing a kind of intellectual direction to the reflections, which we thought would inevitably arise over time, about the 150th anniversary in 2017 of the federal founding of Canada. Other colleagues, such as André Lecours and Johanne Poirier, joined our original initiative, and we went forward with our recalibrated idea. Our efforts have so far yielded the following fruits:

1-A critical anthology of Canadian constitutions prior to 1867, which has been published in French by Presses de l’Université Laval and in English by McGill-Queen’s University Press:

http://www.pulaval.com/produit/ces-constitutions-qui-nous-ont-faconnes-anthologie-historique-des-lois-constitutionnelles-anterieures-a-1867 et http://www.mqup.ca/constitutions-that-shaped-us–the-products-9780773546073.php#!prettyPhoto

2-A colloquium on the essential October 1864 Conference of Quebec between the representatives of British North American colonies, which happens to be the political and legal anchor of the Constitution Act, 1867; the revised colloquium papers were transformed into a book which has been published in French by Presses de l’Université Laval, to be soon translated and published in the English language by McGill-Queen’s University Press:

http://www.pulaval.com/produit/la-conference-de-quebec-de-1864-150-ans-plus-tard-comprendre-l-emergence-de-la-federation-canadienne

3- An international conference, essentially under the stewardship of André Lecours, on constitutional politics in multinational states, which took place in Gatineau-Ottawa at the end of October, 2016. Papers are being revised for publication under the supervision of André Lecours, Nikola Brassard-Dion and myself:

https://www.mcgill.ca/federalism/files/federalism/2016-october-constitutional_politics.pdf

4- An additional international conference took place at McGill University, on the train to Québec City and at Musée de la Civilisation in the capital of Québec, March 23-24, 2017. The conference was organized by Johanne Poirier and Alain-G. Gagnon, with the help of Eugénie Brouillet and myself. The theme of the conference was as follows: “Canadian federalism and its future: actors and institutions”:

http://www.federalism150conference.ca/

In April and May 2017, I gave a series of talks on these issues as I travelled in Europe on behalf of the Groupe de Recherche sur les Sociétés Plurinationales (GRSP), where I lectured in a variety of contexts in London, Paris and Barcelona. Upon returning in Montréal I attended the ACFAS Congress (http://www.acfas.ca/) at McGill University and, later on, the Congress of the Federation for the Humanities and Social Sciences of Canada (http://www.idees-ideas.ca/) at Ryerson University in Toronto.

On April 22nd, 2017, I attended the conference of the British Association of Canadian Studies at Canada House in London, England. I gave a talk on some key moments in the unfolding of the Canadian state: 1867, 1967, 1982 and 2017. About twenty years ago I was in the U.K. for a similar conference held at Stoke-on-Trent, with my colleague and friend Daniel Drache, from York University, at the time of the signing of the Good Friday Agreement, a treaty of peace between the United Kingdom and Ireland, between Unionists and nationalist Republicans of Northern Ireland, and a real symbol of hope in the context of a tragic struggle reaching back many decades, indeed many centuries. In the spring of 2017, in the aftermath of the Brexit referendum and as the British Prime Minister, Theresa May, has recently initiated the process leading to the British departure from the European Union, many of us thought about those great historical events while looking for parallels with our own Canadian history. In my own talk, I made references to these comparative trajectories before proposing an interpretive panorama insisting, for each relevant year, on a key historical figure and his network of significant others: Alexander Galt (1867), André Laurendeau (1967), Pierre Elliott Trudeau and Justin Trudeau (2017). The full programme of the conference in London is available here: https://britishassociationforcanadianstudies.files.wordpress.com/2017/04/bacs-2017-annual-conference-programme-final6.pdf

After London, I travelled to Paris, where I lectured at the invitation of my colleague and friend Alain-G. Gagnon, the founder and leader of GRSP. In Paris, in 2016-2017, Alain-G. Gagnon held the Visiting Chair for the Study of Contemporary Québec (Chaire d’études du Québec contemporain), at Paris-III Sorbonne Nouvelle. In Paris as well, a nostalgical dimension was in the air. Indeed, twenty-five years ago, I gave a talk on Pierre Elliott Trudeau and nationalism at the weekly gathering of a famous journal, “Esprit”, and at Sciences Po Paris. Would I have thought possible, at that time, that I would come back to Paris one day while Mr. Trudeau’s son, Justin, would be Prime Minister of Canada? I do not think so.

The topic of my lecture in Paris had to do with the interpretation of the plurality of Canada’s foundings, in the context of the 150th anniversary of the federal establishment of the country in 1867, and with an evaluation of the state of federalism in 2017. With regards to the second dimension of the talk, I mostly insisted on the conceptions of the current Prime Minister, Justin Trudeau, and those of his counterpart in Québec City, Premier Philippe Couillard. The ad for the conference can be consulted here: http://www.international.gouv.qc.ca/fr/accueil/activites/18328?pReturnUrl=%2Ffr%2Faccueil%2Factivites%3Fsec%3D-1%26iNoMois%3D-1%26iAnnee%3D-1%26iCurrentPageIndex%3D3

After Paris, I travelled to Barcelona, at the invitation of my colleague and friend Maria Jesus Garcia Morales, from the Law Faculty of the Autonomous University of Barcelona (Universitat Autonoma de Barcelona). The conference explored the experience of referendums in Canada and Québec, placing the emphasis on the 1995 sovereignty referendum. Such referendums have had theoretical implications for law and political science, as well as practical consequences. I tried to delve on both of these in the context of the internal Catalan debate on the eventual organization of a sovereignty referendum.

I consider myself very fortunate to have had numerous possibilities to travel to Catalunya in the past twenty-five years, becoming more and more aware that this society is an authentic “Significant Other” for Québec. Many people have offered me their friendship over the years, including the Socialist politician Carme Chacon, who died tragically a few weeks ago. Maria Jesus Garcia Morales and myself paid homage to her during the conference held at the Bellaterra campus. Following the outline of the lecture, the following dimensions were discussed: comparing the rebellions of the imperial era (1837-1838) with the rebellions of the democratic age (1980-1995); the chronology of the year 1994-1995 in Québec; an analysis of the deep motivations of the sovereignty movement in Québec; the causes of the sovereigntist defeat in 1995; public opinion trends with regards to sovereignty between 1995 and 2017 (on the basis of the works of sociologist Simon Langlois); the consequences of the 1995 referendum for politics in Canada and Québec; the unique place of Québec’s referendums in comparative political science and comparative constitutional law (on the basis of the works of Stephen Tierney, Eric Montigny and Patrick Taillon); and finally, a comparative exploration of the situations of Québec, Catalunya and Scotland.

Upon returning to Canada and Québec in early May 2017, I attended the ACFAS congress (Association francophone pour le savoir), held at McGill University, May 8-12. With my colleagues and friends Patrick Taillon, Amélie Binette and Eric Montigny, I organized a colloquium on Jean-Charles Bonenfant and the spirit of Confederation. The colloquium was organized by the Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité et la démocratie (CRIDAQ), and by the research chair on democracy and parliamentary institutions (Chaire sur la démocratie et les institutions parlementaires) at Université Laval. Bonenfant (1912-1977) was a pioneer for the study of public law at Université Laval, and a great humanist. The human and social sciences university library at Laval bears his name. Patrick Taillon, Amélie Binette and myself have developed a multi-platform programme to interpret his work: an exhibition is being prepared in partnership with the library, and we are also preparing a critical anthology. In December 2016, at the Assemblée Nationale in Québec City, we brought together many people who had either worked with him or been his students in previous decades. The ACFAS colloquium completes our programme.

In 1963, in the journal Revue d’histoire de l’Amérique française, Bonenfant had published an article entitled « L’Esprit de 1867 », in the tradition of Montesquieu’s famous book, « The Spirit of the Laws ». In his own article, Bonenfant had tried to analyse the objectives and ambitions of the founders of the Canadian federation between the years 1864-1867. Using this key text as a symbol for our whole project, we invited scholars to start from the thought of Bonenfant to explore, critically and dialogically, the past, present and future contours of the Canadian federal state.

Anchored in a plurality of disciplines (law, political science, history, sociology and philosophy), the participants approached Bonenfant’s writings in an interdisciplinary fashion, lending systematicity and originality to the interpretation of the work of one of the most important specialists of Québec’s institutions.

Beyond the idea of an assessment, the colloquium on Bonenfant and the spirit of Confederation attempted to lead to the identification of new perspectives, revisiting Bonenfant’s studies in the light of further work in the interpretation of Canadian federalism, thus specifying the contours of avenues of reflection and hypotheses that he may have broached upon without analyzing them with sufficient depth. Many participants praised the uniqueness of the approach, as each analyst started her or his presentation on the basis of her or his reading of one among a carefully selected list of documents produced by Bonenfant over the years. This approach gave to the colloquium the form of a seminar or that of a reading group, explaining along the way Bonenfant’s interpretations of the institutions, actors, socio-political context and objectives surrounding the project of Confederation around 1867.

In addition to Amélie Binette, Patrick Taillon and myself, the following colleagues presented papers or gave their views at the colloquium on Bonenfant held during the ACFAS congress held at McGill, May 9-10, 2017: Johanne Poirier, Jean Leclair, Valérie Lapointe-Gagnon, Daniel Weinstock, Magali Paquin, Noura Karazivan, Marc Chevrier, Martin Pâquet, Éric Bédard, Jacques Beauchemin, François-Olivier Dorais, Sylvio Normand, Eric Montigny and Julien Fournier.

Jean-Charles Bonenfant has written some of his most important interpretive essays on Canada around 1967, as the country was in the midst of celebrating the centennial of its federal founding. Undeniably, he had a lot of respect for the political actors of the great conferences of the 19th century, held at Charlottetown, Québec City and London. However, he refrained from idealizing them too much. Thus one can find, in his writings, a healthy balance between idealism and realism. I had such a balance in mind upon all occasions at which I spoke in the spring of 2017. With this in mind, maybe we should make Bonenfant a honorary member of our research teams….

Beside the colloquium on Bonenfant and the spirit of Confederation, during the ACFAS congress one of the graduate students I supervise at the M.A. level, Katryne Villeneuve-Siconnelly, gave a talk, based on a paper we have co-authored, entitled “Le devenir-petite-nation de la France”. The paper and the talk present the findings of a research project I conducted in Paris in 2013-2014, interviewing roughly a dozen of elected representatives in the French National Assembly, with a group of twenty-six additional representatives responding to a questionnaire about the current state of French national identity. The talk was given in the aftermath of the 2017 French presidential campaign, which led to the victory of Emmanuel Macron and which was marked by complex, and at times, dramatic, discussions about the current state of France and of its national identity. As Uriel Abulof has shown in his seminal works, at times big countries can be traversed by the anxieties normally associated with those of small nations, and our research at the French National Assembly demonstrated this.

Paradoxically, as the French malaise about national identity persists, Canadian politics seems to be marked by a surge of national hopes and ambitions under the leadership of Justin Trudeau. This new face of Canadian idealism and nationalism is explored in a paper to be presented by Janique Dubois, of the University of Ottawa, and myself, during the conference of the Canadian Political Science Association, which will take place in late May 2017 at Ryerson University in Toronto, as part of the Congress of the Canadian Federation for the Humanities and Social Sciences. The paper will explore the emergence of a new approach towards federalism that we believe Justin Trudeau has developed in many of his speeches and discourses since the electoral triumph of the Liberal Party of Canada, led by him, on October 19, 2015. Janique Dubois and myself hope to publish the results of our reflections in a variety of forums in the foreseeable future.

About a month before the real 150th anniversary of the federal founding of Canada in 1867, the search for balance between past, present and future, in the unfolding of the Canadian state, remains an important challenge, in the troubling and turbulent world of the twenty-first century.

 

 

 

D’un geste d’inhumanité à un renforcement de notre commune humanité

Une version en langue anglaise suit le texte en français/ A version in English follows the text in French

Il y a environ un an, je commençais à écrire des billets sur ce blogue. Dans la foulée des événements tragiques du 29 janvier 2017 au Centre culturel islamique de Québec, lesquels ont coûté la vie à au moins six personnes tout en en déchirant plusieurs autres, j’actualise ici le premier billet, qui était intitulé « L’éducation, la liberté et le sens de la vie ».

Pourquoi chercher un sens à la vie, alors qu’il pourrait ne pas y en avoir ? Notre présence sur la terre est d’une navrante brièveté. Elle laisse l’infinité du temps tout à fait imperturbable. Devant l’immensité de l’univers, l’espace de notre ville, fût-elle magnifique, celui de notre province, fût-elle distincte, et celui de notre pays, fût-il le meilleur, paraissent insignifiants. Face à ce vide de sens, la vie peut sembler absurde.

Comme le rappelait en 2003 Jean Grondin, dans un bel essai sur le sens de la vie, l’être humain se singularise du fait qu’il ne se contente pas de cette double absurdité dans le temps et dans l’espace. Dans le langage, dans la culture, en société, l’être humain dépasse ce vide en ne restant pas seul, en dialoguant avec d’autres personnes, en les aidant à trouver un sens à leur vie, à identifier leur voie propre, à accomplir leur liberté. La quête du sens de la vie appartient à l’agir humain libre. Elle est un beau et vaste chemin, marqué souvent par de douloureux apprentissages.

Chaque matin, au Québec comme partout au Canada et ailleurs dans le monde, des milliers de personnes se lèvent tôt pour faire leur part dans la grande aventure de l’éducation. Ils partent vers la maternelle, l’école, le collège ou l’université, pour aller former, transmettre, responsabiliser, émanciper. J’appartiens à cette famille de pédagogues, d’éducatrices et d’éducateurs qui essaient de triompher de l’absurdité en aidant des jeunes à trouver des phares sur les mers parfois tourmentées de la vie, à épanouir leur liberté en la balisant, à découvrir pour eux-mêmes des projets de vie nobles et porteurs.

L’éducation à la liberté et au sens de la vie est l’affaire de tous les artisans de la transmission. Toutefois, je crois profondément que ce qui caractérise l’ensemble de nos disciplines dans les humanités et les sciences sociales, c’est d’être au cœur des interrogations fondamentales sur le sens de la vie et sur l’importance de l’éducation et la compréhension de ses tâches, aussi lourdes que complexes dans nos sociétés. Pour plusieurs d’entre nous, ces tâches sont devenues encore plus difficiles depuis le 29 janvier.

À l’Université Laval, comme pédagogues et comme êtres humains, nous sommes bouleversés par le drame qui s’est produit dimanche et par ses suites. L’une des victimes, Khaled Belkacemi, était un collègue brillant et estimé. Le présumé auteur était l’un de nos étudiants. Comment réagir à un tel geste d’inhumanité ? Comment, péniblement, remettre un peu plus de sens dans nos vies ? La vigile de la soirée du 30 janvier a commencé à donner de belles réponses à ces questions. Répondre à tout cela par des paroles et des gestes d’amitié, de solidarité et d’affection envers toutes celles et ceux qui sont nos sœurs et nos frères en humanité, et en donner un peu plus, beaucoup plus, à nos sœurs et nos frères de la communauté musulmane. Et après les premiers jours, persévérer sur ce chemin.

From a gesture of inhumanity to a reinforcement of our common humanity

Following the tragic events that took place at the Islamic Cultural Centre in Québec City on January 29, 2017, which claimed the lives of at least six people while damaging the ones of many others, I republish here with some modifications the first entry published last year on my blog, entitled « Education, freedom and the meaning of life ».

Why bother debating the meaning of life, for it appears there is none? Our presence on earth is regretfully quite brief. It fails to disturb the mighty infinity of time. Considering the immensity of the universe the space of our city, however magnificent, the one of our province, although distinct, and the space of our country, arguably the best one, pale into insignificance.

As Jean Grondin noted in 2003, in his thoughtful essay on the meaning of life, what distinguishes human beings is the fact that they do not content themselves with this double absurdity in time and space. In the realms of language, culture and society, human beings bypass this void by refusing to remain alone, through dialogue with other people, helping them find meaning to their own lives, identifying their own paths, accomplishing their respective freedoms. The quest for the meaning of life belongs to free human agency. It is a beautiful and vast avenue, although marked at times by painful experiences.

Every single morning in Québec, as elsewhere in Canada and around the world, thousands of people wake up early to do their share in the great adventure of education. They leave for various daycare centres, schools, colleges, universities, where they will strive to form, transmit, foster responsibility and emancipate the minds of a new generation.  I belong to the family of teachers who attempt to triumph from absurdity by helping young people find beacons on the often tumultuous seas of life, emancipate their freedom while disciplining it, discover noble life projects.

Educating towards freedom and the meaning of life is the business of all artisans of transmission. In this endeavor, one encounters difficulties at all levels. I strongly believe that what characterizes our disciplines in the humanities and social sciences is the fact that they are at the centre of key interrogations on the meaning of life, on the horizons and limits of freedom, at the centre also of fundamental reflections on the nature and burdens of education in our societies. For many of us, these tasks have become even more difficult following last Sunday’s events.

At Université Laval, as human beings and as teachers, we are devastated by last Sunday’s drama and by its consequences for so many lives. One of the victims, Khaled Belkacemi, was a brilliant and esteemed colleague. The purported author was one of our students. How should we react to such a gesture of inhumanity ? How can we, step by step, put meaning back into our lives ? The vigile which took place on January 30 has started to give beautiful answers to these questions. We should respond by gestures of friendship, of solidarity and of affection towards all our sisters and brothers in humanity, and to give a little more of this, in fact much more of this, to our sisters and brothers from the Muslim community. And after the first few days, we should persevere on this path.

Qu’est-ce que le Canada? Réponse à Luis Moreno

Une version en langue anglaise suit le texte en français / A version in English follows the text in French

Qu’est-ce que le Canada? Réponse à Luis Moreno

 I-Introduction

 L’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis stimule la réflexion de beaucoup de journalistes et d’intellectuels dans le monde à propos des différences entre les États-Unis et le Canada, de même qu’entre Donald Trump et le Premier Ministre du Canada, Justin Trudeau. Alors que Trump est militariste, conservateur et sexiste, alors qu’il tient un discours hostile à l’immigration et aux approches scientifiques en matière de changements climatiques, Justin Trudeau est un pacifiste et féministe auto-proclamé, un enthousiaste promoteur du multiculturalisme, un libéral de gauche et son pays est un leader internationalement reconnu sur les thématiques environnementales. Récemment, un des plus importants quotidiens britanniques, The Guardian, se demandait si le Canada n’était pas en voie de devenir le premier État postnational, sans véritable ancrage identitaire (https://www.theguardian.com/world/2017/jan/04/the-canada-experiment-is-this-the-worlds-first-postnational-country). Le quotidien britannique pouvait s’appuyer sur un discours d’ailleurs prononcé à Londres par Justin Trudeau en novembre 2015, vantant la diversité profonde du pays comme force fondamentale du Canada, à peine un mois après son élection le soir du 15 octobre 2015 (http://pm.gc.ca/eng/news/2015/11/26/diversity-canadas-strength. Notons par ailleurs que ces réflexions se déploient en 2017, l’année où le Canada consacre beaucoup de ressources à célébrer le 150e anniversaire de sa fondation fédérale en 1867 (http://canada.pch.gc.ca/fra/1468262573081).

Il n’est pas surprenant, dans ce contexte, de voir l’un des plus réputés politologues de l’Espagne et du monde, Luis Moreno, approfondir les mêmes thèmes, dans un pays obnubilé par la question catalane comme le Canada l’a été pendant longtemps à propos de la question québécoise. Dans un article reproduit sur academia.edu (https://www.academia.edu/30928080/Canad%C3%A1_sin_identidad_se_vive_mejor), Moreno ne se trompe pas en voyant dans la nomination récente de Ahmed Hussen, né en 1975 et réfugié au Canada dans des circonstances difficiles en provenance de Somalie, comme Ministre de l’Immigration du Canada, un bel exemple du leadership canadien en matière de diversité. Depuis plus de vingt-cinq ans, des chercheurs comme Will Kymlicka et Keith Banting, en philosophie et en science politique, ont offert un leadership semblable dans le monde des humanités et des sciences sociales (voir notamment le « Multiculturalism Index » – http://www.queensu.ca/mcp/home-. Dans son article, Luis Moreno ne tombe pas dans les banalités à propos de la nature post-nationale du Canada contemporain. Néanmoins, le titre donné à son article laisse entendre, dans un contexte particulier, que le Canada serait un pays dénué de racines identitaires, chose qui, même au vingt-et-unième siècle, me paraît encore fausse. J’ai donc senti le besoin de reprendre ici, en les adaptant, des réflexions qui, sur diverses plateformes, sont au cœur de mon activité comme professeur au département de science politique de l’Université Laval depuis 1988.

 

II-Colosse de la géographie, État, nation, pays bilingue et multiculturel

Alors commençons notre voyage sur la route de l’identité du Canada. Ce pays est d’abord un colosse de la géographie, opinait jadis le regretté politologue Gérard Bergeron, dans Le Canada français après deux siècles de patience, un essai rédigé pour l’opinion française en 1967, dans les temps tumultueux de la visite du général de Gaulle. Colosse, certes, ajouterai-je, mais aussi un géant aux pieds d’argile, obnubilé par sa fragilité et son insignifiance face aux États-Unis d’Amérique, la plus grande puissance militaire, économique et culturelle de l’histoire de l’humanité. L’élection de Donald Trump aura ravivé ce sentiment de vulnérabilité.

Le Canada est aussi un État indépendant, fier de proclamer sa normalité dans le système stato-national issu du traité de Westphalie de 1648. Toutes les élucubrations proférées sur la mondialisation et les technologies de communication n’ont pas réussi à remettre en cause le rôle de l’État comme acteur premier de la vie internationale. Depuis le référendum québécois d’octobre 1995, ayant vacillé dans son existence même, l’État canadien fait de l’hyper-activisme dans tous les réseaux multilatéraux. Le Canada ne s’est jamais autant assumé comme État indépendant qu’au cours des deux dernières décennies. J’ajouterais que, peut-être, au cours des mêmes décennies, aucun autre pays ne s’est autant intéressé au Canada que l’Espagne de Luis Moreno, obsédée par sa propre fragilité face aux diverses menaces catalanes. Il s’agissait de montrer que se profilait, derrière cet État canadien, un vrai pays, et parfois même le meilleur des pays. Que ne ferait-on pas pour une épithète, au Canada comme en Espagne?

Concédons l’État et le pays. Qu’en est-il de la nation? Nous voici parvenus à l’un de ces carrefours où le débat sur l’identité du Québec rejoint celui sur la nature du Canada. Il serait facile de s’emballer et de ne parler que de cela. Mais résistons, résistons, car selon moi, l’essentiel est ailleurs. La majorité des Canadiens pense que le Canada est une nation. La majorité des Québécois croit que le Québec est une nation. Tous les sondages récents s’entendent sur ces questions. À propos du nombre de nations sur le territoire canadien, le débat est vif: aux partisans du monisme et à ceux de la dualité s’ajoutent les gens qui rappellent que le Canada compte aussi 653 nations autochtones. Dans la foulée du rapport de la Commission vérité et réconciliation du Canada (http://www.trc.ca/websites/trcinstitution/index.php?p=891),le gouvernement de Justin Trudeau a d’ailleurs fait du dialogue de nation à nation et de la réconciliation avec les peuples autochtones l’une de ses priorités les plus essentielles pour les quatre prochaines années. Proposons une autre figure identitaire en guise de compromis: le Canada est un paradis, celui des cogitations sur la nation…

Les diplomates canadiens partent donc à l’étranger avec le portrait officiel de l’État, propageant l’identité bilingue et multiculturelle du pays. On doit à André Laurendeau, mort en juin 1968, le combat spirituel qui a mené à l’avènement du bilinguisme sous la gouverne de Pierre-Elliott Trudeau, le père de notre premier ministre actuel. L’histoire peut parfois être résumée à grands traits: pas de multiculturalisme sans le bilinguisme, et ni l’un ni l’autre sans le rôle historique du Québec en général et de Montréal en particulier. Gérard Bergeron, toujours lui, y revenait inlassablement dans l’ouvrage cité: le Québec est le centre de gravité géographique et historique du Canada. Telle est la beauté de l’affaire et le cœur du problème.

III-Régime parlementaire, monarchie, fédération, démocratie libérale

L’identité politique du Canada passe aussi par le système parlementaire de Westminster, lequel nous rattache au droit public britannique, à la Révolution glorieuse de 1688-1689 et à plusieurs traditions médiévales anglaises. Je dis souvent à mes étudiants que Locke, Burke, Durham, Acton et Mill sont leurs ancêtres. Qui dit parlementarisme britannique s’empresse d’y adjoindre la monarchie constitutionnelle. Depuis les premières heures du régime britannique en 1763, la vie politique au Canada se décline à l’ombre de la monarchie. Et cela ne changera pas de sitôt, car le principe monarchique appartient depuis 1982 aux catégories constitutionnelles dont l’amendement requiert l’unanimité. Sujets de Sa Majesté, nous le sommes et nous le resterons. À moins que…

Depuis 1867, le Canada est une fédération, un regroupement extensible de territoires britanniques en Amérique du Nord. C’est cet anniversaire qui est célébré comme la véritable fondation du pays par le gouvernement dirigé par Justin Trudeau en 2017 (pour un panorama plus global sur les diverses fondations du Canada, voir un texte sur mon blogue, https://guylaforest.com/2016/05/15/reflexions-sur-la-fondation-du-canada/).Nous avons tous appris cela à l’école: au cœur de la doctrine fédérale se trouve le principe de la souveraineté partagée, et l’article 92 de la Loi constitutionnelle de 1867 représente la charte des droits et compétences des provinces. Nos maîtres, au Québec, négligeaient souvent, à tort, l’article 91, qui précisait les pouvoirs de l’État central… Notons au passage que l’étude du fédéralisme est devenue l’un des parents pauvres de notre vie intellectuelle, paradoxe supplémentaire au pays des deux solitudes (au Canada anglophone, la génération des Ronald Watts, Richard Simeon et Peter Leslie n’a pas encore été remplacée; pour un aperçu de la recherche sur le fédéralisme au Québec, voir un livre sous la direction d’Alain-G. Gagnon, Le fédéralisme canadien contemporain (http://www.pum.umontreal.ca/catalogue/le-federalisme-canadien-contemporain), et voir aussi un de mes articles, « The Meaning of Canadian Federalim in Québec : Critical Reflections », Revista d’estudis autonomics i federals,numéro 11, octobre 2010, p.11-56).

Le Canada est aussi une démocratie libérale. À défaut d’y exercer sa souveraineté, quoi qu’en pensent les chantres du trudeauisme de première génération, le peuple y jouit de droits et de protections démocratiques qui ont notamment trait au droit de vote et à la régularité des élections représentatives. La nature libérale du régime, propre au pragmatisme britannique, a été consolidée et altérée depuis 1982 par l’entrée en vigueur de la Charte canadienne des droits et libertés (http://laws-lois.justice.gc.ca/fra/const/page-15.html). Ce document propose un équilibre original entre droits individuels et droits collectifs, permettant au Canada d’être une «société distincte» dans le monde des démocraties libérales. Toutefois, cet équilibre doit s’appliquer de manière symétrique à la grandeur du Canada, y compris au Québec. C’est le pendant rigide et doctrinaire de la noblesse de la Charte.

IV-Décolonisation, résidus impériaux

Jadis, ne l’oublions pas, le Canada fut aussi une colonie. En fait, toute l’histoire du Canada au XXe siècle se résume à un processus lent, graduel et systématique de décolonisation. Les principales étapes furent les suivantes: les conférences de 1897 et 1901 à Londres, où Wilfrid Laurier s’opposa à la reconfiguration centralisée de l’empire; le statut de Westminster en 1931, lequel octroya à l’État canadien la pleine souveraineté pour la politique étrangère et la défense du territoire; l’abolition en 1949 de la procédure d’appel au comité judiciaire du Conseil privé à Londres, faisant ainsi de notre Cour suprême un véritable tribunal de dernière instance; enfin, la réforme de 1982, qui ramena au Canada le plein contrôle sur la formule d’amendement de la Constitution. La boucle était bouclée. Les chapitres impériaux ou coloniaux de notre histoire, selon la perspective, étaient terminés. L’étaient-ils vraiment? Cette lancinante question m’accompagne depuis quelques années, et je voudrais clore cette réflexion sur la nature du Canada en en faisant voir les contours généraux.

Au temps des débats sur la fondation fédérale du Canada, en 1865, John A. Macdonald avait précisé la nature des rapports entre l’empire, le Dominion canadien et les provinces de la fédération. Plus libre que les colonies ne l’avaient été antérieurement, le Dominion n’en demeurait pas moins, sur certaines questions essentielles (l’initiative et la prépondérance dans la coordination politique, la politique extérieure et la défense, les tribunaux, les pouvoirs d’urgence et la suprématie juridique), assujetti à l’autorité de l’empire. Selon lui, les provinces se trouvaient sur les mêmes questions, face au Dominion, dans la même position que celui-ci face à l’empire. En 2017, l’ex-Dominion du Canada, devenu pays complètement indépendant, n’est plus assujetti au principe impérial dans ses relations avec Londres. J’estime toutefois qu’à maints égards, les provinces canadiennes restent dépendantes de ce principe dans leurs rapports avec Ottawa. C’est cette dimension essentielle de notre vie politique qui me semble avoir été négligée par les herméneutes de l’identité ces dernières années, au Canada même comme dans l’Espagne de Luis Moreno et ailleurs dans le monde. Étayons l’argument avec quelques exemples.

Quel principe régit l’organisation du pouvoir judiciaire au Canada? C’est Ottawa, à l’initiative du seul premier ministre fédéral, qui nomme les juges des cours supérieures et d’appel de toutes les provinces, sans oublier les magistrats de la Cour suprême. En la matière, les provinces sont totalement assujetties à l’autorité d’Ottawa. La logique opérationnelle du pouvoir judiciaire est impériale.

Comment fonctionne la coordination fédérale-provinciale au Canada? Le premier ministre de l’État central convoque, sur une base ad hoc, des conférences fédérales-provinciales qu’il est le seul à présider et dont il a la responsabilité de préparer l’ordre du jour. Au pouvoir de 2006 à 2015 Stephen Harper a décidé, de manière totalement arbitraire, de ne convoquer aucune rencontre semblable. Cela appartenait à ses prérogatives. Il est juste de reconnaître que Justin Trudeau a changé cela depuis 2015, en organisant au moins deux rencontres formelles avec ses homologues des provinces et des territoires. Toutefois, comme au temps de Stephen Harper, cela relève de l’ordre des réalités discrétionnaires. Au Canada, la coordination entre les différents gouvernements est encore organisée selon des règles empruntées à la Conférence impériale de la fin du XIXe siècle. Sa logique opérationnelle ne saurait être autre qu’impériale.

De tels résidus impériaux, et il y en a d’autres blottis dans notre droit, ont créé une culture politique, un esprit objectif dans les mœurs bureaucratiques au pays: le gouvernement «senior» se trouve à Ottawa; ses partenaires «junior», autant de succursales, sont les provinces et les territoires. André Laurendeau avait trouvé une fort jolie expression pour décrire les bureaucrates professant une telle idée: les «Outaouais supérieurs»…

V-Conclusion

On l’aura compris, l’identité politique du Canada est fort complexe. Je ne prétends d’ailleurs pas avoir épuisé le sujet. Je ne suis pas entré en dialogue avec la Cour suprême du Canada, laquelle avait donné sa propre réponse en ce qui a trait à l’identité politico-constitutionnelle du pays dans son Renvoi sur la sécession du Québec en 1998, en faisant ressortir une architecture fondée sur quatre principes : fédéralisme, démocratie, constitutionnalisme et primauté du droit, et respect des droits des minorités (http://scc-csc.lexum.com/scc-csc/scc-csc/fr/item/1643/index.do).

Toutefois, en ce début d’année 2017, alors que beaucoup de gens au Canada comme ailleurs dans le monde sont en train de réfléchir au sens de l’expérience politique canadienne (à titre d’exemple, la conférence de l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill sur l’exceptionnalisme canadien, les 9-10 février 2017 (https://www.mcgill.ca/misc/fr),pour mieux la comprendre en elle-même, mais aussi, comme je crois le décoder dans le cas de la propre trajectoire de pensée de mon collègue et ami Luis Moreno en Espagne, pour s’en servir comme exemple pour engager des réformes ou des changements dans leur propre pays, j’ai cru pertinent d’offrir ce tableau complémentaire fondé sur mon propre enracinement et des connaissances accumulées au fil des ans.

What is Canada? Reply to Luis Moreno

The accession to power of Donald Trump in the United States has stimulated a lot of thinking, from journalists and intellectuals around the world, about the differences between the United States and Canada, with a lot of emphasis on the dissimilarities between Trump and the Canadian Prime Minister, Justin Trudeau. Whereas Trump is widely considered as being sexist, militaristic and conservative, moreover hostile to immigration and to scientific approaches with regards to climate change, Trudeau is a self-proclaimed feminist, pacifist, an enthusiastic promoter of multiculturalism, as well as an internationally recognized leader on environmental topics. Recently, a major article appeared in the pages of one of the top newspapers in the United Kingdom, The Guardian, suggesting that Canada may be the first post-national state, without any essential anchoring on matters regarding identity (https://www.theguardian.com/world/2017/jan/04/the-canada-experiment-is-this-the-worlds-first-postnational-country). The British newspaper could certainly base itself on a speech that Justin Trudeau made in London in late November 2015, affirming that diversity is the real foundation of Canada’s strength (http://pm.gc.ca/eng/news/2015/11/26/diversity-canadas-strength). We should note that these discussions occur in 2017, a year in which Canada is dedicating a lot of resources to the celebration of the 150th anniversary of the federal founding of the country (http://canada.pch.gc.ca/eng/1468262573081).

In such a context, it is altogether not too surprising that one of the most widely acclaimed political scientists of Spain and of the world, Luis Moreno, has recently chosen to write about Canada and Justin Trudeau, in a country, Spain, that has been in the last few years as obsessed with the Catalan question as Canada has been, for quite some time, with the Québec question. Moreno is surely right when he writes that the recent elevation of Ahmed Hussen, a refugee born in Somalia in 1975 who arrived in Canada in very difficult circumstances, to the position of federal Minister of Immigration, as a great example of Canada’s leadership in matters of diversity (https://www.academia.edu/30928080/Canad%C3%A1_sin_identidad_se_vive_mejor). For more than twenty-five years scholars such as Keith Banting and Will Kymlicka, in the fields of political science and philosophy, have offered similar leadership with the approaches of the humanities and of the social sciences (see, for instance the “Multiculturalism Index” (http://www.queensu.ca/mcp/home). In his own article, Luis Moreno resists to the usual banalities about the post-national nature of contemporary Canada. Nevertheless, the title given to his article suggests that Canada is a country without roots with regards to identity, something which I consider still untrue as our twenty-first century marches forward. I have thus felt the need to reproduce here, with some efforts at adaptation to the current context, some reflections that have been central to my work on a variety of platforms ever since my arrival in the department of political science at Université Laval in 1988.

II-Colossus of geography, state, nation, bilingual and multicultural country

So let us embark on this journey searching for the identity of Canada. This country is first and foremost a giant of geography, as explained by the late Laval political scientist Gérard Bergeron in his book, Le Canada français après deux siècles de patience (French Canada after two centuries of patience), an essay written for French public opinion around 1967, in the tumultuous times of Charles de Gaulle’s famous trip to Québec and Canada. Indeed Canada is a colossus with around 10 million square kilometers, but it is also a giant with feet of clay, obsessed by its precariousness and its insignificance vis-à-vis the United States of America, the greatest military, economic and cultural power in the history of humankind. The presidency of Donald Trump seems to have revived this sense of vulnerability.

Canada is also an independent state, proud to proclaim its normalcy in the nation-state system that emerged following the Treaty of Westphalia in 1648. All the nonsense about the transformative power of globalization and of information technologies has not displaced the state as primary actor in the international system. Ever since the second Québec sovereignty referendum in 1995, which saw Canada vacillating about the very idea of its existence, the Canadian state has been hyper-active in all multilateral networks. Never has Canada done more to confirm the world of its presence as an independent state as in the past two decades. And over that time frame, no other country has paid more attention to Canada than Luis Moreno’s own Spanish kingdom, obsessed by its own fragility under the various threats coming from Catalonia/Catalunya. The Canadian and Spanish states have worked tremendously hard to obtain, and keep, the recognition of their peers in the world of democratic states.

Beyond the idea that Canada is a colossus of geography, we have so far argued that, beyond doubt, it is a state and a country. Is Canada a nation? We have reached one of those junctures where the question about the nature of Canada meets the question about the nature of Québec. All recent polls here clearly demonstrate that the majority of Canadians consider that Canada is a nation, and that the majority of Quebeckers consider that Québec is also a nation. Things would be made more complex if we investigated about reciprocity in this matter. And things are indeed, infinitely more complex, if we add that 653 aboriginal communities also claim to be nations in Canada. In the aftermath of the Report of the Truth and Reconciliation Commission of Canada, the government of Justin Trudeau has stated that the establishment of a nation-to-nation partnership with the aboriginal peoples of Canada one of its essential priorities for the next four years (http://www.trc.ca/websites/trcinstitution/index.php?p=890). On the matter of nationhood, we could agree on some kind of compromise: Canada is a real paradise for reflections about national identity…

Canadian diplomats thus travel abroad with an official portrait about the nature of the land as a bilingual and multicultural country. We owe to André Laurendeau, who died in early June 1968, the spiritual struggle that led to the establishment of official bilingualism under the first government of Pierre-Elliott Trudeau in 1969. The unfolding of this specific chapter in Canadian history can be synthesized as follows: no multiculturalism in 1971 without bilingualism in 1969, and neither one nor the other without the historical role of Québec in general , of Montréal in particular. Gérard Bergeron never tired of repeating the point in the aforementioned essay: Québec remains the historical and geographical centre of Canada. This is the heart of the matter and the knot of the problem.

III-Parliamentary regime, monarchy, federation, liberal democracy

The political identity of Canada is also unmistakenly connected with the Westminster parliamentary system, which links us to British public law, with the Glorious Revolution of 1688-1689 and with many English medieval traditions since the Magna Carta of 1215. I often repeat to my students that Locke, Burke, Durham, Acton, Dicey, Bagehot and Mill are their true ancestors. The idea of British parliamentarianism is obviously linked with the institution of constitutional monarchy. Ever since the very first hours of the British regime in 1763, Canadian political life is taking place under the shadow of the monarchy. And this is not about to change, for the monarchical principle belongs, since 1982, belongs to the category of matters whose amendment requires unanimous provincial consent. Unless….

Since 1867, Canada is also a federation, an ever-extending grouping of British territories in North America. It is precisely this anniversary that is being celebrated in 2017as the true founding of Canada by the current majority Liberal government led by Justin Trudeau (for a more general discussion about the diverse foundings of Canada, see an entry on my blog (https://guylaforest.com/?s=r%C3%A9flexions+sur+la+fondation+du+Canada). In Québec, we were all learning this at school: at the heart of the federal doctrine is the principle of shared sovereignty, and article 92 of the 1867 constitution represents the charter of the autonomy of provinces. Our teachers tended to neglect article 91, which detailed the vast list of powers of the central government… It is sad to note that the study of federalism has been over the last decade somewhat neglected in Canadian English-speaking universities, a supplementary paradox in the land of the two solitudes (the generation of the late Ronald Watts, Richard Simeon and Peter Leslie has still not been replaced; for a good example of federalism scholarship in Québec , see the book edited by Alain-G. Gagnon, Contemporary Canadian Federalism (http://www.utppublishing.com/Contemporary-Canadian-Federalism-Foundations-Traditions-Institutions.html), and see also one of my articles, “The Meaning of Canadian Federalism in Québec: Critical Reflections”, Revista d’estudis autonomics I federals, number 11, October 2010, p.11-56).

Liberal democracy  also belongs to the heart of Canadian political identity. Although the people fails to be sovereign in this country, whatever the disciples of the first Trudeau may proclaim, citizens have enjoyed liberal rights, and this even before the 1982 constitutional reform, along with juridical guarantees (the safeguards of the rule of law), and other democratic and voting rights. The liberal nature of the regime, connected by British pragmatism, was altered and consolidated by the enshrinement of the Canadian Charter of Rights and Freedoms in 1982 (http://laws-lois.justice.gc.ca/eng/const/page-15.html). This document proposes an original equilibrium between individual and collective rights, as has been argued over the years by political philosophers such as Charles Taylor, Will Kymlicka and James Tully. This special balance distinguishes Canada from the United States in the world of liberal democracies. However, it is a balance that must symmetrically apply to Québec as well as to all other provinces. Such is the rigid and doctrinary side of our otherwise noble Charter of Rights and Freedoms.

IV-Decolonization and imperial remnants

In bygone times, less we forget about this, Canada was also a colony. Actually, the whole history of Canada in the twentieth century can be regarded as a gradual, long and systematic process of quiet decolonization, whose key moments were the following ones: the Colonial Conferences of 1897 and 1901 in London, where Wilfrid Laurier steadfastly opposed the centralized reconfiguration of the Empire; the 1931 Statute of Westminter, which provided the Canadian state with full sovereignty over matters of defence and foreign affairs; the establishment of Canadian citizenship in 1947 and the abolition two years later of the procedure of appeal to the Judiciary Committee of the Privy Council in London, making our Supreme Court the real tribunal of last resort, and, finally, the reform of 1982 which gave Canada  full control of its constitutional amending formula. With this last change, this long chapter appeared to be over. Was it really? This troubling question has preoccupied me for a number of years. Thus, I shall complete this presentation about the nature of Canada with some supplementary comments about it.

In 1865, at the time of our key debates about the federal founding of Canada,  John A. Macdonald had specified what was, in his understanding, the nature of the relationships between the Empire, the Canadian Dominion and the newly established provinces of the federation. Freer than the colonies taken separately had been before, the Dominion remained nevertheless on some key matters (initiative and supremacy in policy coordination, foreign policy and defence, emergency powers and judicial interpretation) subordinate to the authority of the Empire. According to Macdonald provinces were, clearly in similar matters and in many other respects, in the same position of subordination vis-à-vis the Dominion and then vis-à-vis the Empire. In 2017, the former Dominion of Canada, having matured into a fully independent country, has severed all relations of subordination towards London. However, I believe that a similar observation cannot be made with regards to the relations between the provinces and the central government of the Canadian federation (which has taken, lately, the habit of calling itself THE government of Canada). It is this essential dimension of our political life that, according to me, has been neglected by the interpreters of identity in Canada, in Luis Moreno’s Spanish Kingdom and elsewhere in the world.

Which legal principle presides to the organization of the judiciary branch of government in Canada? Considering that Ottawa, at the initiative of the federal Minister of Justice and, ultimately, of the Prime Minister himself, Justin Trudeau, nominates ALL judges of the Superior courts and ALL judges of the appellate courts of all provinces, as well as ALL judges of the Supreme Court, it is logical to deduce that, in the matter, provinces are totally subordinated to the central government. The organizational logic at work is, indeed, imperial.

How does federal-provincial-territorial coordination work in Canada? The Prime Minister of the central state decides, in a purely ad hoc manner, whether or not federal-provincial-territorial should be formally organized. If his or her discretionary judgment leads him or her to do organize such a conference, the agenda is established centrally and unilaterally and, moreover, the federal Prime Minister is the sole president of such conferences. In power between 2006 and 2015, Stephen Harper decided not to organize any of these conferences. This decision also belonged to the realm of his arbitrary capacities. It is only fair to recognize that the new Prime Minister since early November 2015, Justin Trudeau, has organized at least two such conferences, maintaining however all the other administrative dimensions of the institution. In Canada, in the end, coordination between levels of government remains organized following the rules of the imperial conference of the nineteenth century.

These most obvious imperial remnants, along with the others that are hidden at the margins of our legal sphere, have created a political culture, an objective spirit to speak in Hegelian terms, that has penetrated at the heart of the bureaucratic operations of the central state, seeing Ottawa as the only “superior” government, with the provinces seen as its “junior” partners. André Laurendeau in his time had coined a nice expression to summarize such a state of mind; he called the central bureaucrats, “Superior Ottawans”…

V-Conclusion

Readers will have understood that the political identity of Canada is indeed quite complex. Moreover, in no way do I claim to have exhausted the topic. I have not even entered into a dialogue with the Supreme Court of Canada, which gave its own answer about the political and constitutional identity of the country in 1998, in its own Reference on the Secession of Québec (http://scc-csc.lexum.com/scc-csc/scc-csc/en/item/1643/index.do). In this key judgment, the court argued that four principles represented the foundations of such an identity: federalism, democracy, constitutionalism and the rule of law, and finally respect for the rights of minorities.

However, in the first few weeks of 2017, as many people in Canada and elsewhere are preparing to think hard about the meaning of the Canadian political experience (for instance at the February 2017 Conference of the McGill Institute for the Study of Canada in Montréal -https://www.mcgill.ca/misc/events/conference- and at the April 2017 conference of the British Association of Canadian Studies in London -https://britishassociationforcanadianstudies.org/conference/), certainly in order better to understand it for its own sake, but also, as I believe it is the case for my colleague and friend Luis Moreno in Spain, to use it as an example to foster changes in one’s own country, I thought it pertinent to offer the remarks I have presented here, on the basis of my own understanding of and experiences with, the history and politics of Canada.