Guy Laforest

Justin Trudeau et le fédéralisme de réconciliation

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Justin Trudeau et le fédéralisme de réconciliation

Guy Laforest (Université Laval) et Janique Dubois (Université d’Ottawa)

L’année 2017 marque le cent-cinquantième anniversaire de la fondation fédérale du Canada. En effet, en mars 1867, le parlement britannique avait adopté le British North America Act, lequel entra en vigueur le premier juillet 1867. Tout au long de l’année, tant sur les scènes politique qu’intellectuelle, de nombreux événements souligneront cet anniversaire. Nous ferons d’abord un clin d’œil ici à une importante série d’études parrainée depuis Montréal par l’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP), sous le leadership de son président, Graham Fox, et du directeur de la recherche, Leslie Seidle. Nous mentionnerons aussi un colloque organisé par le Groupe de recherche sur les sociétés plurinationales (GRSP), dirigé par le professeur de l’UQAM Alain-G. Gagnon, et à l’organisation duquel contribuent également les professeurs Johanne Poirier (McGill), Eugénie Brouillet (Laval) et Guy Laforest (Laval). Ce colloque, intitulé « Le fédéralisme canadien et son avenir : acteurs et institutions », s’est déroulé à l’Université McGill et au Musée de la civilisation de Québec, les 23-24 mars 2017. Nous soulignons aussi la tenue du colloque de l’Association canadienne de science politique dans le cadre du congrès de la Fédération des sciences humaines le 1-3 juin à Toronto où nous ferons le point sur le fédéralisme de réconciliation au Canada.

Dans ce billet, nous souhaitons contribuer à mieux saisir la vision du fédéralisme qui semble inspirer M. Justin Trudeau, Premier Ministre du Canada, à la tête d’un gouvernement libéral majoritaire depuis son triomphe électoral du 19 octobre 2015. Comme Donald Trump, Justin Trudeau est passé maître dans l’art de l’utilisation et du contrôle des nouveaux médias sociaux. Contrairement à lui, il est un adepte du féminisme, du pacifisme, et d’une approche multiculturelle généreuse à l’égard de l’immigration en général, et des réfugiés en particulier.  Mais qu’en est-il à propos de sa compréhension du fédéralisme ? À cet égard, les choses paraissent moins claires. Il y a quelque cinquante ans M. Pierre-Elliott Trudeau, père du Premier Ministre actuel, devenait Ministre de la Justice dans le gouvernement de Lester Pearson, publiait un livre important sur le fédéralisme – Le fédéralisme et la société canadienne-française –, et s’apprêtait à se lancer dans une course à la direction du Parti libéral, de laquelle il sortirait vainqueur avant de succéder à Lester Pearson à la tête du pays en 1968.  Nous évoquons, au passage, certaines idées sur le fédéralisme de Trudeau l’Ancien dans notre effort de cerner celles de Trudeau le Jeune.

Quelques mots, au préalable, à propos de la théorie et de l’histoire du fédéralisme. Depuis les célèbres travaux de James Madison dans les Federalist Papers, le fédéralisme est un système de gouvernement, ou un mode d’organisation de la vie politique, lequel, en divisant la souveraineté et en créant des zones de tension mais aussi d’autonomie et d’interdépendance entre divers ordres de gouvernement, contribue à la préservation des libertés individuelles et collectives. Si l’on ajoute la perspective sociologique à la perspective institutionnelle, comme le fait Alain-G. Gagnon dans son article, The Political Uses of Federalism, le fédéralisme offre des protections de la diversité et de l’autonomie des peuples et nations minoritaires, tout en assurant une forme substantielle d’unité entre les diverses composantes pour le maintien de la paix et de l’harmonie. Cette double perspective, institutionnelle et sociologique, et cette quête d’un équilibre, toujours précaire, entre les exigences de la diversité et celles de l’unité, étaient toutes deux au cœur des préoccupations des fondateurs dans les moments qui précèdent et suivent la confédération canadienne (Brouillet, Gagnon et Laforest, 2016; 111-15). Trudeau l’Ancien en parle abondamment dans son livre de 1967 (Trudeau, 1967; 194-205), et Trudeau le Jeune ne saurait les ignorer en 2017.

Or, les fondateurs du Canada ne sont pas les premiers à constater les bienfaits du fédéralisme comme mode d’organisation de la vie politique. Ce principe est notamment évoqué dans l’union des peuples Mohawk, Oneida, Cayuga, Seneca et Onondaga dans la confédération Haudenosaunee (iroquoise) au 16e siècle, à laquelle se joignent éventuellement les Tuscaroras. Selon la légende Haudenosaunee, ces nations sont amenées à travailler ensemble par l’artisan de la paix qui leur démontre qu’on peut plus facilement casser une flèche qu’un paquet de flèches mises ensemble. En acceptant de participer à cette union politique, ces partenaires de la confédération Haudenosaunee choisissent la paix plutôt que le conflit, la force collective plutôt que le pouvoir individuel. Pour ces nations, comme pour plusieurs autres, le fédéralisme contribue à l’harmonie collective tout en préservant l’autonomie des partenaires au sein de la confédération.

Outre les desseins de la préservation de l’autonomie des partenaires, le fédéralisme accroit les lieux de participation politique, favorise la délibération, et multiplie les centres de décisions. Il encourage également à l’émulation, à l’innovation et à la compétition dans les politiques publiques entre les partenaires et invite citoyennes et citoyens au partage et à la redistribution avec leurs semblables à partir des communautés de proximité. Immanquablement, des tensions surgiront, mais on peut penser, sans verser dans l’idéalisme, que celles-ci auront globalement des effets positifs tant et aussi longtemps que la poursuite de l’unité se fera dans un esprit de respect des différences. On peut aussi penser que le rassemblement des forces des uns et des autres, lequel est au cœur de la pratique fédérale, contribuera à élargir l’influence des partenaires dans le monde, et à leur permettre de faire ensemble des choses qu’ils n’auraient pas pu faire séparément.

Depuis la confédération canadienne, les exigences de la diversité et celles de l’unité ont mené nos chefs politiques à épouser diverses doctrines du fédéralisme. Arrivé au pouvoir avec le langage du fédéralisme d’ouverture en 2006, Stephen Harper s’est retiré après sa défaite de 2015 en laissant le souvenir d’un gouvernement souvent capable de rigidité et d’implacabilité dans ses rapports avec ses partenaires. Par contraste, Justin Trudeau et son gouvernement ont réussi à changer le fédéralisme exécutif et les relations intergouvernementales au Canada – du moins au niveau du discours. Nous en voulons pour preuve, d’abord, la réponse que fit M. Trudeau durant la longue campagne électorale de l’été 2015 à la missive que le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, avait envoyée à tous les dirigeants des partis fédéraux:

Il nous faut constamment revenir à l’esprit fédéral: cette idée que nous devons travailler ensemble, dans le respect des différences, pour atteindre nos objectifs communs.  Les défis auxquels nous faisons face ne peuvent être résolus uniquement à partir d’Ottawa. Ils exigent un vrai partenariat entre le gouvernement fédéral et les provinces et une vision fédérale qui respecte les compétences du Québec et de toutes les provinces. Cela nécessite un dialogue continu (Trudeau, 2015; 1).

Comme Christopher Dunn l’a intelligemment expliqué dans une étude pour le compte de l’IRPP, on retrouve ce vocabulaire du dialogue, de la collaboration et du partenariat dans l’ensemble des textes et des discours associés à la campagne de Justin Trudeau en 2015, et il en va de même pour les principaux discours et documents gouvernementaux depuis son accession au pouvoir (Dunn, 2016; 12).

Alors qu’il tend la main vers les provinces et s’engagea le soir de son triomphe électoral de faire « de la collaboration avec les provinces le principe premier de ses actions » (Trudeau, 2015b), M. Trudeau n’hésita pas à hiérarchiser les partenaires avec qui il collabore depuis son accession au pouvoir. Dans son discours lors de la cérémonie d’assermentation le 4 novembre 2015, il déclare: « Aucune relation n’est plus importante pour moi et pour le Canada que la relation avec les peuples autochtones. Il est temps de renouveler la relation de nation à nation avec les peuples autochtones pour qu’elle soit fondée sur la reconnaissance des droits, le respect, la collaboration et le partenariat » (Trudeau, 2015c et Trudeau, 2015d). Cette déclaration, exprimée dans les lettres de mandat à son cabinet, qui furent d’ailleurs publiées par souci renouvelé d’une plus grande transparence, est reprise à peu près mot à mot dans le discours du Trône prononcé par le gouverneur-général du Canada, David Johnston, le 4 décembre 2015. Dans ce discours, M. Trudeau prit à ce sujet les engagements suivants: « Entre autres mesures, le gouvernement collaborera à la mise en œuvre de recommandations de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada, lancera une enquête sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, et travaillera avec les Premières Nations afin que chaque enfant d’une Première Nation reçoive une éducation de qualité » (Gouvernement du Canada, 2015). Le tout fait partie de son engagement d’établir un véritable partenariat de nation à nation avec les peuples autochtones.

Depuis son élection à la chefferie du parti libéral en 2013 et à la tête du gouvernement majoritaire fédéral en 2015, M. Trudeau s’engage – en toute transparence – à établir un fédéralisme qui respecte la souveraineté des partenaires. Ce respect des différences est nécessaire, selon lui, pour atteindre nos objectifs communs dont une stratégie pour contrer les changements climatiques, un engagement envers la jeunesse et une approche multiculturelle généreuse à l’égard des immigrants et des réfugiés. Dans son discours quant à la poursuite d’objectifs communs, comme dans celui sur la relation avec ses partenaires, M. Trudeau établit un ordre de priorité. Au premier fil se trouve la réconciliation avec les peuples autochtones.

Nous constatons qu’en campagne électorale aussi bien qu’au pouvoir, Justin Trudeau tient un discours transparent, assez cohérent et hautement normatif qui prône le fédéralisme de réconciliation. De par ce discours, il nourrit de grandes ambitions. Alors que la réconciliation avec les peuples autochtones est au premier rang des priorités dans le discours de M. Trudeau, la position des provinces quant à cet objectif est moins évidente. Le premier ministre du Canada peut-il souscrire au fédéralisme de réconciliation tout en respectant la souveraineté des partenaires dans la confédération ? Voilà une question qui va au-delà du discours.

Bibliographie

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TRUDEAU, Justin (2015c), « Déclaration du Premier Ministre du Canada suite à l’assermentation du 29e Conseil des Ministres », http://pm.gc.ca/fra/nouvelles/2015/11/04/declaration-du-premier-ministre-du-canada-suite-lassermentation-du-29e-conseil, consulté en ligne le 17 janvier 2017.

TRUDEAU, Justin (2015d), « La diversité, force du Canada », discours prononcé à Londres le 26 novembre 2015, http://pm.gc.ca/fra/nouvelles/2015/11/26/la-diversite-force-du-canada, consulté en ligne le 17 janvier 2017.

TRUDEAU, Pierre-Elliott (1967), Le fédéralisme et la société canadienne-française, Montréal, Hurtubise HMH.

Guy.Laforest@pol.ulaval.ca

Janique.Dubois@uottawa.ca

 

 Justin Trudeau and Reconciliatory Federalism

Guy Laforest (Université Laval) et Janique Dubois (University of Ottawa)

In Canada, 2017 will be a year of celebrations. It is indeed the 150th anniversary of the federal founding of the country. In March 1867, the British Parliament adopted the British North America Act, which became the law of the land on July 1st, 1867. Throughout 2017, in political as well as intellectual public spheres, many events will underline this anniversary. We wish first to acknowledge here the publication of an important series of studies under the stewardship of the Institute for Research on Public Policy (IRPP) in Montreal, entitled Canada’s Changing Federal Community, under the leadership of IRPP’s President, Graham Fox, and the director of research, Leslie Seidle. We shall also mention a conference put together by the Research Group on Plurinational Societies (French acronym, GRSP), directed by Professor Alain-G. Gagnon from Université du Québec à Montréal, and co-organized by Professors Johanne Poirier (McGill), Eugénie Brouillet (Laval) and Guy Laforest (Laval). This conference, entitled, « Canadian Federalism and its Future: Actors and Institutions », took place at McGill University and at the Musée de la civilisation in Québec City, March 23-24, 2017. We also underline the upcoming Canadian Political Science Association conference that will take place during the Congress of the Federation of Humanities and Social Sciences in Toronto on June 1-3 at which we will present initial findings about the state of reconciliatory federalism in Canada.

In this entry, we aim to better understand the vision of federalism espoused by the current Prime Minister of Canada, Mr. Justin Trudeau, elected at the helm of a majority Liberal government in mid-October, 2015. Like Donald Trump, Justin Trudeau is a master of new social media. Unlike him, he is a feminist, a pacifist and an advocate of a generous multicultural approach towards immigrants in general and refugees in particular. What we should make of his approach towards federalism, however, appears less clear. Some fifty years ago, Pierre-Elliott Trudeau, the father of the current Prime Minister, became Minister of Justice in the cabinet of then Liberal leader Lester B. Pearson, and published an important book about federalism – Federalism and the French Canadians – as he was about to launch himself into the leadership race that saw him replace Pearson at the helm of the country in June 1968. We only obliquely refer here to Trudeau the Elder’s ideas concerning federalism in our attempt to ascertain those of Trudeau the Young.

Before undertaking this task, it is useful to reflect on the theory and history of federalism. Since the famous reflections of James Madison in The Federalist Papers at the end of the 18th century, federalism has been viewed as a system of government, or as a mode of organization of political life, which, in dividing sovereignty and establishing zones of tension as well as spaces of autonomy and interdependence between various orders of government, contributes to the preservation of individual and collective liberties. Adding the sociological perspective to the institutional one, as Alain-G. Gagnon does in his widely read chapter, The Political Uses of Federalism, federalism offers safeguards for the autonomy and diversity of peoples and minority nations, while ensuring a substantial form of unity between constituent units in the pursuit of peace and harmony (Gagnon, 1993; 21-26). This dual perspective, institutional and sociological, and the search for a balance, albeit precarious, between the exigencies of diversity and unity, were at the forefront of concerns in the moments that led and followed Canadian Confederation (Brouillet, Gagnon and Laforest, 2016; 111-115). Trudeau the Elder wrote at length about this concern in his 1967 book (Trudeau, 1967; 194-205), and the Young Trudeau would ignore them at his own peril.

However, the founders of Canada were not the first to turn to federalism as a mode of political organization. Federalism was most notably used during the union of the Mohawk, Oneida, Cayuga, Seneca and Onondaga nations in the Haudenosaunee Confederacy at the end of the 16th century, which the Tuscaroras eventually joined. According to Haudenosaunee legend, these nations were convinced to work together by the Peacemaker who showed them that a single arrow is more easily broken than a bundle of arrows put together. In accepting to participate in a political union, these partners in the Haudenosaunee Confederacy chose peace over conflict, collective strength over individual power. For these nations, as for many others, federalism contributes to collective harmony while preserving the autonomy of partners in confederation.

Beyond securing the autonomy of partners, federalism broadens the avenues for political participation, fosters deliberation and multiplies sites of decision-making. It also encourages emulation, innovation and competition in various fields of public policy and invites citizens to share and redistribute amongst co-equals. Some tensions will undeniably emerge, but we can expect, without falling into the abyss of idealism, that these tensions will have mostly positive effects as long as unity is pursued in a spirit of respect for difference. It is also reasonable to expect that, by convening their respective forces, a key federal practice, partners will increase their sphere of influence in the world and accomplish goals that would have remained otherwise unattainable.

Since Canadian Confederation, the exigencies of diversity and unity have led our political leaders to espouse different doctrines of federalism. Ascending to power praising the discourse of open federalism in 2006, Stephen Harper’s retirement following his 2015 defeat left memories of a government often capable of rigidity and implacability in its relations with partners. The least we can say is that Justin Trudeau and his government have successfully managed to shift executive federalism and intergovernmental relations – at least in discourse. This is evident in Mr. Trudeau’s response to the Premier of Québec, Philippe Couillard, during the federal electoral campaign of 2015 in which he committed to govern in accordance with the federal spirit, to work together with partners while respecting differences in the pursuit of common objectives (Trudeau, 2015a; 1). As Christopher Dunn has aptly shown in a study for the IRPP (Dunn, 2016), the vocabulary of dialogue, collaboration and partnership runs through the documents and speeches of Trudeau’s 2015 campaign and has persisted since his entry into office.

Despite his open arms approach towards provinces and a commitment, affirmed on the night of his 2015 electoral triumph, to make collaboration with provinces a key principle (Trudeau, 2015b), Mr. Trudeau has not hesitated to establish a hierarchy amongst the partners with which he collaborates. During his swearing-in ceremony on November 4, 2015, Trudeau declared: “No relationship is more important to me and to Canada than the one with Indigenous peoples. It is time for a renewed, nation-to-nation relationship with Indigenous peoples based on recognition of rights, respect, co-operation and partnership » (Trudeau, 2015c and Trudeau, 2015d). This declaration, also found in ministerial mandate letters that were published in keeping with a renewed interest for transparency, appears almost word for word in the Throne Speech pronounced by Canada’s Governor General, David Johnston, on December 4, 2015. In this speech, the federal government, under Trudeau’s leadership, made the following commitments: « Among other measures, the Government will work co-operatively to implement recommendations of the Truth and Reconciliation Commission of Canada, will launch an inquiry into missing and murdered Indigenous women and girls, and will work with First Nations so that every First Nations child receives a quality education » (Government of Canada, 2015). These initiatives are part of his commitment to establish a nation to nation partnership with Indigenous peoples.

Since his election as the leader of the Liberal party in 2013 and at the helm of a majority government in 2015, Mr. Trudeau has committed – in full transparency – to a form of federalism that respects the sovereignty of partners. This respect for difference is needed, according to him, to achieve collective objectives that include a strategy to fight climate change, an engagement with youth and a generous multicultural approach towards immigrants and refugees. In his discourse related to these objectives, like that related to his relationship with partners, Mr. Trudeau establishes a hierarchy. At the top of the agenda is reconciliation with Indigenous peoples.

We can observe from campaign promises to government announcements that Mr. Trudeau has held a transparent, fairly coherent and highly normative discourse of reconciliatory federalism. The rhetoric is undeniably noble, and the expectations unmistakably high. While Mr. Trudeau has placed reconciliation with Indigenous peoples at the top of his agenda, it is less clear where the other partners of confederation stand. Can Canada’s Prime Minister subscribe to reconciliatory federalism while respecting the sovereignty of partners in confederation? That is a question that goes beyond discourse.

Bibliography

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TRUDEAU, Justin (2015c), “Statement by the Prime Minister of Canada following the swearing-in of the 29th Ministry”, Ottawa, November 4, 2015, http://pm.gc.ca/eng/node/39833, consulted on line, January 17, 2017.

TRUDEAU, Justin (2015d), “Diversity is Canada’s strength”, http://pm.gc.ca/eng/news/2015/11/26/diversity-canadas-strength,  consulted on line, January 17, 2017.

TRUDEAU, Pierre-Elliott (1968), Federalism and the French Canadians, Toronto, Macmillan.

Guy.Laforest@pol.ulaval.ca
Janique.Dubois@uottawa.ca

 

 

 

1967: une année époustouflante sur l’horizon de la relation Canada-Québec et dans la vie d’André Laurendeau

Une version en langue anglaise suivra dans les prochaines semaines / A version in the English language will be added in the next few weeks

Dans une conférence faite à la Maison du Canada à Londres, le 22 avril 2017, j’ai essayé de tracer un portrait en accéléré de l’évolution de l’État canadien depuis la fondation fédérale de 1867. Pour ce faire, je me suis concentré sur quatre années essentielles (1867-1967-1982-2017), en les interprétant à chaque fois à partir de la trajectoire d’une personnalité-clé, en évoquant pour chacune d’entre elles leurs actions au cours de cette année, leurs idées et leurs réseaux personnels respectifs. Avant de me plonger dans l’univers d’André Laurendeau et dans l’extraordinaire année 1967, je donnerai une idée de mon propos d’ensemble, et un aperçu de l’allure générale du colloque qui s’est déroulé à la Maison du Canada, à l’initiative de l’Association britannique d’études canadiennes, en partie pour commémorer le 150e anniversaire de la fondation fédérale du Canada en 1867.

Pour réfléchir sur l’État canadien de 2017, je me devais de choisir le Premier Ministre du pays, Justin Trudeau, sans négliger le cercle de personnes avec qui, sur des prémisses néo-idéalistes, il est en train de réinventer un rêve canadien pour le XXIe siècle : Katie Telford, Anna Gainey, Sophie Grégoire, Mélanie Joly, Chrysta Freeland, Tom Pitfield, Gerald Butts, Matthew Mendelsohn, Dominic Barton, Dominic Leblanc. Pour accompagner le Jeune Trudeau de 2017, il m’a évidemment fallu choisir Trudeau l’Ancien, son père Pierre-Elliott, pour parler de l’année 1982, celle d’une grande réforme constitutionnelle sans le consentement du Québec. Trudeau l’Ancien, cette année-là, vivait sous l’influence des Jim Coutts, Tom Axworthy, Michael Pitfield et Michael Kirby, tout en demeurant en dialogue avec les René Lévesque, Claude Ryan et André Burelle. Il y a 50 ans, au printemps 1967, s’inaugurait à Montréal, avec un clin d’œil à la « Terre des Hommes » de St-Exupéry, l’Exposition universelle qui, d’avril à la fin octobre, devait amener 50 millions de personnes à Montréal, en pleine Révolution tranquille, au début d’un temps nouveau pour le dire comme dans la chanson immortalisée par Renée Claude. On verra ici pourquoi le Canada de 1967 me semble bien représenté par ce grand humaniste qu’était André Laurendeau, entouré par les René Lévesque, Pierre-Elliott Trudeau, Gérard Pelletier et Claude Ryan. Finalement, pour faire revivre cette année 1867 qui fut celle de la fondation fédérale du Canada, j’ai choisi à Londres la figure d’Alexander Galt, le grand représentant de la minorité anglo-protestante du Canada-Est (la future province de Québec) au temps de la Confédération. Galt se retrouvait dans deux grands cercles politiques, un premier dans l’ensemble des colonies britanniques d’Amérique du Nord, avec  notamment les John A. Macdonald, George Brown et George-Étienne, Cartier, et un second, plus souvent négligé, au Québec, avec encore une fois Cartier et Thomas d’Arcy McGee.  A la Maison du Canada, j’en ai profité pour rappeler que nous célébrons en 2017 le bicentenaire de la naissance de Galt. Et comme en plus Galt fut le premier Haut-Commissaire du Canada à Londres (1880-1883), j’ai trouvé un peu curieux que cela soit passé sous silence dans la capitale britannique.  À Londres comme à Ottawa, dans le Canada de 2017, l’équilibre entre passé, présent et futur, dans les délibérations de notre communauté politique fédérale, n’est pas toujours adéquat.

Dans les séances plénières du colloque de l’Association britannique des études canadiennes, lequel s’est donc tenu à la Maison du Canada à Londres du 20 au 22 avril 2017, plusieurs conférenciers ont eu l’occasion de s’adresser aux participantes et participants. Colin Coates, du collège Glendon de l’Université York, a expliqué les raisons plurielles de l’affaiblissement organisationnel de la thématique des études canadiennes au cours des 5 dernières années. Le Ministre québécois responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, Jean-Marc Fournier, a poursuivi son travail, amorcé à Québec le 24 mars lors du colloque du Groupe de recherche sur les sociétés plurinationales (GRSP) sur le fédéralisme canadien et son avenir, d’élucidation de la manière à travers laquelle le gouvernement du Québec dirigé par Philippe Couillard comprend l’évolution contemporaine du fédéralisme canadien. Il a conclu sa conférence de la manière suivante : « Nous sommes Québécois, et c’est notre manière d’être Canadiens ». Dans une visio-conférence pré-enregistrée, l’écrivaine Margaret Atwood a vu dans la réconciliation avec les peuples autochtones et dans la question environnementale les enjeux de l’heure au Canada. Elle a aussi offert un plaidoyer passionné pour les humanités (liberal arts), y voyant le lieu d’approfondissement d’une orientation-vertu-disposition qui est à la source même de notre commune humanité : l’empathie envers l’Autre. Je reviendrai sur ce thème en lien avec la trajectoire de Laurendeau. Pour sa part, le philosophe Will Kymlicka a commencé par rappeler que l’État canadien se caractérisait, sur le plan sociologique, par la co-présence de trois sources de diversité profonde : les peuples autochtones, l’immigration multiculturelle, et le fait français (bilinguisme, Québec, minorités francophones). Sur le plan politico-administratif, l’État canadien traite chacune de ces dimensions de la diversité de façon autonome, dans des politiques publiques qui évoluent en parallèle, sans véritable dessein synthétique ou compréhensif. Ayant expliqué cela, il proposé une analyse de la place du débat sur le niqab dans la campagne électorale fédérale de 2015, y voyant une cause essentielle d’abord de la montée des Conservateurs de Stephen Harper, puis de leur éventuelle déroute au profit des Libéraux de Justin Trudeau. Finalement, l’historien Jocelyn Létourneau, appuyé sur ses travaux antérieurs, identifia une série de constantes dans la trajectoire politique et historique des Québécois d’héritage canadien-français, dont notamment une culture politique de modération et une double appartenance québécoise et canadienne.

L’empathie envers l’Autre. De Léon Dion à Ramsay Cook, de Charles Taylor à Fernand Dumont, toutes les personnes et tous les intellectuels qui ont trouvé André Laurendeau sur leur chemin reconnaissaient en lui une telle orientation-disposition. Il savait écouter autrui, s’intéresser à elle ou à lui. Une telle vertu transparaît dans les pages du journal de bord qu’il a tenu au temps de la Commission d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, dont il fut le co-président de 1963 jusqu’à sa mort en juin 1968. Il y a trente ans, à Calgary, grâce à la générosité de l’historien Donald Smith qui organisa cette rencontre, cela me fut confirmé avec émotion par Gertrude Laing, cette autre grande humaniste qui participa comme commissaire à l’aventure de la Commission Laurendeau-Dunton.  Dans le journal de bord, l’empathie de Laurendeau pour les Canadiennes et Canadiens anglophones impressionne. Dans un autre de ses livres, Ces choses qui nous arrivent, c’est l’empathie de Laurendeau, même quand elle fait irruption sous les traits de la critique,  envers ses compatriotes de langue française, qui émeut. 1967, l’année du Centenaire de la Confédération et celle de l’Exposition universelle de Montréal, j’en fais l’hypothèse, ce fut l’année de l’empathie la plus grande du Canada de langue anglaise, et de sa population, envers le Canada français, le Québec, le bilinguisme. À 50 ans de distance, quand on observe le Canada contemporain, et quand on le compare avec celui de l’année du Centenaire et de l’Expo de Montréal, cela me semble être une des différences qui frappent le plus. J’y reviendrai en conclusion. Auparavant, sur un mode un peu nostalgique, repassons les principaux événements de cette époustouflante année 1967.

Déroulement de l’année 1967

Janvier : Inauguration de la flamme du Centenaire de la Confédération sur la colline parlementaire à Ottawa; retour à Montréal, pour être cités à leur procès, des felquistes Charles Gagnon et Pierre Vallières.

Avril : Pierre-Elliott Trudeau devient ministre fédéral de la Justice et commence à imaginer des réformes législatives progressistes,  notamment celle de la légalisation de l’avortement; création de l’Ordre du Canada; ouverture de l’exposition universelle de Montréal; Gérard Bergeron publie son livre, Le Canada français après deux siècles de patience.

Mai : Le gouvernement du Québec crée le Ministère des Relations internationales, lequel s’appuiera sur la doctrine Gérin-Lajoie, voulant que la province puisse disposer à l’étranger des compétences qui sont les siennes à l’interne; le Premier ministre du Québec, Daniel Johnson, fait un voyage officiel en France; l’historien quasi-officiel du nationalisme canadien-français, Lionel Groulx, meurt le 23 mai.

Juin : L’éminence grise du journal le Devoir, Claude Ryan, publie une série d’articles essentiels à l’occasion du centenaire de la fondation fédérale du Canada.

Juillet : À Ottawa et ailleurs, des célébrations entourent le Centenaire de la Confédération; Charles de Gaulle traverse l’Atlantique sur le Colbert, et prononce le 24 juillet au balcon de l’hôtel de ville de Montréal, ses paroles célèbres : « Vive le Québec libre ! ». Paul Desmarais achète le journal La Presse; Pierre Péladeau lance le Journal de Québec après le Journal de Montréal.

Août : François Aquin devient le premier député indépendantiste à siéger à l’Assemblée législative du Québec; la Révolution tranquille bat son plein, et la Commission Castonguay remet son rapport sur l’avenir de la santé et des services sociaux, étape capitale dans l’approfondissement d’un État-Providence québécois.

Septembre : À la veille d’un important congrès libéral à Québec, René Lévesque annonce qu’il prônera désormais la souveraineté-association; Pierre-Elliott Trudeau, avec l’aide de son ami Gérard Pelletier, publie Le fédéralisme et la société canadienne-française.

Octobre : Au terme d’un congrès tout en bouleversements, René Lévesque quitte le Parti libéral du Québec; les États généraux du Canada français se tiennent à Montréal.

Novembre : René Lévesque fonde le Mouvement Souveraineté-Association (MSA); la Conférence interprovinciale sur la Confédération de demain (Confederation of Tomorrow) se tient à Toronto sous le leadership du premier ministre de l’Ontario, John Robarts, et celui du premier ministre du Québec, Daniel Johnson.

Décembre : au début du mois, la Commission Laurendeau-Dunton publie le premier volume de son rapport final, sur les langues officielles. Celui-ci survient plus de deux ans après le rapport préliminaire de 1965. Ayant été incapable d’imposer son approche compréhensive, globalisante, à ses collègues au sein de la Commission, André Laurendeau en explique les prémisses philosophiques, sociologiques, morales et politiques dans les fameuses pages bleues; à la fin de l’année du centenaire, Claude Ryan signe un long éditorial au titre éloquent : « L’échiquier politique au Canada et la crise des deux nations : perspectives de fin d’année. Dans cet éditiorial, Claude Ryan servit deux avertissements au Canada anglophone : ce dernier devra déclarer ses intentions par rapport aux recommandations du premier volume du rapport de la Commission Laurendeau-Dunton, comme il devra dire s’il est prêt à reconnaître la situation distincte du Québec. Ryan conclut son texte en parlant d’une urgence exceptionnelle.

Et tout cela, amis lectrices et amis lecteurs, c’était il y a cinquante ans!

Il nous est possible, à toutes et à tous, d’essayer d’imaginer comment l’époustouflante année 1967 marqua l’esprit de Laurendeau, comment il réagit à chacun des événements ci-haut mentionnés, et parfois sans doute en relation avec les personnes qui, dans sa vie publique et intellectuelle, comptaient le plus pour lui, et parmi lesquelles on pouvait compter des gens comme Pierre-Elliott Trudeau, René Lévesque et Claude Ryan, sans oublier ses collègues au sein de la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme, et notamment les Davidson Dunton, Franklin Reginald Scott et Gertrude Laing. On a déjà une idée de ce qu’il a pu penser dans son journal de bord de l’époque, mais aussi dans les travaux des Léon Dion, Denis Monière, Gérard Pelletier, Alain-G. Gagnon, Ramsay Cook, Michael Behiels, Donald Horton, Nadine Pirotte et Jean Larose, pour n’en mentionner que quelques-uns. Il y a quelques années, à l’Université Laval, l’historienne Valérie Lapointe-Gagnon maintenant professeure adjointe à la Faculté Saint-Jean de l’Université de l’Alberta à Edmonton, a soutenu une thèse de doctorat faisant une large place à cette pensée du Laurendeau de 1967. La thèse était intitulée : « Penser et ‘Panser’ les plaies du Canada : le moment Laurendeau-Dunton 1963-1971. Il est bien que des esprits, parmi les meilleurs de notre relève intellectuelle, donnent un sens pour notre époque à ces événements déterminants et à la trajectoire exceptionnelle de Laurendeau. Alors que le congrès de l’ACFAS est sur le point d’être inauguré à McGill, il faut souhaiter que l’esprit de Laurendeau sera également présent au congrès qui se tiendra à l’Université du Québec à Chicoutimi en mai 2018, l’année du 50e anniversaire du décès de celui-ci.

Dans les pages bleues du premier volume du rapport de la Commission d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, André Laurendeau développe une philosophie politique libérale, extrêmement sensible aux droits de la personne, mais extrêmement consciente aussi des circonstances particulières dans lesquelles se retrouvent les personnes appartenant à des minorités linguistiques, culturelles et nationales. Il y jette les bases d’une véritable école canadienne et québécoise de philosophie politique, sur ces questions, à laquelle appartiennent notamment les Will Kymlicka, James Tully, Alain-G. Gagnon, Michel Seymour, Dimitrios Karmis, Geneviève Nootens, François Rocher, Alain Noël, Dominique Leydet et Jocelyn Maclure, sans oublier la figure pionnière de Charles Taylor. Dans les groupes de recherche dans lesquels je travaille, le Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité et la démocratie (CRIDAQ) et le Groupe de recherche sur les sociétés plurinationales (GRSP), je crois que l’on peut dire sans risque de se tromper que l’esprit du Laurendeau de 1967 est très présent.  Toutefois, à ce propos, pas mal d’efforts restent à faire, dans la vie politique et dans le constitutionnalisme au Canada, de même que dans la vie universitaire et la société civile à la grandeur du pays.

La grandeur de Laurendeau mérite pas mal de persévérance dans un tel engagement.

On pourra approfondir l’époustouflante année 1967, cette semaine, les 9-10 mai 2017, dans le cadre d’un colloque consacré au juriste Jean-Charles Bonenfant de l’Université Laval et à ses travaux sur l’esprit de la Confédération, organisé par Patrick Taillon, Amélie Binette, Éric Montigny et moi-même, dans le cadre du congrès de l’ACFAS à l’Université McGill (http://www.acfas.ca/evenements/congres/programme/85/400/421/c).

 

Conférences du printemps 2017 : le passé, le présent et le futur du Canada considérés dans une perspective québécoise

La version en langue anglaise suit celle en langue française/ English language version follows the version in the French language

Il y a quelque 5-6 ans, avec les collègues et amis Alain-G. Gagnon et Eugénie Brouillet, compagnons au sein du Groupe de Recherche sur les Sociétés Plurinationales (GRSP), nous avons imaginé un programme de recherches visant à imprimer une certaine direction intellectuelle aux efforts qui surgiraient immanquablement dans l’espace public québécois et canadien à l’occasion du 150e anniversaire en 2017 de la fondation fédérale du Canada. D’autres collègues de notre groupe, et notamment André Lecours et Johanne Poirier, se sont joints à nous, et nous avons reconfiguré programme de recherches, lequel a donné jusqu’à présent pas mal de fruits :

1-Une anthologie critique sur les constitutions canadiennes antérieures à 1867, publiée aussi bien en français aux Presses de l’Université Laval qu’en anglais chez McGill-Queens :

http://www.pulaval.com/produit/ces-constitutions-qui-nous-ont-faconnes-anthologie-historique-des-lois-constitutionnelles-anterieures-a-1867 et http://www.mqup.ca/constitutions-that-shaped-us–the-products-9780773546073.php#!prettyPhoto

2-Un colloque et un ouvrage revenant sur l’essentielle conférence constitutionnelle d’octobre 1864 à Québec, ouvrage déjà paru aux PUL et en préparation chez McGill-Queen’s :

http://www.pulaval.com/produit/la-conference-de-quebec-de-1864-150-ans-plus-tard-comprendre-l-emergence-de-la-federation-canadienne

3-Un colloque international, préparé d’abord et avant tout par André Lecours, sur la politique constitutionnelle dans les Etats multinationaux :

https://www.mcgill.ca/federalism/files/federalism/2016-october-constitutional_politics.pdf

4-Un autre colloque international, dans lequel Johanne Poirier a joué un rôle-clé avec Alain-G. Gagnon, sur le fédéralisme canadien et son avenir : acteurs et institutions :

http://www.federalism150conference.ca/

Dans les prochaines semaines, je souhaite approfondir la réflexion sur ces thématiques dans le cadre d’une tournée de conférences à Londres, Paris et Barcelone, avant de revenir à Montréal pour participer au Congrès de l’ACFAS, lequel se tiendra à l’Université McGill du 8 au 12 mai 2017. Voici un aperçu de ce programme de conférences et de colloques.

Le 22 avril 2017, dans le cadre du congrès de l’Association britannique des études canadiennes (British Association for Canadian Studies), lequel se tiendra à Canada House du 20 au 22 avril, je prononcerai une conférence récapitulant quelques moments déterminants dans la trajectoire de l’État canadien : les années 1867, 1967, 1982 et 2017. Il y a quelque 20 ans, je me trouvais à Londres pour un colloque semblable, à Stoke-on-Trent, avec mon collègue et ami Daniel Drache de l’Université York, au moment même de la signature de l’Accord du Vendredi-Saint, un véritable traité de paix entre le Royaume-Uni et l’Irlande, entre unionistes et républicains nationalistes de l’Irlande du Nord, symbole d’espoir sur fond d’une tragédie vieille de plusieurs décennies, voire de plusieurs siècles. Au printemps 2017, dans la foulée du référendum sur le Brexit et de l’amorce par le Royaume-Uni des négociations sur une éventuelle sortie de l’Union européenne, nous serons sans doute nombreuses et nombreux à tracer des parallèles entre notre histoire et celle du Royaume-Uni. Lors du colloque savamment organisé par les collègues et amis Alan Hallsworth et Jatinder Mann, je ferai quelques incursions sur ce territoire comparatif. Et je brosserai un tableau interprétatif en creusant chacune des dates, chacune des époques choisies, à partir de la trajectoire personnelle d’un personnage central sur fond de son réseau et de son horizon d’activités : Alexander Galt (1867), André Laurendeau (1967), Pierre-Elliott Trudeau (1982) et Justin Trudeau (2017). Pour consulter le programme de l’ensemble du colloque, voir le lien suivant: https://britishassociationforcanadianstudies.files.wordpress.com/2017/04/bacs-2017-annual-conference-programme-final6.pdf

Le 25 avril, je prononcerai une conférence à Paris, à l’invitation de mon collègue et ami Alain-G. Gagnon, dans le cadre des activités de la Chaire d’études du Québec contemporain (CEQC) de l’Université Paris-III Sorbonne Nouvelle. A Paris aussi il y aura une certaine dimension nostalgique. En effet, il y a quelque 25 ans, j’y faisais, aux mardis de la Revue Esprit et à Sciences Po Paris, des conférences sur Pierre-Elliott Trudeau et le nationalisme. Aurais-je cru possible, à cette époque, que je reviendrais à Paris en 2017 pour parler du 150e anniversaire de la fondation fédérale du Canada, alors que le fils aîné de Pierre-Elliott Trudeau, Justin, serait Premier Ministre du Canada? Je ne le pense pas. Quoi qu’il en soit, le propos de ma conférence du 25 avril est le suivant :

« Le Canada célèbre en 2017 le 150e anniversaire de sa fondation fédérale. Après des réflexions plus générales sur les théories du fédéralisme en général et au Canada en particulier, je vais d’abord essayer dans cette conférence de situer la fondation fédérale de 1867 parmi la pluralité des fondations envisageables pour ce pays complexe qu’est le Canada. Par la suite, je vais réfléchir à la place du fédéralisme dans l’architecture constitutionnelle et dans les politiques publiques au Canada, en prêtant une attention particulière aux conceptions véhiculées par le Premier Ministre du Canada, Justin Trudeau, élu en octobre 2015, et par son homologue québécois Philippe Couillard, élu en avril 2014. » Pour les coordonnées de la conférence, voir le lien suivant: http://www.univ-paris3.fr/conference-publique-de-guy-laforest-sur-reflexions-sur-la-fondation-du-canada-et-sur-l-etat-du-federalisme-en-2017–426556.kjsp

Le 27 avril je ferai une conférence, organisée par ma collègue et amie Maria Jesus Garcia Morales, à la Faculté de Droit de l’Université autonome de Barcelone, sur le campus de Bellaterra en banlieue de Barcelone. Le titre de la conférence est le suivant : « L’experiencia dels referendums Canada-Québec, amb una mirada sobre el referendum de 1995 : entre la teoria i la practica ». Particulièrement depuis la décision du Tribunal constitutionnel espagnol en juillet 2010, taillant en pièces le nouveau statut d’autonomie de la Catalogne, les Catalans et leurs gouvernements successifs essaient, sans succès, d’organiser « à la québécoise », ou encore « à l’écossaise », une consultation référendaire pour prendre la mesure de leur destin par rapport à l’Espagne et à l’Europe.

Je vais en Catalogne depuis 25 ans, je me considère extrêmement chanceux d’avoir ainsi pu découvrir une société qui est un véritable « Autre significatif » pour le Québec, et je m’y suis fait de nombreux amis. J’aborderai les thèmes suivants lors de la conférence du 27 avril : la comparaison dans la longue durée entre les rébellions de l’ère impériale (1837-1838) et celles de l’ère démocratique (les référendums de 1980 et de 1995); la chronologie de l’année 1994-1995, à partir de l’élection du gouvernement de Jacques Parizeau en septembre; l’examen des raisons fortes du projet indépendantiste québécois; les causes de la défaite de l’option souverainiste en octobre 1995; les tendances de l’appui à la souveraineté de 1995 à 2017 (sur la base des travaux de Simon Langlois); l’étude des conséquences du résultat référendaire de 1995 pour la politique canadienne et québécoise; la place des référendums québécois dans la réflexion de la science politique sur la théorie et la pratique de la démocratie (sur la base des travaux des Stephen Tierney, Eric Montigny et Patrick Taillon); finalement, un regard comparatif sur les expériences québécoise, écossaise et catalane. Et j’aurai aussi une pensée pour mon ex-étudiante, la politicienne catalane et espagnole Carme Chacon, figure de proue du Partit Socialiste dels Catalans (PSC), morte tragiquement à Madrid le 9 avril 2017 à l’âge de 46 ans.

De retour au Québec, au début mai, je participerai au congrès de l’ACFAS, lequel se déroulera cette année à l’Université McGill du 8 au 12 mai. J’y organise, avec Amélie Binette et Patrick Taillon, sous l’égide du Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité et la démocratie (CRIDAQ), un colloque sur Jean-Charles Bonenfant et l’esprit de la Confédération. Bonenfant (1912-1977) fut un des piliers du droit public à la Faculté de Droit de l’Université Laval, un grand humaniste, et un homme de la transition entre le Québec du régime duplessiste et celui de la Révolution tranquille. Avec Amélie Binette et Patrick Taillon, nous avons construit un ambitieux projet interprétatif autour de sa pensée et de son travail, incluant un séminaire-témoignages avec des gens qui ont travaillé avec lui, lequel s’est tenu à l’Assemblée nationale du Québec le 19 décembre 2016, le colloque de l’ACFAS, une exposition qui se tiendra en collaboration avec l’équipe de Stéphanie Bois-Houde à la bibliothèque des sciences humaines de l’Université Laval à l’automne 2017, et finalement une anthologie critique des principaux travaux de Bonenfant. Voici le texte annonçant le colloque sur le site internet de l’ACFAS :

« Le colloque Jean-Charles Bonenfant et l’« esprit » de la Confédération vise à rendre hommage, de manière dialogique et critique, à ce pionnier de l’étude des institutions politiques et à favoriser la diffusion de son œuvre. Ce titre, qui n’est pas sans rappeler l’« esprit des lois » de Montesquieu, réfère à l’article qu’il a publié en 1963 dans la Revue d’histoire de l’Amérique française, soit « L’esprit de 1867 », dans lequel il a réfléchi sur les ambitions et les objectifs des Pères de la Confédération. Cet article met l’accent sur ce qui a constitué, à bien des égards, le fil conducteur de l’œuvre de Jean-Charles Bonenfant : l’étude des idées, des acteurs et des institutions issues de la Constitution de 1867.

Le colloque cherche ainsi à revisiter l’œuvre de Bonenfant et à analyser ses liens avec les événements de 1867 afin d’assurer une compréhension plus approfondie du Canada d’hier et d’aujourd’hui. Il s’insère d’ailleurs dans un projet plus large, multiplateforme, qui, par le biais de trois modes de diffusion — une anthologie, une exposition et un colloque —, vise à faire découvrir le regard dualiste, nuancé et critique qu’a su construire Jean-Charles Bonenfant sur le pacte de 1867.

Sous une forme apparentée au séminaire et au « cercle de lecture », une quinzaine de conférenciers viendront, à partir des textes les plus marquants de l’œuvre de Bonenfant, expliquer leur perspective sur les institutions, les acteurs, le contexte sociopolitique ou les objectifs de la Confédération de 1867.

Le colloque réunira des spécialistes contemporains chargés d’examiner en profondeur le contenu de ses travaux scientifiques. Chacun de ces chercheurs invités sera « responsable » de présenter, puis de commenter un article significatif de Bonenfant et traitant d’une question dont le conférencier est lui-même spécialiste au sein de la communauté scientifique.

En provenance de plusieurs disciplines (droit, science politique, histoire, sociologie et philosophie), les conférenciers porteront un regard croisé sur les écrits de Bonenfant et offriront à cet événement un caractère interdisciplinaire qui rend possible une analyse systématique et inédite de l’œuvre de l’un des plus importants spécialistes des institutions du Québec.

Plus qu’un simple bilan, le colloque Jean-Charles Bonenfant et l’« esprit » de la Confédération permettra de dégager de nouvelles perspectives en revisitant ces travaux à la lumière des évolutions subséquentes du fédéralisme canadien et en identifiant des pistes ou des hypothèses de recherche qui, bien qu’abordées dans cette œuvre, restent encore à approfondir près de 40 ans après son décès. »

Outre Amélie Binette, Patrick Taillon et moi-même, les collègues suivants seront conférencières ou conférenciers au colloque de l’ACFAS, les 9-10 mai au pavillon Burnside Hall (1B39) : Johanne Poirier, Jean Leclair, Valérie Lapointe-Gagnon, Daniel Weinstock, Noura Karazivan, Eugénie Brouillet, Marc Chevrier, Martin Pâquet,Éric Bédard, Jacques Beauchemin, François-Olivier Dorais, Sylvio Normand.

Jean-Charles Bonenfant a écrit certains de ses textes les plus fondamentaux sur le Canada autour de 1967, alors que le pays s’apprêtait à célébrer le centenaire de sa fondation fédérale. Bonenfant éprouvait beaucoup de respect pour les principaux acteurs politiques des grandes conférences du XIXe siècle, à Charlottetown, Québec et Londres. Toutefois, il ne les idéalisait pas démesurément. On trouve, dans la pensée de Bonenfant, un sain équilibre entre idéalisme et réalisme. Je m’inspirerai de lui lors de chacune des conférences que je prononcerai en Europe ce printemps. Au fond, nous pourrions faire de Bonenfant un membre honoraire de nos équipes de recherche…

Conferences of April and May 2017: the past, present and future of the Canadian state seen from a perspective anchored in Québec

About five or six years ago, with my colleagues and friends Alain-G. Gagnon and Eugénie Brouillet, fellow-travelers within the Research Group on Plurinational Societies (Groupe de Recherche sur les Sociétés Plurinationales, GRSP), we imagined a research programme aimed at providing a kind of intellectual direction to the reflections, which we thought would inevitably arise over time, about the 150th anniversary in 2017 of the federal founding of Canada. Other colleagues, such as André Lecours and Johanne Poirier, joined our original initiative, and we went forward with our recalibrated idea. Our efforts have so far yielded the following fruits:

1-A critical anthology of Canadian constitutions prior to 1867, which has been published in French by Presses de l’Université Laval and in English by McGill-Queen’s University Press:

http://www.pulaval.com/produit/ces-constitutions-qui-nous-ont-faconnes-anthologie-historique-des-lois-constitutionnelles-anterieures-a-1867 et http://www.mqup.ca/constitutions-that-shaped-us–the-products-9780773546073.php#!prettyPhoto

2-A colloquium on the essential October 1864 Conference of Quebec between the representatives of British North American colonies, which happens to be the political and legal anchor of the Constitution Act, 1867; the revised colloquium papers were transformed into a book which has been published in French by Presses de l’Université Laval, to be soon translated and published in the English language by McGill-Queen’s University Press:

http://www.pulaval.com/produit/la-conference-de-quebec-de-1864-150-ans-plus-tard-comprendre-l-emergence-de-la-federation-canadienne

3- An international conference, essentially under the stewardship of André Lecours, on constitutional politics in multinational states, which took place in Gatineau-Ottawa at the end of October, 2016. Papers are being revised for publication under the supervision of André Lecours, Nikola Brassard-Dion and myself:

https://www.mcgill.ca/federalism/files/federalism/2016-october-constitutional_politics.pdf

4- An additional international conference took place at McGill University, on the train to Québec City and at Musée de la Civilisation in the capital of Québec, March 23-24, 2017. The conference was organized by Johanne Poirier and Alain-G. Gagnon, with the help of Eugénie Brouillet and myself. The theme of the conference was as follows: “Canadian federalism and its future: actors and institutions”:

http://www.federalism150conference.ca/

In April and May 2017, I gave a series of talks on these issues as I travelled in Europe on behalf of the Groupe de Recherche sur les Sociétés Plurinationales (GRSP), where I lectured in a variety of contexts in London, Paris and Barcelona. Upon returning in Montréal I attended the ACFAS Congress (http://www.acfas.ca/) at McGill University and, later on, the Congress of the Federation for the Humanities and Social Sciences of Canada (http://www.idees-ideas.ca/) at Ryerson University in Toronto.

On April 22nd, 2017, I attended the conference of the British Association of Canadian Studies at Canada House in London, England. I gave a talk on some key moments in the unfolding of the Canadian state: 1867, 1967, 1982 and 2017. About twenty years ago I was in the U.K. for a similar conference held at Stoke-on-Trent, with my colleague and friend Daniel Drache, from York University, at the time of the signing of the Good Friday Agreement, a treaty of peace between the United Kingdom and Ireland, between Unionists and nationalist Republicans of Northern Ireland, and a real symbol of hope in the context of a tragic struggle reaching back many decades, indeed many centuries. In the spring of 2017, in the aftermath of the Brexit referendum and as the British Prime Minister, Theresa May, has recently initiated the process leading to the British departure from the European Union, many of us thought about those great historical events while looking for parallels with our own Canadian history. In my own talk, I made references to these comparative trajectories before proposing an interpretive panorama insisting, for each relevant year, on a key historical figure and his network of significant others: Alexander Galt (1867), André Laurendeau (1967), Pierre Elliott Trudeau and Justin Trudeau (2017). The full programme of the conference in London is available here: https://britishassociationforcanadianstudies.files.wordpress.com/2017/04/bacs-2017-annual-conference-programme-final6.pdf

After London, I travelled to Paris, where I lectured at the invitation of my colleague and friend Alain-G. Gagnon, the founder and leader of GRSP. In Paris, in 2016-2017, Alain-G. Gagnon held the Visiting Chair for the Study of Contemporary Québec (Chaire d’études du Québec contemporain), at Paris-III Sorbonne Nouvelle. In Paris as well, a nostalgical dimension was in the air. Indeed, twenty-five years ago, I gave a talk on Pierre Elliott Trudeau and nationalism at the weekly gathering of a famous journal, “Esprit”, and at Sciences Po Paris. Would I have thought possible, at that time, that I would come back to Paris one day while Mr. Trudeau’s son, Justin, would be Prime Minister of Canada? I do not think so.

The topic of my lecture in Paris had to do with the interpretation of the plurality of Canada’s foundings, in the context of the 150th anniversary of the federal establishment of the country in 1867, and with an evaluation of the state of federalism in 2017. With regards to the second dimension of the talk, I mostly insisted on the conceptions of the current Prime Minister, Justin Trudeau, and those of his counterpart in Québec City, Premier Philippe Couillard. The ad for the conference can be consulted here: http://www.international.gouv.qc.ca/fr/accueil/activites/18328?pReturnUrl=%2Ffr%2Faccueil%2Factivites%3Fsec%3D-1%26iNoMois%3D-1%26iAnnee%3D-1%26iCurrentPageIndex%3D3

After Paris, I travelled to Barcelona, at the invitation of my colleague and friend Maria Jesus Garcia Morales, from the Law Faculty of the Autonomous University of Barcelona (Universitat Autonoma de Barcelona). The conference explored the experience of referendums in Canada and Québec, placing the emphasis on the 1995 sovereignty referendum. Such referendums have had theoretical implications for law and political science, as well as practical consequences. I tried to delve on both of these in the context of the internal Catalan debate on the eventual organization of a sovereignty referendum.

I consider myself very fortunate to have had numerous possibilities to travel to Catalunya in the past twenty-five years, becoming more and more aware that this society is an authentic “Significant Other” for Québec. Many people have offered me their friendship over the years, including the Socialist politician Carme Chacon, who died tragically a few weeks ago. Maria Jesus Garcia Morales and myself paid homage to her during the conference held at the Bellaterra campus. Following the outline of the lecture, the following dimensions were discussed: comparing the rebellions of the imperial era (1837-1838) with the rebellions of the democratic age (1980-1995); the chronology of the year 1994-1995 in Québec; an analysis of the deep motivations of the sovereignty movement in Québec; the causes of the sovereigntist defeat in 1995; public opinion trends with regards to sovereignty between 1995 and 2017 (on the basis of the works of sociologist Simon Langlois); the consequences of the 1995 referendum for politics in Canada and Québec; the unique place of Québec’s referendums in comparative political science and comparative constitutional law (on the basis of the works of Stephen Tierney, Eric Montigny and Patrick Taillon); and finally, a comparative exploration of the situations of Québec, Catalunya and Scotland.

Upon returning to Canada and Québec in early May 2017, I attended the ACFAS congress (Association francophone pour le savoir), held at McGill University, May 8-12. With my colleagues and friends Patrick Taillon, Amélie Binette and Eric Montigny, I organized a colloquium on Jean-Charles Bonenfant and the spirit of Confederation. The colloquium was organized by the Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité et la démocratie (CRIDAQ), and by the research chair on democracy and parliamentary institutions (Chaire sur la démocratie et les institutions parlementaires) at Université Laval. Bonenfant (1912-1977) was a pioneer for the study of public law at Université Laval, and a great humanist. The human and social sciences university library at Laval bears his name. Patrick Taillon, Amélie Binette and myself have developed a multi-platform programme to interpret his work: an exhibition is being prepared in partnership with the library, and we are also preparing a critical anthology. In December 2016, at the Assemblée Nationale in Québec City, we brought together many people who had either worked with him or been his students in previous decades. The ACFAS colloquium completes our programme.

In 1963, in the journal Revue d’histoire de l’Amérique française, Bonenfant had published an article entitled « L’Esprit de 1867 », in the tradition of Montesquieu’s famous book, « The Spirit of the Laws ». In his own article, Bonenfant had tried to analyse the objectives and ambitions of the founders of the Canadian federation between the years 1864-1867. Using this key text as a symbol for our whole project, we invited scholars to start from the thought of Bonenfant to explore, critically and dialogically, the past, present and future contours of the Canadian federal state.

Anchored in a plurality of disciplines (law, political science, history, sociology and philosophy), the participants approached Bonenfant’s writings in an interdisciplinary fashion, lending systematicity and originality to the interpretation of the work of one of the most important specialists of Québec’s institutions.

Beyond the idea of an assessment, the colloquium on Bonenfant and the spirit of Confederation attempted to lead to the identification of new perspectives, revisiting Bonenfant’s studies in the light of further work in the interpretation of Canadian federalism, thus specifying the contours of avenues of reflection and hypotheses that he may have broached upon without analyzing them with sufficient depth. Many participants praised the uniqueness of the approach, as each analyst started her or his presentation on the basis of her or his reading of one among a carefully selected list of documents produced by Bonenfant over the years. This approach gave to the colloquium the form of a seminar or that of a reading group, explaining along the way Bonenfant’s interpretations of the institutions, actors, socio-political context and objectives surrounding the project of Confederation around 1867.

In addition to Amélie Binette, Patrick Taillon and myself, the following colleagues presented papers or gave their views at the colloquium on Bonenfant held during the ACFAS congress held at McGill, May 9-10, 2017: Johanne Poirier, Jean Leclair, Valérie Lapointe-Gagnon, Daniel Weinstock, Magali Paquin, Noura Karazivan, Marc Chevrier, Martin Pâquet, Éric Bédard, Jacques Beauchemin, François-Olivier Dorais, Sylvio Normand, Eric Montigny and Julien Fournier.

Jean-Charles Bonenfant has written some of his most important interpretive essays on Canada around 1967, as the country was in the midst of celebrating the centennial of its federal founding. Undeniably, he had a lot of respect for the political actors of the great conferences of the 19th century, held at Charlottetown, Québec City and London. However, he refrained from idealizing them too much. Thus one can find, in his writings, a healthy balance between idealism and realism. I had such a balance in mind upon all occasions at which I spoke in the spring of 2017. With this in mind, maybe we should make Bonenfant a honorary member of our research teams….

Beside the colloquium on Bonenfant and the spirit of Confederation, during the ACFAS congress one of the graduate students I supervise at the M.A. level, Katryne Villeneuve-Siconnelly, gave a talk, based on a paper we have co-authored, entitled “Le devenir-petite-nation de la France”. The paper and the talk present the findings of a research project I conducted in Paris in 2013-2014, interviewing roughly a dozen of elected representatives in the French National Assembly, with a group of twenty-six additional representatives responding to a questionnaire about the current state of French national identity. The talk was given in the aftermath of the 2017 French presidential campaign, which led to the victory of Emmanuel Macron and which was marked by complex, and at times, dramatic, discussions about the current state of France and of its national identity. As Uriel Abulof has shown in his seminal works, at times big countries can be traversed by the anxieties normally associated with those of small nations, and our research at the French National Assembly demonstrated this.

Paradoxically, as the French malaise about national identity persists, Canadian politics seems to be marked by a surge of national hopes and ambitions under the leadership of Justin Trudeau. This new face of Canadian idealism and nationalism is explored in a paper to be presented by Janique Dubois, of the University of Ottawa, and myself, during the conference of the Canadian Political Science Association, which will take place in late May 2017 at Ryerson University in Toronto, as part of the Congress of the Canadian Federation for the Humanities and Social Sciences. The paper will explore the emergence of a new approach towards federalism that we believe Justin Trudeau has developed in many of his speeches and discourses since the electoral triumph of the Liberal Party of Canada, led by him, on October 19, 2015. Janique Dubois and myself hope to publish the results of our reflections in a variety of forums in the foreseeable future.

About a month before the real 150th anniversary of the federal founding of Canada in 1867, the search for balance between past, present and future, in the unfolding of the Canadian state, remains an important challenge, in the troubling and turbulent world of the twenty-first century.

 

 

 

D’un geste d’inhumanité à un renforcement de notre commune humanité

Une version en langue anglaise suit le texte en français/ A version in English follows the text in French

Il y a environ un an, je commençais à écrire des billets sur ce blogue. Dans la foulée des événements tragiques du 29 janvier 2017 au Centre culturel islamique de Québec, lesquels ont coûté la vie à au moins six personnes tout en en déchirant plusieurs autres, j’actualise ici le premier billet, qui était intitulé « L’éducation, la liberté et le sens de la vie ».

Pourquoi chercher un sens à la vie, alors qu’il pourrait ne pas y en avoir ? Notre présence sur la terre est d’une navrante brièveté. Elle laisse l’infinité du temps tout à fait imperturbable. Devant l’immensité de l’univers, l’espace de notre ville, fût-elle magnifique, celui de notre province, fût-elle distincte, et celui de notre pays, fût-il le meilleur, paraissent insignifiants. Face à ce vide de sens, la vie peut sembler absurde.

Comme le rappelait en 2003 Jean Grondin, dans un bel essai sur le sens de la vie, l’être humain se singularise du fait qu’il ne se contente pas de cette double absurdité dans le temps et dans l’espace. Dans le langage, dans la culture, en société, l’être humain dépasse ce vide en ne restant pas seul, en dialoguant avec d’autres personnes, en les aidant à trouver un sens à leur vie, à identifier leur voie propre, à accomplir leur liberté. La quête du sens de la vie appartient à l’agir humain libre. Elle est un beau et vaste chemin, marqué souvent par de douloureux apprentissages.

Chaque matin, au Québec comme partout au Canada et ailleurs dans le monde, des milliers de personnes se lèvent tôt pour faire leur part dans la grande aventure de l’éducation. Ils partent vers la maternelle, l’école, le collège ou l’université, pour aller former, transmettre, responsabiliser, émanciper. J’appartiens à cette famille de pédagogues, d’éducatrices et d’éducateurs qui essaient de triompher de l’absurdité en aidant des jeunes à trouver des phares sur les mers parfois tourmentées de la vie, à épanouir leur liberté en la balisant, à découvrir pour eux-mêmes des projets de vie nobles et porteurs.

L’éducation à la liberté et au sens de la vie est l’affaire de tous les artisans de la transmission. Toutefois, je crois profondément que ce qui caractérise l’ensemble de nos disciplines dans les humanités et les sciences sociales, c’est d’être au cœur des interrogations fondamentales sur le sens de la vie et sur l’importance de l’éducation et la compréhension de ses tâches, aussi lourdes que complexes dans nos sociétés. Pour plusieurs d’entre nous, ces tâches sont devenues encore plus difficiles depuis le 29 janvier.

À l’Université Laval, comme pédagogues et comme êtres humains, nous sommes bouleversés par le drame qui s’est produit dimanche et par ses suites. L’une des victimes, Khaled Belkacemi, était un collègue brillant et estimé. Le présumé auteur était l’un de nos étudiants. Comment réagir à un tel geste d’inhumanité ? Comment, péniblement, remettre un peu plus de sens dans nos vies ? La vigile de la soirée du 30 janvier a commencé à donner de belles réponses à ces questions. Répondre à tout cela par des paroles et des gestes d’amitié, de solidarité et d’affection envers toutes celles et ceux qui sont nos sœurs et nos frères en humanité, et en donner un peu plus, beaucoup plus, à nos sœurs et nos frères de la communauté musulmane. Et après les premiers jours, persévérer sur ce chemin.

From a gesture of inhumanity to a reinforcement of our common humanity

Following the tragic events that took place at the Islamic Cultural Centre in Québec City on January 29, 2017, which claimed the lives of at least six people while damaging the ones of many others, I republish here with some modifications the first entry published last year on my blog, entitled « Education, freedom and the meaning of life ».

Why bother debating the meaning of life, for it appears there is none? Our presence on earth is regretfully quite brief. It fails to disturb the mighty infinity of time. Considering the immensity of the universe the space of our city, however magnificent, the one of our province, although distinct, and the space of our country, arguably the best one, pale into insignificance.

As Jean Grondin noted in 2003, in his thoughtful essay on the meaning of life, what distinguishes human beings is the fact that they do not content themselves with this double absurdity in time and space. In the realms of language, culture and society, human beings bypass this void by refusing to remain alone, through dialogue with other people, helping them find meaning to their own lives, identifying their own paths, accomplishing their respective freedoms. The quest for the meaning of life belongs to free human agency. It is a beautiful and vast avenue, although marked at times by painful experiences.

Every single morning in Québec, as elsewhere in Canada and around the world, thousands of people wake up early to do their share in the great adventure of education. They leave for various daycare centres, schools, colleges, universities, where they will strive to form, transmit, foster responsibility and emancipate the minds of a new generation.  I belong to the family of teachers who attempt to triumph from absurdity by helping young people find beacons on the often tumultuous seas of life, emancipate their freedom while disciplining it, discover noble life projects.

Educating towards freedom and the meaning of life is the business of all artisans of transmission. In this endeavor, one encounters difficulties at all levels. I strongly believe that what characterizes our disciplines in the humanities and social sciences is the fact that they are at the centre of key interrogations on the meaning of life, on the horizons and limits of freedom, at the centre also of fundamental reflections on the nature and burdens of education in our societies. For many of us, these tasks have become even more difficult following last Sunday’s events.

At Université Laval, as human beings and as teachers, we are devastated by last Sunday’s drama and by its consequences for so many lives. One of the victims, Khaled Belkacemi, was a brilliant and esteemed colleague. The purported author was one of our students. How should we react to such a gesture of inhumanity ? How can we, step by step, put meaning back into our lives ? The vigile which took place on January 30 has started to give beautiful answers to these questions. We should respond by gestures of friendship, of solidarity and of affection towards all our sisters and brothers in humanity, and to give a little more of this, in fact much more of this, to our sisters and brothers from the Muslim community. And after the first few days, we should persevere on this path.

Qu’est-ce que le Canada? Réponse à Luis Moreno

Une version en langue anglaise suit le texte en français / A version in English follows the text in French

Qu’est-ce que le Canada? Réponse à Luis Moreno

 I-Introduction

 L’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis stimule la réflexion de beaucoup de journalistes et d’intellectuels dans le monde à propos des différences entre les États-Unis et le Canada, de même qu’entre Donald Trump et le Premier Ministre du Canada, Justin Trudeau. Alors que Trump est militariste, conservateur et sexiste, alors qu’il tient un discours hostile à l’immigration et aux approches scientifiques en matière de changements climatiques, Justin Trudeau est un pacifiste et féministe auto-proclamé, un enthousiaste promoteur du multiculturalisme, un libéral de gauche et son pays est un leader internationalement reconnu sur les thématiques environnementales. Récemment, un des plus importants quotidiens britanniques, The Guardian, se demandait si le Canada n’était pas en voie de devenir le premier État postnational, sans véritable ancrage identitaire (https://www.theguardian.com/world/2017/jan/04/the-canada-experiment-is-this-the-worlds-first-postnational-country). Le quotidien britannique pouvait s’appuyer sur un discours d’ailleurs prononcé à Londres par Justin Trudeau en novembre 2015, vantant la diversité profonde du pays comme force fondamentale du Canada, à peine un mois après son élection le soir du 15 octobre 2015 (http://pm.gc.ca/eng/news/2015/11/26/diversity-canadas-strength. Notons par ailleurs que ces réflexions se déploient en 2017, l’année où le Canada consacre beaucoup de ressources à célébrer le 150e anniversaire de sa fondation fédérale en 1867 (http://canada.pch.gc.ca/fra/1468262573081).

Il n’est pas surprenant, dans ce contexte, de voir l’un des plus réputés politologues de l’Espagne et du monde, Luis Moreno, approfondir les mêmes thèmes, dans un pays obnubilé par la question catalane comme le Canada l’a été pendant longtemps à propos de la question québécoise. Dans un article reproduit sur academia.edu (https://www.academia.edu/30928080/Canad%C3%A1_sin_identidad_se_vive_mejor), Moreno ne se trompe pas en voyant dans la nomination récente de Ahmed Hussen, né en 1975 et réfugié au Canada dans des circonstances difficiles en provenance de Somalie, comme Ministre de l’Immigration du Canada, un bel exemple du leadership canadien en matière de diversité. Depuis plus de vingt-cinq ans, des chercheurs comme Will Kymlicka et Keith Banting, en philosophie et en science politique, ont offert un leadership semblable dans le monde des humanités et des sciences sociales (voir notamment le « Multiculturalism Index » – http://www.queensu.ca/mcp/home-. Dans son article, Luis Moreno ne tombe pas dans les banalités à propos de la nature post-nationale du Canada contemporain. Néanmoins, le titre donné à son article laisse entendre, dans un contexte particulier, que le Canada serait un pays dénué de racines identitaires, chose qui, même au vingt-et-unième siècle, me paraît encore fausse. J’ai donc senti le besoin de reprendre ici, en les adaptant, des réflexions qui, sur diverses plateformes, sont au cœur de mon activité comme professeur au département de science politique de l’Université Laval depuis 1988.

 

II-Colosse de la géographie, État, nation, pays bilingue et multiculturel

Alors commençons notre voyage sur la route de l’identité du Canada. Ce pays est d’abord un colosse de la géographie, opinait jadis le regretté politologue Gérard Bergeron, dans Le Canada français après deux siècles de patience, un essai rédigé pour l’opinion française en 1967, dans les temps tumultueux de la visite du général de Gaulle. Colosse, certes, ajouterai-je, mais aussi un géant aux pieds d’argile, obnubilé par sa fragilité et son insignifiance face aux États-Unis d’Amérique, la plus grande puissance militaire, économique et culturelle de l’histoire de l’humanité. L’élection de Donald Trump aura ravivé ce sentiment de vulnérabilité.

Le Canada est aussi un État indépendant, fier de proclamer sa normalité dans le système stato-national issu du traité de Westphalie de 1648. Toutes les élucubrations proférées sur la mondialisation et les technologies de communication n’ont pas réussi à remettre en cause le rôle de l’État comme acteur premier de la vie internationale. Depuis le référendum québécois d’octobre 1995, ayant vacillé dans son existence même, l’État canadien fait de l’hyper-activisme dans tous les réseaux multilatéraux. Le Canada ne s’est jamais autant assumé comme État indépendant qu’au cours des deux dernières décennies. J’ajouterais que, peut-être, au cours des mêmes décennies, aucun autre pays ne s’est autant intéressé au Canada que l’Espagne de Luis Moreno, obsédée par sa propre fragilité face aux diverses menaces catalanes. Il s’agissait de montrer que se profilait, derrière cet État canadien, un vrai pays, et parfois même le meilleur des pays. Que ne ferait-on pas pour une épithète, au Canada comme en Espagne?

Concédons l’État et le pays. Qu’en est-il de la nation? Nous voici parvenus à l’un de ces carrefours où le débat sur l’identité du Québec rejoint celui sur la nature du Canada. Il serait facile de s’emballer et de ne parler que de cela. Mais résistons, résistons, car selon moi, l’essentiel est ailleurs. La majorité des Canadiens pense que le Canada est une nation. La majorité des Québécois croit que le Québec est une nation. Tous les sondages récents s’entendent sur ces questions. À propos du nombre de nations sur le territoire canadien, le débat est vif: aux partisans du monisme et à ceux de la dualité s’ajoutent les gens qui rappellent que le Canada compte aussi 653 nations autochtones. Dans la foulée du rapport de la Commission vérité et réconciliation du Canada (http://www.trc.ca/websites/trcinstitution/index.php?p=891),le gouvernement de Justin Trudeau a d’ailleurs fait du dialogue de nation à nation et de la réconciliation avec les peuples autochtones l’une de ses priorités les plus essentielles pour les quatre prochaines années. Proposons une autre figure identitaire en guise de compromis: le Canada est un paradis, celui des cogitations sur la nation…

Les diplomates canadiens partent donc à l’étranger avec le portrait officiel de l’État, propageant l’identité bilingue et multiculturelle du pays. On doit à André Laurendeau, mort en juin 1968, le combat spirituel qui a mené à l’avènement du bilinguisme sous la gouverne de Pierre-Elliott Trudeau, le père de notre premier ministre actuel. L’histoire peut parfois être résumée à grands traits: pas de multiculturalisme sans le bilinguisme, et ni l’un ni l’autre sans le rôle historique du Québec en général et de Montréal en particulier. Gérard Bergeron, toujours lui, y revenait inlassablement dans l’ouvrage cité: le Québec est le centre de gravité géographique et historique du Canada. Telle est la beauté de l’affaire et le cœur du problème.

III-Régime parlementaire, monarchie, fédération, démocratie libérale

L’identité politique du Canada passe aussi par le système parlementaire de Westminster, lequel nous rattache au droit public britannique, à la Révolution glorieuse de 1688-1689 et à plusieurs traditions médiévales anglaises. Je dis souvent à mes étudiants que Locke, Burke, Durham, Acton et Mill sont leurs ancêtres. Qui dit parlementarisme britannique s’empresse d’y adjoindre la monarchie constitutionnelle. Depuis les premières heures du régime britannique en 1763, la vie politique au Canada se décline à l’ombre de la monarchie. Et cela ne changera pas de sitôt, car le principe monarchique appartient depuis 1982 aux catégories constitutionnelles dont l’amendement requiert l’unanimité. Sujets de Sa Majesté, nous le sommes et nous le resterons. À moins que…

Depuis 1867, le Canada est une fédération, un regroupement extensible de territoires britanniques en Amérique du Nord. C’est cet anniversaire qui est célébré comme la véritable fondation du pays par le gouvernement dirigé par Justin Trudeau en 2017 (pour un panorama plus global sur les diverses fondations du Canada, voir un texte sur mon blogue, https://guylaforest.com/2016/05/15/reflexions-sur-la-fondation-du-canada/).Nous avons tous appris cela à l’école: au cœur de la doctrine fédérale se trouve le principe de la souveraineté partagée, et l’article 92 de la Loi constitutionnelle de 1867 représente la charte des droits et compétences des provinces. Nos maîtres, au Québec, négligeaient souvent, à tort, l’article 91, qui précisait les pouvoirs de l’État central… Notons au passage que l’étude du fédéralisme est devenue l’un des parents pauvres de notre vie intellectuelle, paradoxe supplémentaire au pays des deux solitudes (au Canada anglophone, la génération des Ronald Watts, Richard Simeon et Peter Leslie n’a pas encore été remplacée; pour un aperçu de la recherche sur le fédéralisme au Québec, voir un livre sous la direction d’Alain-G. Gagnon, Le fédéralisme canadien contemporain (http://www.pum.umontreal.ca/catalogue/le-federalisme-canadien-contemporain), et voir aussi un de mes articles, « The Meaning of Canadian Federalim in Québec : Critical Reflections », Revista d’estudis autonomics i federals,numéro 11, octobre 2010, p.11-56).

Le Canada est aussi une démocratie libérale. À défaut d’y exercer sa souveraineté, quoi qu’en pensent les chantres du trudeauisme de première génération, le peuple y jouit de droits et de protections démocratiques qui ont notamment trait au droit de vote et à la régularité des élections représentatives. La nature libérale du régime, propre au pragmatisme britannique, a été consolidée et altérée depuis 1982 par l’entrée en vigueur de la Charte canadienne des droits et libertés (http://laws-lois.justice.gc.ca/fra/const/page-15.html). Ce document propose un équilibre original entre droits individuels et droits collectifs, permettant au Canada d’être une «société distincte» dans le monde des démocraties libérales. Toutefois, cet équilibre doit s’appliquer de manière symétrique à la grandeur du Canada, y compris au Québec. C’est le pendant rigide et doctrinaire de la noblesse de la Charte.

IV-Décolonisation, résidus impériaux

Jadis, ne l’oublions pas, le Canada fut aussi une colonie. En fait, toute l’histoire du Canada au XXe siècle se résume à un processus lent, graduel et systématique de décolonisation. Les principales étapes furent les suivantes: les conférences de 1897 et 1901 à Londres, où Wilfrid Laurier s’opposa à la reconfiguration centralisée de l’empire; le statut de Westminster en 1931, lequel octroya à l’État canadien la pleine souveraineté pour la politique étrangère et la défense du territoire; l’abolition en 1949 de la procédure d’appel au comité judiciaire du Conseil privé à Londres, faisant ainsi de notre Cour suprême un véritable tribunal de dernière instance; enfin, la réforme de 1982, qui ramena au Canada le plein contrôle sur la formule d’amendement de la Constitution. La boucle était bouclée. Les chapitres impériaux ou coloniaux de notre histoire, selon la perspective, étaient terminés. L’étaient-ils vraiment? Cette lancinante question m’accompagne depuis quelques années, et je voudrais clore cette réflexion sur la nature du Canada en en faisant voir les contours généraux.

Au temps des débats sur la fondation fédérale du Canada, en 1865, John A. Macdonald avait précisé la nature des rapports entre l’empire, le Dominion canadien et les provinces de la fédération. Plus libre que les colonies ne l’avaient été antérieurement, le Dominion n’en demeurait pas moins, sur certaines questions essentielles (l’initiative et la prépondérance dans la coordination politique, la politique extérieure et la défense, les tribunaux, les pouvoirs d’urgence et la suprématie juridique), assujetti à l’autorité de l’empire. Selon lui, les provinces se trouvaient sur les mêmes questions, face au Dominion, dans la même position que celui-ci face à l’empire. En 2017, l’ex-Dominion du Canada, devenu pays complètement indépendant, n’est plus assujetti au principe impérial dans ses relations avec Londres. J’estime toutefois qu’à maints égards, les provinces canadiennes restent dépendantes de ce principe dans leurs rapports avec Ottawa. C’est cette dimension essentielle de notre vie politique qui me semble avoir été négligée par les herméneutes de l’identité ces dernières années, au Canada même comme dans l’Espagne de Luis Moreno et ailleurs dans le monde. Étayons l’argument avec quelques exemples.

Quel principe régit l’organisation du pouvoir judiciaire au Canada? C’est Ottawa, à l’initiative du seul premier ministre fédéral, qui nomme les juges des cours supérieures et d’appel de toutes les provinces, sans oublier les magistrats de la Cour suprême. En la matière, les provinces sont totalement assujetties à l’autorité d’Ottawa. La logique opérationnelle du pouvoir judiciaire est impériale.

Comment fonctionne la coordination fédérale-provinciale au Canada? Le premier ministre de l’État central convoque, sur une base ad hoc, des conférences fédérales-provinciales qu’il est le seul à présider et dont il a la responsabilité de préparer l’ordre du jour. Au pouvoir de 2006 à 2015 Stephen Harper a décidé, de manière totalement arbitraire, de ne convoquer aucune rencontre semblable. Cela appartenait à ses prérogatives. Il est juste de reconnaître que Justin Trudeau a changé cela depuis 2015, en organisant au moins deux rencontres formelles avec ses homologues des provinces et des territoires. Toutefois, comme au temps de Stephen Harper, cela relève de l’ordre des réalités discrétionnaires. Au Canada, la coordination entre les différents gouvernements est encore organisée selon des règles empruntées à la Conférence impériale de la fin du XIXe siècle. Sa logique opérationnelle ne saurait être autre qu’impériale.

De tels résidus impériaux, et il y en a d’autres blottis dans notre droit, ont créé une culture politique, un esprit objectif dans les mœurs bureaucratiques au pays: le gouvernement «senior» se trouve à Ottawa; ses partenaires «junior», autant de succursales, sont les provinces et les territoires. André Laurendeau avait trouvé une fort jolie expression pour décrire les bureaucrates professant une telle idée: les «Outaouais supérieurs»…

V-Conclusion

On l’aura compris, l’identité politique du Canada est fort complexe. Je ne prétends d’ailleurs pas avoir épuisé le sujet. Je ne suis pas entré en dialogue avec la Cour suprême du Canada, laquelle avait donné sa propre réponse en ce qui a trait à l’identité politico-constitutionnelle du pays dans son Renvoi sur la sécession du Québec en 1998, en faisant ressortir une architecture fondée sur quatre principes : fédéralisme, démocratie, constitutionnalisme et primauté du droit, et respect des droits des minorités (http://scc-csc.lexum.com/scc-csc/scc-csc/fr/item/1643/index.do).

Toutefois, en ce début d’année 2017, alors que beaucoup de gens au Canada comme ailleurs dans le monde sont en train de réfléchir au sens de l’expérience politique canadienne (à titre d’exemple, la conférence de l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill sur l’exceptionnalisme canadien, les 9-10 février 2017 (https://www.mcgill.ca/misc/fr),pour mieux la comprendre en elle-même, mais aussi, comme je crois le décoder dans le cas de la propre trajectoire de pensée de mon collègue et ami Luis Moreno en Espagne, pour s’en servir comme exemple pour engager des réformes ou des changements dans leur propre pays, j’ai cru pertinent d’offrir ce tableau complémentaire fondé sur mon propre enracinement et des connaissances accumulées au fil des ans.

What is Canada? Reply to Luis Moreno

The accession to power of Donald Trump in the United States has stimulated a lot of thinking, from journalists and intellectuals around the world, about the differences between the United States and Canada, with a lot of emphasis on the dissimilarities between Trump and the Canadian Prime Minister, Justin Trudeau. Whereas Trump is widely considered as being sexist, militaristic and conservative, moreover hostile to immigration and to scientific approaches with regards to climate change, Trudeau is a self-proclaimed feminist, pacifist, an enthusiastic promoter of multiculturalism, as well as an internationally recognized leader on environmental topics. Recently, a major article appeared in the pages of one of the top newspapers in the United Kingdom, The Guardian, suggesting that Canada may be the first post-national state, without any essential anchoring on matters regarding identity (https://www.theguardian.com/world/2017/jan/04/the-canada-experiment-is-this-the-worlds-first-postnational-country). The British newspaper could certainly base itself on a speech that Justin Trudeau made in London in late November 2015, affirming that diversity is the real foundation of Canada’s strength (http://pm.gc.ca/eng/news/2015/11/26/diversity-canadas-strength). We should note that these discussions occur in 2017, a year in which Canada is dedicating a lot of resources to the celebration of the 150th anniversary of the federal founding of the country (http://canada.pch.gc.ca/eng/1468262573081).

In such a context, it is altogether not too surprising that one of the most widely acclaimed political scientists of Spain and of the world, Luis Moreno, has recently chosen to write about Canada and Justin Trudeau, in a country, Spain, that has been in the last few years as obsessed with the Catalan question as Canada has been, for quite some time, with the Québec question. Moreno is surely right when he writes that the recent elevation of Ahmed Hussen, a refugee born in Somalia in 1975 who arrived in Canada in very difficult circumstances, to the position of federal Minister of Immigration, as a great example of Canada’s leadership in matters of diversity (https://www.academia.edu/30928080/Canad%C3%A1_sin_identidad_se_vive_mejor). For more than twenty-five years scholars such as Keith Banting and Will Kymlicka, in the fields of political science and philosophy, have offered similar leadership with the approaches of the humanities and of the social sciences (see, for instance the “Multiculturalism Index” (http://www.queensu.ca/mcp/home). In his own article, Luis Moreno resists to the usual banalities about the post-national nature of contemporary Canada. Nevertheless, the title given to his article suggests that Canada is a country without roots with regards to identity, something which I consider still untrue as our twenty-first century marches forward. I have thus felt the need to reproduce here, with some efforts at adaptation to the current context, some reflections that have been central to my work on a variety of platforms ever since my arrival in the department of political science at Université Laval in 1988.

II-Colossus of geography, state, nation, bilingual and multicultural country

So let us embark on this journey searching for the identity of Canada. This country is first and foremost a giant of geography, as explained by the late Laval political scientist Gérard Bergeron in his book, Le Canada français après deux siècles de patience (French Canada after two centuries of patience), an essay written for French public opinion around 1967, in the tumultuous times of Charles de Gaulle’s famous trip to Québec and Canada. Indeed Canada is a colossus with around 10 million square kilometers, but it is also a giant with feet of clay, obsessed by its precariousness and its insignificance vis-à-vis the United States of America, the greatest military, economic and cultural power in the history of humankind. The presidency of Donald Trump seems to have revived this sense of vulnerability.

Canada is also an independent state, proud to proclaim its normalcy in the nation-state system that emerged following the Treaty of Westphalia in 1648. All the nonsense about the transformative power of globalization and of information technologies has not displaced the state as primary actor in the international system. Ever since the second Québec sovereignty referendum in 1995, which saw Canada vacillating about the very idea of its existence, the Canadian state has been hyper-active in all multilateral networks. Never has Canada done more to confirm the world of its presence as an independent state as in the past two decades. And over that time frame, no other country has paid more attention to Canada than Luis Moreno’s own Spanish kingdom, obsessed by its own fragility under the various threats coming from Catalonia/Catalunya. The Canadian and Spanish states have worked tremendously hard to obtain, and keep, the recognition of their peers in the world of democratic states.

Beyond the idea that Canada is a colossus of geography, we have so far argued that, beyond doubt, it is a state and a country. Is Canada a nation? We have reached one of those junctures where the question about the nature of Canada meets the question about the nature of Québec. All recent polls here clearly demonstrate that the majority of Canadians consider that Canada is a nation, and that the majority of Quebeckers consider that Québec is also a nation. Things would be made more complex if we investigated about reciprocity in this matter. And things are indeed, infinitely more complex, if we add that 653 aboriginal communities also claim to be nations in Canada. In the aftermath of the Report of the Truth and Reconciliation Commission of Canada, the government of Justin Trudeau has stated that the establishment of a nation-to-nation partnership with the aboriginal peoples of Canada one of its essential priorities for the next four years (http://www.trc.ca/websites/trcinstitution/index.php?p=890). On the matter of nationhood, we could agree on some kind of compromise: Canada is a real paradise for reflections about national identity…

Canadian diplomats thus travel abroad with an official portrait about the nature of the land as a bilingual and multicultural country. We owe to André Laurendeau, who died in early June 1968, the spiritual struggle that led to the establishment of official bilingualism under the first government of Pierre-Elliott Trudeau in 1969. The unfolding of this specific chapter in Canadian history can be synthesized as follows: no multiculturalism in 1971 without bilingualism in 1969, and neither one nor the other without the historical role of Québec in general , of Montréal in particular. Gérard Bergeron never tired of repeating the point in the aforementioned essay: Québec remains the historical and geographical centre of Canada. This is the heart of the matter and the knot of the problem.

III-Parliamentary regime, monarchy, federation, liberal democracy

The political identity of Canada is also unmistakenly connected with the Westminster parliamentary system, which links us to British public law, with the Glorious Revolution of 1688-1689 and with many English medieval traditions since the Magna Carta of 1215. I often repeat to my students that Locke, Burke, Durham, Acton, Dicey, Bagehot and Mill are their true ancestors. The idea of British parliamentarianism is obviously linked with the institution of constitutional monarchy. Ever since the very first hours of the British regime in 1763, Canadian political life is taking place under the shadow of the monarchy. And this is not about to change, for the monarchical principle belongs, since 1982, belongs to the category of matters whose amendment requires unanimous provincial consent. Unless….

Since 1867, Canada is also a federation, an ever-extending grouping of British territories in North America. It is precisely this anniversary that is being celebrated in 2017as the true founding of Canada by the current majority Liberal government led by Justin Trudeau (for a more general discussion about the diverse foundings of Canada, see an entry on my blog (https://guylaforest.com/?s=r%C3%A9flexions+sur+la+fondation+du+Canada). In Québec, we were all learning this at school: at the heart of the federal doctrine is the principle of shared sovereignty, and article 92 of the 1867 constitution represents the charter of the autonomy of provinces. Our teachers tended to neglect article 91, which detailed the vast list of powers of the central government… It is sad to note that the study of federalism has been over the last decade somewhat neglected in Canadian English-speaking universities, a supplementary paradox in the land of the two solitudes (the generation of the late Ronald Watts, Richard Simeon and Peter Leslie has still not been replaced; for a good example of federalism scholarship in Québec , see the book edited by Alain-G. Gagnon, Contemporary Canadian Federalism (http://www.utppublishing.com/Contemporary-Canadian-Federalism-Foundations-Traditions-Institutions.html), and see also one of my articles, “The Meaning of Canadian Federalism in Québec: Critical Reflections”, Revista d’estudis autonomics I federals, number 11, October 2010, p.11-56).

Liberal democracy  also belongs to the heart of Canadian political identity. Although the people fails to be sovereign in this country, whatever the disciples of the first Trudeau may proclaim, citizens have enjoyed liberal rights, and this even before the 1982 constitutional reform, along with juridical guarantees (the safeguards of the rule of law), and other democratic and voting rights. The liberal nature of the regime, connected by British pragmatism, was altered and consolidated by the enshrinement of the Canadian Charter of Rights and Freedoms in 1982 (http://laws-lois.justice.gc.ca/eng/const/page-15.html). This document proposes an original equilibrium between individual and collective rights, as has been argued over the years by political philosophers such as Charles Taylor, Will Kymlicka and James Tully. This special balance distinguishes Canada from the United States in the world of liberal democracies. However, it is a balance that must symmetrically apply to Québec as well as to all other provinces. Such is the rigid and doctrinary side of our otherwise noble Charter of Rights and Freedoms.

IV-Decolonization and imperial remnants

In bygone times, less we forget about this, Canada was also a colony. Actually, the whole history of Canada in the twentieth century can be regarded as a gradual, long and systematic process of quiet decolonization, whose key moments were the following ones: the Colonial Conferences of 1897 and 1901 in London, where Wilfrid Laurier steadfastly opposed the centralized reconfiguration of the Empire; the 1931 Statute of Westminter, which provided the Canadian state with full sovereignty over matters of defence and foreign affairs; the establishment of Canadian citizenship in 1947 and the abolition two years later of the procedure of appeal to the Judiciary Committee of the Privy Council in London, making our Supreme Court the real tribunal of last resort, and, finally, the reform of 1982 which gave Canada  full control of its constitutional amending formula. With this last change, this long chapter appeared to be over. Was it really? This troubling question has preoccupied me for a number of years. Thus, I shall complete this presentation about the nature of Canada with some supplementary comments about it.

In 1865, at the time of our key debates about the federal founding of Canada,  John A. Macdonald had specified what was, in his understanding, the nature of the relationships between the Empire, the Canadian Dominion and the newly established provinces of the federation. Freer than the colonies taken separately had been before, the Dominion remained nevertheless on some key matters (initiative and supremacy in policy coordination, foreign policy and defence, emergency powers and judicial interpretation) subordinate to the authority of the Empire. According to Macdonald provinces were, clearly in similar matters and in many other respects, in the same position of subordination vis-à-vis the Dominion and then vis-à-vis the Empire. In 2017, the former Dominion of Canada, having matured into a fully independent country, has severed all relations of subordination towards London. However, I believe that a similar observation cannot be made with regards to the relations between the provinces and the central government of the Canadian federation (which has taken, lately, the habit of calling itself THE government of Canada). It is this essential dimension of our political life that, according to me, has been neglected by the interpreters of identity in Canada, in Luis Moreno’s Spanish Kingdom and elsewhere in the world.

Which legal principle presides to the organization of the judiciary branch of government in Canada? Considering that Ottawa, at the initiative of the federal Minister of Justice and, ultimately, of the Prime Minister himself, Justin Trudeau, nominates ALL judges of the Superior courts and ALL judges of the appellate courts of all provinces, as well as ALL judges of the Supreme Court, it is logical to deduce that, in the matter, provinces are totally subordinated to the central government. The organizational logic at work is, indeed, imperial.

How does federal-provincial-territorial coordination work in Canada? The Prime Minister of the central state decides, in a purely ad hoc manner, whether or not federal-provincial-territorial should be formally organized. If his or her discretionary judgment leads him or her to do organize such a conference, the agenda is established centrally and unilaterally and, moreover, the federal Prime Minister is the sole president of such conferences. In power between 2006 and 2015, Stephen Harper decided not to organize any of these conferences. This decision also belonged to the realm of his arbitrary capacities. It is only fair to recognize that the new Prime Minister since early November 2015, Justin Trudeau, has organized at least two such conferences, maintaining however all the other administrative dimensions of the institution. In Canada, in the end, coordination between levels of government remains organized following the rules of the imperial conference of the nineteenth century.

These most obvious imperial remnants, along with the others that are hidden at the margins of our legal sphere, have created a political culture, an objective spirit to speak in Hegelian terms, that has penetrated at the heart of the bureaucratic operations of the central state, seeing Ottawa as the only “superior” government, with the provinces seen as its “junior” partners. André Laurendeau in his time had coined a nice expression to summarize such a state of mind; he called the central bureaucrats, “Superior Ottawans”…

V-Conclusion

Readers will have understood that the political identity of Canada is indeed quite complex. Moreover, in no way do I claim to have exhausted the topic. I have not even entered into a dialogue with the Supreme Court of Canada, which gave its own answer about the political and constitutional identity of the country in 1998, in its own Reference on the Secession of Québec (http://scc-csc.lexum.com/scc-csc/scc-csc/en/item/1643/index.do). In this key judgment, the court argued that four principles represented the foundations of such an identity: federalism, democracy, constitutionalism and the rule of law, and finally respect for the rights of minorities.

However, in the first few weeks of 2017, as many people in Canada and elsewhere are preparing to think hard about the meaning of the Canadian political experience (for instance at the February 2017 Conference of the McGill Institute for the Study of Canada in Montréal -https://www.mcgill.ca/misc/events/conference- and at the April 2017 conference of the British Association of Canadian Studies in London -https://britishassociationforcanadianstudies.org/conference/), certainly in order better to understand it for its own sake, but also, as I believe it is the case for my colleague and friend Luis Moreno in Spain, to use it as an example to foster changes in one’s own country, I thought it pertinent to offer the remarks I have presented here, on the basis of my own understanding of and experiences with, the history and politics of Canada.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le parcours de liberté d’une féministe critique et rebelle: Diane Lamoureux à L’Université Laval, 1986-2016

La version anglaise suit la version en langue française/English version follows text in French

I-Introduction

J’approfondis ici, dans ce premier billet sur mon blogue en 2017, l’hommage que j’ai rendu à mon amie et collègue Diane Lamoureux en décembre dernier, alors que le département de science politique de l’Université Laval lors de son souper de Noël soulignait son départ à la retraite, comme celui d’ailleurs d’un de mes meilleurs anciens professeurs, Gérard Hervouet.

II-Hommage à une collègue et amie

Je ne vais pas quantifier bêtement (combien de livres, d’articles, de cours, de thèses dirigées, etc..) la carrière de Diane Lamoureux, mais plutôt donner une idée de sa trajectoire intellectuelle et universitaire d’ensemble. Je commencerai, de manière un peu ironique car Diane Lamoureux, c’est le moins que l’on puisse dire, n’est pas toujours du côté des traditions, par la situer un peu dans les traditions de notre département et de notre faculté.  Il y a quelque vingt-cinq ans, nos collègues Raymond Hudon et Réjean Pelletier publiaient un ouvrage collectif pour honorer la carrière d’un des fondateurs de notre département, Léon Dion. Le titre du livre était le suivant : L’engagement intellectuel : mélanges en l’honneur de Léon Dion (https://www.pulaval.com/produit/lengagement-intellectuel-melanges-en-lhonneur-de-leon-dion). Parler de la carrière de Diane Lamoureux, sur cet horizon, ce sera donc parler des engagements sociaux, politiques et intellectuels d’une féministe radicale dans le Québec d’après la Révolution tranquille et dans le monde. Je ne suis pas sûr, par ailleurs, que Diane Lamoureux reprendrait cette formule du fondateur de la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval, le père dominicain Georges-Henri Lévesque, selon qui la liberté venait aussi de Dieu. Toutefois, je crois qu’elle se retrouverait d’emblée dans cette autre formule de notre fondateur, affirmant la nécessité de lutter conjointement pour la liberté de la culture et pour la culture de la liberté. Je soulignerai ici que dans son dernier livre, Les possibles du féminisme : Agir sans « Nous », Diane Lamoureux définit précisément le féminisme comme étant essentiellement un parcours de liberté (p.10). Cette idée d’un parcours de liberté me semble être le leitmotiv de l’ensemble de la carrière de Diane Lamoureux, laquelle se décline comme un engagement déterminé, théorique mais aussi pratique, pour la liberté des femmes, mais pas uniquement pour elles, pour l’autonomie et contre tous les totalitarismes (notamment avec Hannah Arendt). Liberté, autonomie, libération, émancipation, tels sont les maîtres mots du premier faisceau sémantique, ou registre conceptuel, de l’œuvre de Diane Lamoureux,  que je considère comme un travail exemplaire d’approfondissement de l’inspiration initiale du père Lévesque. Dans ce registre conceptuel, l’œuvre de Diane Lamoureux est l’une des plus belles et des plus fortes produites en sciences sociales à l’Université Laval et dans l’ensemble du Québec au cours des 50 dernières années.

Diane Lamoureux n’en a jamais fait mystère, le lieu d’où elle parle est le féminisme. Elle le dit clairement dans son dernier livre :

 

« Si j’avais à faire un bilan de mes interventions militantes et de mes préoccupations intellectuelles, je dirais que mon ancrage se situe dans le féminisme, un féminisme qui essaie de lutter contre toutes les formes de domination et d’oppression. Cela m’a amenée à militer également dans d’autres lieux que le mouvement des femmes, mais sans jamais perdre de vue les perspectives féministes. » (p.19)

Outre un premier registre conceptuel ou faisceau sémantique autour de la liberté et de l’autonomie, la trajectoire de Diane Lamoureux recèle de mon point de vue au moins quatre autre registres ou faisceaux semblables. Dans un deuxième temps, donc, sur le terrain de la militance sociale, où celles et ceux qui la côtoient reconnaissent ses habiletés de stratège et de tacticienne, faisant preuve d’une clairvoyance redoutable dans l’action. Qui s’y frotte s’y pique! Les mots-clés sur ce terrain sont les suivants : luttes, tensions, combats, affrontements, opposition, contestation rébellions, révoltes, dissidences. Dans un troisième temps, dans le contexte de ses réflexions et de ses pratiques autour de la démocratie, dans un champ où en disciple d’Hannah Arendt elle a cherché à cerner le sens du jugement, de la raison, en contexte politique. Les mots-clés dans ce champ sont les suivants : démocratie, citoyennes/citoyens, engagement, sphère publique, agir ensemble, représentation, délibération, participation. Dans un quatrième temps, autour de ses propres perspectives indignées comme citoyenne et comme être humain, toujours de mauvaise humeur devant l’injustice sous toutes ses formes. Les mots-clés sur cet horizon sont les suivants : exploitation, oppression, répression, marginalisation, absence de pouvoir, violence, sexisme, racisme, discrimination, autoritarisme, totalitarisme, impérialisme, colonialisme. Et puis, de manière plus englobante, comme professeure d’université, Diane Lamoureux a travaillé plus de trois décennies en science politique, à partir de son ancrage dans un féminisme critique, radical et rebelle. Les mots-clés de son engagement professoral sont les suivants : pensée politique, philosophie et théorie politiques, histoire intellectuelle, histoire des idées politiques, études des mouvements sociaux, féminisme, théorie critique. Comme théoricienne/historienne des idées politiques ancrée dans le féminisme, Diane Lamoureux s’intéresse à un très vaste éventail de théoriciennes et de militantes, de Christine de Pizan, à Simone de Beauvoir et Idola Saint-Jean, de Rosa Luxembourg à Hannah Arendt et Françoise Collin, sans négliger les travaux récents des Carole Pateman, Nancy Fraser et Iris Marion Young. Les citations qui suivent donnent un aperçu de la pertinence contemporaine, de la sensibilité et de l’humanité profonde de ses réflexions :

III-Citations

« Notre propre « printemps érable » au Québec a d’abord été un printemps, c’est-à-dire une saison des renouveaux, où une partie de la jeunesse québécoise a proclamé « nous sommes avenir » et a fait un accroc majeur non seulement à la gangue néolibérale qui nous étouffe, mais surtout à la torpeur qu’entretient la classe politique. » (Faire place à l’avenir, p.26)

« Arendt peut aussi nous inspirer avec son principe de pluralité. Celui-ci ne renvoie pas qu’au pluralisme des idées ou qu’au relativisme des valeurs, mais à la capacité de chacun et de chacune de penser et de prendre sa responsabilité à l’égard du monde tout en tenant compte du fait que nous ne sommes pas seuls à l’habiter et que c’est avec nos semblables, et non à leur encontre, qu’il importe de le façonner. La pluralité nous invite à cultiver autant l’esprit de la rébellion que celui de la discussion. Elle invite à penser par soi-même, sans se contenter du prêt-à-penser, mais aussi à argumenter et à écouter ce que les autres ont à nous apporter. » (Faire place à l’avenir, p.27).

« C’est en expérimentant concrètement le plaisir de l’action concertée et en voyant l’enrichissement que cela apporte à nos vies que nous serons à même de soutenir l’intérêt pour le politique. Utopie? La démocratie est une construction qu’il faut reprendre sans cesse, nécessairement imparfaite et inachevée. Mais le rêve permet de ne pas se contenter du médiocre. » (Renouveler la culture politique, p.22).

« Lutte contre les différentes formes d’assujettissement, promotion de l’autonomie individuelle et collective des femmes, dénonciation des injustices, revendication de droits, le féminisme ne peut se contenter de faire inclure des femmes au sein des élites et constitue, aujourd’hui comme hier, un projet révolutionnaire. Rien de ce qui concerne le vivre ensemble des êtres humains ne lui est étranger. »  (Les possibles du féminisme, p.10).

IV-Conclusion

Les machos de l’ordre patriarcal encore établi, les forces anonymes du marché, les classes dominantes, anciennes et nouvelles, n’ont qu’à bien se tenir. La militante Diane Lamoureux, appuyée sur sa pensée rebelle et dorénavant émancipée de sa charge de travail universitaire, sera de toutes les luttes citoyennes, comme théoricienne du féminisme radical, praticienne de la démocratie directe, solidaire de celles et ceux qui résistent dans la société contemporaine, toujours aussi fougueuse pour dénoncer la criminalisation de la contestation, la culture du viol sous toutes ses formes, la pathologisation des marges.

La pensée de Diane Lamoureux? Un féminisme de liberté, rebelle et critique, et un imaginaire d’espoir, dans un monde toujours plus complexe qui a bien besoin et de l’un et de l’autre en 2017. Le dernier mot lui appartient :

« Ainsi, tel Virgile pour Dante, Hannah Arendt peut nous aider à trouver notre voix et à explorer des voies de changement, à développer un langage et des outils pour nous orienter dans un monde dont il est encore possible de faire émerger la beauté en dépit des ravages de nombreux systèmes d’oppression. Chaque fois que nous pensons et agissons ensemble, si minuscules que soient les espaces que nous dégageons, nous créons une part d’humanité qu’il nous incombe de laisser se déployer » (Faire place à l’avenir, p.27).

 

V-Suggestions bibliographiques

Voir d’abord la page de Diane Lamoureux sur le site du département de science politique de l’Université Laval : https://www.pol.ulaval.ca/?pid=225

I-Sélection de livres :

Les possibles du féminisme : agir sans « Nous », Les éditions du remue-ménage, Montréal, 2016, 277 p.

 Le trésor perdu de la politique : espace public et engagement citoyen, Ecosociété, Montréal, 2013, 112 p.

Pensées rebelles : autour de Rosa Luxembourg, Hannah Arendt et Françoise Collin, Les éditions du remue-ménage, Montréal, 2010, 200 p.

L’amère patrie : féminisme et nationalisme dans le Québec contemporain, Les éditions du remue-ménage, Montréal, 2001, 181 p. Disponible en ligne sur le site des Classiques des sciences sociales, http://classiques.uqac.ca/contemporains/lamoureux_diane/entre_feminisme_nationalisme/entre_feminisme_nationalisme.html

Diane Lamoureux et Michel Duquette, Les idées politiques de Platon à Marx, Presses de l’Université de Montréal, Montréal, 1993, 480 p.

Citoyennes? Femmes, droit de vote et démocratie, Les éditions du remue-ménage, Montréal, 1989, 195 p.

Fragments et collages : essai sur le féminisme québécois des années 70, Les éditions du remue-ménage, Montréal, 1986.

II-Sélection d’articles et de chapitres

Faire place à l’avenir, Relations, numéro 784, p.26-27. (Accessible en ligne via le portail érudit (https://www.erudit.org/

« Retrouver la radicalité du féminisme, Possibles, XXXVIII (1),été 2014, p.57-70; en ligne, http://redtac.org/possibles/files/2014/07/vol38_no1_s1p1_Lamoureux.pdf

« Renouveler la culture politique »,Relations, numéro 756, 2012, p.20-22. (Accessible en ligne via le portail érudit https://www.erudit.org/

« Le féminisme comme théorie critique en histoire des idées politiques », dans Dalie Giroux et Dimitrios Karmis (dir.), Ceci n’est pas une idée politique, Presses de l’Université Laval, Québec, 2013, p.313-330.

« Féminisme et démocratie libérale : un rapport paradoxal, dans Martin Breaugh et Francis Dupuis-Déri (dir.), La démocratie au-delà du libéralisme : perspectives critiques, Athéna, Montréal, 2009, p.139-157.

The freedom journey of a critical and rebel feminist : Diane Lamoureux at Université Laval, 1986-2016

I-Introduction

I seek to deepen here, as I make the first entry of the new year on my blog, a tribute I paid to my colleague and friend Diane Lamoureux a month ago, upon the occasion of the Christmas dinner held by the community (faculty and staff) of Université Laval’s  department of political science, marked by the retirement of Professor Lamoureux and by the one as well of one of the best of my former teachers, Gérard Hervouet.

II-Homage to a colleague and friend

I am not going to quantify mechanically (how many books, articles, supervised theses, etc…) Diane Lamoureux’s career. Rather, I shall attempt to provide a comprehensive overview of her academic and intellectual trajectory. I shall begin in a somewhat ironical manner by placing her work in the context of the traditions of our department of political science and of our faculty of social sciences, for Diane Lamoureux, it is a strong understatement to say so, is infrequently in favour of upholding traditions. Some twenty-five  years ago two of our colleagues, Raymond Hudon and Réjean Pelletier, edited a book to honour one of the founders of our department, Léon Dion. The title of the book was as follows: L’engagement intellectuel: mélanges en l’honneur de Léon Dion (https://www.pulaval.com/produit/lengagement-intellectuel-melanges-en-lhonneur-de-leon-dion). Characterizing Diane Lamoureux’s career on such a horizon thus requires to speak about the social, political and intellectual engagements of a radical feminist in post-Quiet Revolution Québec and in the world. Besides, I am not sure Diane Lamoureux would claim as her own this formula of the founder of our faculty of social sciences, Dominican Father Georges-Henri Lévesque, when he said that freedom also comes from God. However, I believe she would be more comfortable with another expression of our founder, when he affirmed the necessity of struggling jointly for the freedom of culture and for the culture of freedom. In her last book, “Les possibles du féminisme: agir sans “nous””, Diane Lamoureux precisely defines feminism as a journey towards freedom (p.10). I consider this idea of a journey of freedom as the leitmotiv of Diane Lamoureux’s whole career, considered as a determined engagement, theoretical as well as practical, for the freedom of women, but also for the liberty of all human beings, for the promotion of autonomy against all totalitarianisms (on the side, among others, of Hannah Arendt). Freedom, autonomy, liberation, emanc ipation, those are the key words forming the first major conceptual cluster in the political thought of Diane Lamoureux, that I regard as an exemplary deepening of the initial inspiration of our founder. In the constellation of this conceptual cluster, her work stands on top of everything that has been produced in our university, and across Québec, in the last 50 years.

Diane Lamoureux has always made crystal clear that feminism is  the place from which she is speaking. She says so explicitly in her last book:

« Si j’avais à faire un bilan de mes interventions militantes et de mes préoccupations intellectuelles, je dirais que mon ancrage se situe dans le féminisme, un féminisme qui essaie de lutter contre toutes les formes de domination et d’oppression. Cela m’a amenée à militer également dans d’autres lieux que le mouvement des femmes, mais sans jamais perdre de vue les perspectives féministes. » (p.19)

« If I had to make a summary of my activities as a militant and of my intellectual preoccupations, I would say that my anchor has been in the contours of feminism, a feminism that attempts to struggle against all forms of domination and oppression. This has led me to become involved in other battles than the fight on behalf of women, but while never forgetting feminist perspectives.”

Beyond a first conceptual cluster around notions such as liberty and autonomy, I believe that Diane Lamoureux’s career has contained at least four other such clusters. The second cluster belongs to the world of social activism, where most people acting with her recognize her lucidity as a strategist and as a tactician, always extremely clearsighted. Those who happened to be on her path paid the price! The key words on this terrain are as follows: struggles, tensions, fights, combats, opposition, contestation, rebellions, dissent. The third cluster deals with the contexts of her reflections and of her practices around democracy, in a field where, as a disciple of Hannah Arendt, she has attempted to decipher the meaning of judgment, of practical reason. The key words in this configuration are the following ones: democracy, citizenship, citizens, engagement, public sphere, acting together, representation, deliberation, participation. The fourth cluster belongs to the universe of her sense of indignation, as a citizen and as a human being,  always in a bad mood when confronting injustice in all its forms. The key words on this horizon are the following ones: exploitation, oppression, repression, marginalization, powerlessness, violence, sexism, racism, discrimination, authoritarianism, totalitarianism, imperialism, colonialism. Finally, to sum it all,  Diane Lamoureux has labored for more than three decades in the academic discipline of political science, from the faithful perspective of her anchor in a critical, radical and rebellious feminism. The key words or expressions of her academic engagement have been the following ones: political theory, political philosophy, intellectual history, history of political ideas, feminism, critical theory. As a theoretician and a historian of political ideas, she has been involved with the thought and practices of vast array of historical figures, from Christine de Pizan to Idola Saint-Jean and Simone de Beauvoir, from Rosa Luxemburg to Hannah Arendt and Françoise Collin, without neglecting the recent works of Carole Pateman, Nancy Fraser and Iris Marion Young. The following quotes, hopefully, will  provide readers with a glimpse of the contemporary relevance of her work, of its sensibility and of its profound humanity:

 

 

 

III-Quotes

« Notre propre « printemps érable » au Québec a d’abord été un printemps, c’est-à-dire une saison des renouveaux, où une partie de la jeunesse québécoise a proclamé « nous sommes avenir » et a fait un accroc majeur non seulement à la gangue néolibérale qui nous étouffe, mais surtout à la torpeur qu’entretient la classe politique. » (Faire place à l’avenir, p.26)

« Arendt peut aussi nous inspirer avec son principe de pluralité. Celui-ci ne renvoie pas qu’au pluralisme des idées ou qu’au relativisme des valeurs, mais à la capacité de chacun et de chacune de penser et de prendre sa responsabilité à l’égard du monde tout en tenant compte du fait que nous ne sommes pas seuls à l’habiter et que c’est avec nos semblables, et non à leur encontre, qu’il importe de le façonner. La pluralité nous invite à cultiver autant l’esprit de la rébellion que celui de la discussion. Elle invite à penser par soi-même, sans se contenter du prêt-à-penser, mais aussi à argumenter et à écouter ce que les autres ont à nous apporter. » (Faire place à l’avenir, p.27).

« C’est en expérimentant concrètement le plaisir de l’action concertée et en voyant l’enrichissement que cela apporte à nos vies que nous serons à même de soutenir l’intérêt pour le politique. Utopie? La démocratie est une construction qu’il faut reprendre sans cesse, nécessairement imparfaite et inachevée. Mais le rêve permet de ne pas se contenter du médiocre. » (Renouveler la culture politique, p.22).

« Lutte contre les différentes formes d’assujettissement, promotion de l’autonomie individuelle et collective des femmes, dénonciation des injustices, revendication de droits, le féminisme ne peut se contenter de faire inclure des femmes au sein des élites et constitue, aujourd’hui comme hier, un projet révolutionnaire. Rien de ce qui concerne le vivre ensemble des êtres humains ne lui est étranger. »  (Les possibles du féminisme, p.10).

Note that I am not providing here complete translations of these quotes. However, here are translations of the last sentences of the two penultimate quotes:

“Utopia? Democracy is but a construction that should be regularly renewed, necessarily imperfect and unfinished. The idea of such a dream is that we should never content ourselves with mediocrity…. Today as yesterday, feminism remains a revolutionary project. Nothing that pertains to the common life of human beings is stranger to it.

IV-Conclusion

The machistas of the perennially established order, the anonymous forces of the market, the dominant classes, old and new, have been duly warned. Diane Lamoureux, the forceful militant, anchored in the rebelliousness of her thought, and moreover liberated from her teaching and other academic obligations, shall be present in all struggles involving citizenship issues, both as a theoretician of radical feminism and as a practitioner of radical democracy, in solidarity with all those who resist in contemporary society, denouncing passionately the criminalization of contestation, the culture of rape in all its forms, the pathologization of margins.

The political thought of Diane Lamoureux? A feminism of freedom, at once rebellious and critical, and a social imaginary of hope, in a world ever more complex that requires both, now more than ever in 2017. She should have the last word:

« Ainsi, tel Virgile pour Dante, Hannah Arendt peut nous aider à trouver notre voix et à explorer des voies de changement, à développer un langage et des outils pour nous orienter dans un monde dont il est encore possible de faire émerger la beauté en dépit des ravages de nombreux systèmes d’oppression. Chaque fois que nous pensons et agissons ensemble, si minuscules que soient les espaces que nous dégageons, nous créons une part d’humanité qu’il nous incombe de laisser se déployer » (Faire place à l’avenir, p.27).

« Thus, as Virgil did for Dante, Hannah Arendt can help us to find our own voice and to explore avenues of change, to develop a language and tools capable of orienting us in a world where it remains possible to act so as to facilitate the emergence of beauty, despite the ravages of numerous systems of oppression. Each time that we think and act together, however minuscule the spaces we liberate may appear, we do create a part of humanity whose duty of ours it is to encourage its deployment.”

V-Bibliographical orientation

`Readers should first go to Diane Lamoureux’s personal homepage, on the website of Laval’s department of political science : https://www.pol.ulaval.ca/?pid=225

I-A selection of books :

Les possibles du féminisme : agir sans « Nous », Les éditions du remue-ménage, Montréal, 2016, 277 p.

 Le trésor perdu de la politique : espace public et engagement citoyen, Ecosociété, Montréal, 2013, 112 p.

Pensées rebelles : autour de Rosa Luxembourg, Hannah Arendt et Françoise Collin, Les éditions du remue-ménage, Montréal, 2010, 200 p.

L’amère patrie : féminisme et nationalisme dans le Québec contemporain, Les éditions du remue-ménage, Montréal, 2001, 181 p. Available on line, http://classiques.uqac.ca/contemporains/lamoureux_diane/entre_feminisme_nationalisme/entre_feminisme_nationalisme.html

Diane Lamoureux et Michel Duquette, Les idées politiques de Platon à Marx, Presses de l’Université de Montréal, Montréal, 1993, 480 p.

Citoyennes? Femmes, droit de vote et démocratie, Les éditions du remue-ménage, Montréal, 1989, 195 p.

Fragments et collages : essai sur le féminisme québécois des années 70, Les éditions du remue-ménage, Montréal, 1986.

II-A selection of articles and chapters

Faire place à l’avenir, Relations, numéro 784, p.26-27. (Available on line via the Erudit platform, (https://www.erudit.org/

« Retrouver la radicalité du féminisme, Possibles, XXXVIII (1),été 2014, p.57-70; on line, http://redtac.org/possibles/files/2014/07/vol38_no1_s1p1_Lamoureux.pdf

« Renouveler la culture politique »,Relations, numéro 756, 2012, p.20-22. (Available on line via the érudit platform, https://www.erudit.org/

« Le féminisme comme théorie critique en histoire des idées politiques », in Dalie Giroux and Dimitrios Karmis (dir.), Ceci n’est pas une idée politique, Presses de l’Université Laval, Québec, 2013, p.313-330.

« Femenismos singulares y femenismos plurales », in Patricia Batista Rodriguez y Carla Rodriguez Gonzalez, Nacion, diversidad y genero: perspectivas criticas, Anthropos Editorial, Barcelona, 2010, p.41-63.

“The Paradoxes of Québec Femenism”, in Stéphan Gervais, Christopher Kirkey and Jarrett Rudy (ed.), Québec Questions, Oxford University Press, Oxford, 2010.

« Féminisme et démocratie libérale : un rapport paradoxal, in Martin Breaugh and Francis Dupuis-Déri (dir.), La démocratie au-delà du libéralisme : perspectives critiques, Athéna, Montréal, 2009, p.139-157.

 

 

 

Le moment autochtone en politique canadienne

La version en langue anglaise suit/Version in the English language follows

Je souhaite développer dans ce billet l’idée voulant que l’accession de M. Justin Trudeau à la fonction de Premier Ministre du Canada à l’automne 2015 inaugure une nouvelle ère dans la politique du pays, que j’appellerai tout simplement le moment autochtone. J’ai vraiment pris conscience de cette réalité à la fin mai 2016 à Calgary, alors que je participais à une activité organisée conjointement par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSHC) et par la Fédération des sciences humaines du Canada, dans le cadre du programme « Imaginer l’avenir du Canada/Imagining Canada’s Future ». L’activité prenait la forme d’une grande question : « Quels effets la quête de ressources naturelles et d’énergie aura-t-elle sur la société canadienne et la place qu’occupe le Canada à l’échelle mondiale? » (http://www.sshrc-crsh.gc.ca/society-societe/community-communite/ifca-iac/02-natural_resources-ressources_naturelles-fra.aspx). Avant d’aller plus loin dans le rappel du sens de cette activité, voici quelques remarques sur le contexte contemporain en politique canadienne, de même que sur la situation globale de la problématique autochtone au Canada et dans le monde.

Durant la campagne électorale menant à la formation d’un gouvernement majoritaire par le Parti libéral du Canada à l’automne 2015 le chef de ce parti, M. Justin Trudeau, répéta souvent que s’il était élu, il ferait du processus de réconciliation de nation à nation avec les peuples autochtones du Canada l’une des principales priorités de son gouvernement. Dans le Discours du Trône lu par le Gouverneur-Général du Canada, M. David Johnston, le 3 décembre 2015, le sérieux des intentions de M. Trudeau est confirmé dans le passage qui suit :

« La force du Canada réside entre autres dans nos expériences communes, dans la diversité qui inspire notre pays et le monde, et dans la façon dont nous nous traitons mutuellement. Parce qu’il s’agit de la bonne marche à suivre et aussi d’une façon de stimuler la croissance économique, le gouvernement rétablira la relation de nation à nation entre le Canada et les peuples autochtones, une relation fondée sur la reconnaissance des droits, le respect, la coopération et le partenariat. Entre autres mesures, le gouvernement collaborera à la mise en œuvre des recommandations de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, lancera une enquête sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, et travaillera avec les Premières Nations afin que chaque enfant d’une Première Nation reçoive une éducation de qualité » (http://discours.gc.ca/sites/sft/files/discours_du_trone.pdf).

Cette orientation précise donnée à la politique canadienne survient quelque 10 ans après l’adoption de la Déclaration des Nations-Unies sur les droits des peuples autochtones (http://www.un.org/esa/socdev/unpfii/documents/DRIPS_fr.pd), déclaration à laquelle l’ancien gouvernement fédéral canadien, dirigé par M. Stephen Harper, adhéra en 2010. Cela se produit aussi en relation de cohérence avec la reconnaissance des droits ancestraux et issus de traités des peuples autochtones du Canada dans la Loi constitutionnelle de 1982 (articles 25 et 35), laquelle enchâssait dans la loi fondamentale des principes que la Cour suprême du Canada avait commencé à élaborer dans l’arrêt Calder en 1973, donnant ainsi un sens contemporain aux obligations fiduciaires de la Couronne britannique et de celle du Canada envers les peuples autochtones découlant directement de la Proclamation Royale britannique de Georges III en 1763.

Dans le cadre de son programme de subventions permettant de faire la synthèse de connaissances dans un domaine donné, le CRSHC avait soutenu dans les mois précédant le congrès de Calgary les projets d’une vingtaine de chercheurs qui seraient éventuellement rassemblés pour un forum national d’une journée, structuré autour des rapports des auteurs et rendu dynamique par une série de conférences en plénière. À titre de président-élu de la Fédération des sciences humaines du Canada, on me demanda donc le premier juin 2016 de faire la synthèse des travaux de la journée. Les paragraphes qui suivent résument cet effort. Après cette synthèse, j’essaierai d’ajouter des dimensions philosophiques, historiques, politiques et scientifiques utiles pour la compréhension des particularités de l’actuel moment autochtone en politique canadienne.

Éléments de réflexion et de synthèse au terme du forum national de Calgary

Les activités organisées tout au long de la journée sur la base des différentes études produites par des chercheures et chercheurs financés par le CRSHC peuvent être résumées, selon les notes que j’ai pu prendre dans les différents ateliers et lors des plénières, en faisant ressortir les dimensions suivantes :

1-Tout le monde s’entend pour insister sur la nécessité de travailler en s’appuyant sur des principes normatifs clairs et cohérents. Dans le contexte historique et politique contemporain du Canada, l’orientation normative suivante s’est imposée tout au long de la journée : nous devons absolument partager les terres de ce pays dans le respect, de façon consensuelle et responsable, et tout cela à la lumière de l’hospitalité dont ont fait preuve pendant de nombreux siècles les peuples autochtones au Canada et partout en Amérique. On trouve une belle réflexion sur cet enjeu fondamental qu’est l’hospitalité dans le livre du philosophe basque et espagnol, Daniel Innerarity (https://www.pulaval.com/produit/ethique-de-l-hospitalite).

2-Comme Alain-G. Gagnon et Jean-Charles St-Louis viennent de le rappeler dans leur livre sur les conditions du dialogue dans le Québec d’aujourd’hui,  il peut parfois être ardu de réunir toutes les préconditions pour un dialogue fructueux entre des partenaires, particulièrement lorsqu’existent de très grandes asymétries de pouvoir entre elles et entre eux (https://www.quebec-amerique.com/livres/collections/biographies-idees/debats/les-conditions-du-dialogue-au-quebec-2228.htm). Dans un tel contexte néanmoins, il faut résister aux dichotomisations et aux simplifications monolithiques qui opposeraient d’un côté une Autochtonéité en quelque sorte esssentialisée, et de l’autre côté l’Occident, la Couronne ou tout simplement le Canada. Un véritable dialogue fructueux entre les partenaires au Canada doit commencer par la reconnaissance de la diversité interne, du pluralisme intrinsèque aux uns et aux autres.

3- Sur toutes les questions environnementales, à propos des réflexions sur les changements climatiques et les diverses sources énergétiques nous aurions toutes et tous intérêt, nous les citoyennes et citoyens de ce pays, à exiger la collaboration réelle et suivie de la part de l’ensemble de nos gouvernements, que ce soit à l’échelle autochtone, fédérale, provinciale, territoriale ou municipale. Il est totalement inadmissible que ces gouvernements puissent s’ignorer les uns les autres.

4-Nous devons absolument être irréprochables à propos des faits. Sur l’ensemble des questions à l’ordre du jour du forum national, les titulaires des subventions sur le développement des connaissances du CRSHC ont montré que les meilleures recherches doivent bien faire ressortir toutes les informations pertinentes, en fournissant des éclairages à la société et en préparant le terrain pour des politiques publiques judicieuses. Sur la base des notes colligées lors de différentes séances, je fournirai deux exemples de tout cela. La professeure Paule Halley, de la Faculté de Droit de l’Université Laval, a établi qu’il y avait 14 régimes distincts en matière de droit forestier au Canada, sans tenir compte des différents régimes légaux liant les peuples autochtones. Quant à Bonnie Campbell et à ses collègues de la Faculté de Droit et de Science Politique de l’UQAM, elles ont montré que ce qui caractérisait l’industrie minière, c’était une certaine forme d’absence sélective de l’État, peu importe que l’on se situe à l’échelle fédérale, provinciale ou territoriale. Dans le contexte de très fortes asymétries de pouvoir, cela mène trop souvent selon elles à des décisions qui, la plupart du temps, s’éloignent des intérêts des communautés locales et autochtones.

5-Nous nous devons d’être modestes. Comme le rappela la Juge-en-Chef de la Cour suprême du Canada lors de sa propre intervention dans le cadre de la série Voir Grand à Calgary, le 30 mai 2016, le parcours du Canada vers davantage de réconciliation et de reconnaissance est loin d’être achevé. Selon elle, un tel parcours passe nécessairement par le renforcement d’une culture de l’inclusion dont les premiers linéaments doivent être jetés par les citoyennes et les citoyens sur une base individuelle, avant que l’on passe aux communautés, aux diverses associations de la société civile, et finalement avant de rejoindre tous les paliers de nos institutions gouvernementales (parlements, conseils des ministres et tribunaux).

Dans une des séances consacrées à la pensée politique lors des rencontres organisées par l’Association canadienne de science politique à l’occasion du congrès de Calgary Afsoun Afsahi, une étudiante au doctorat à l’Université de la Colombie-britannique (UBC), en s’appuyant à la fois sur les théories normatives et sur les méthodes quantitatives, a finement exploré l’ensemble des préconditions menant à des délibérations réussies. Au-delà des conditions formelles, explorées par exemple par le philosophe allemand Jürgen Habermas, elle a insisté sur l’importance d’une volonté réciproque préalable à délibérer. Tandis que de son côté Friderike Spang, également étudiante au doctorat mais dans son cas à l’Université Western (London, Ontario), travaillant également dans le domaine de la démocratie délibérative, s’est penchée sur l’identification et la compréhension des divers éléments menant à des compromis équitables. Bien qu’elle en soit demeurée à des considérations théoriques, sa réflexion n’était pas sans rappeler l’extraordinaire vitalité de la sphère politique allemande sur toutes ces questions, particulièrement à l’échelle des grands partis politiques fédéraux. Au lendemain d’élections fédérales par exemple, on entend souvent parler de la capacité à faire des compromis et de la volonté en la matière des différents partis. La langue allemande se sert du mot suivant pour résumer tout cela : « Kompromissfähigkeit ». Au Canada, dans les délibérations des différents partenaires avec les peuples autochtones, une telle capacité sera bien nécessaire, et nous aurions intérêt à mieux étudier la culture politique de la République fédérale allemande à cet égard.

Le CRSHC et la Fédération font des choses extraordinaires ensemble, tout au long de l’année, et en particulier durant le congrès annuel. Cela inclut des forums comme celui d’aujourd’hui sur l’énergie et les ressources naturelles, la série de conférences Voir Grand, sur la colline parlementaire à Ottawa, lors du congrès et partout au pays, le Programme d’aide à l’édition savante, généreusement financé par le CRSHC, lequel appuie plus d’une centaine de livres par année depuis quelque 75 ans, sans oublier les Prix du Canada qui récompensent les meilleurs livres et le formidable concours « J’ai une histoire à raconter », lequel donne la parole à 25 étudiantes et étudiants parmi les meilleurs qui obtiennent l’appui du CRSHC. Partenaires dans le passé et le présent, les deux organismes le seront aussi dans la durée.  À court terme, cela prendra la forme de l’opérationnalisation des nouveaux plans stratégiques du CRSHC et de la Fédération, couvrant la période 2016-2020.

Le CRSHC et la Fédération travailleront donc ensemble sur la route inachevée de la réconciliation avec les peuples autochtones du Canada. Appuyant les réflexions de la Juge-en-Chef de la Cour suprême du Canada Beverley McLachlin dans sa conférence de Calgary (http://congres2016.ca/programme/evenements/McLachlin), le philosophe québécois de l’Université McGill, Charles Taylor, rappelle souvent que dans ce voyage de la réconciliation et de la reconnaissance, il faut trouver une formule honorable pour toutes les couches de la diversité profonde du Canada, pour refléter les dimensions bilingue, fédérale, multiculturelle et plurinationale de notre communauté.

Quand un gouvernement choisit d’établir une priorité, dans les symboles comme dans l’orientation des politiques publiques, le reste du système politique continue de s’activer. Quel sera le sens du moment autochtone en politique canadienne pour le fédéralisme? Contrairement à son prédécesseur Stephen Harper, Justin Trudeau est parvenu en quelques mois à rétablir le dialogue et à tenir des rencontres régulières avec les dirigeants des provinces et des territoires. Ceux-ci d’ailleurs, tiendront la réunion du Conseil de la Fédération à Whitehorse, au Yukon, de 20 au 22 juillet 2016 (http://www.pmprovincesterritoires.ca/fr/). Souhaiteront-ils aborder l’actualité de la question autochtone? Justin Trudeau, quant à lui, y a fait référence de manière oblique dans un important discours prononcé à Londres en décembre 2015, lorsqu’il a proclamé que la diversité constitue la principale force du Canada tout en insistant principalement sur l’expérience de l’immigration (http://pm.gc.ca/fra/nouvelles/2015/11/26/la-diversite-force-du-canada). Au Canada, la politique des symboles, c’est l’affaire de la Ministre du Patrimoine canadien, Madame Mélanie Joly. Elle est responsable de tout ce qui entoure l’identité canadienne et les langues officielles, y compris la préparation des commémorations du 150e anniversaire de la fédération canadienne en 2017 (http://www.pch.gc.ca/fra/1266037002102/1265993639778#). Le rendez-vous de 2017 interpellera aussi la société distincte québécoise approfondissant son propre projet national. On surveillera avec intérêt le positionnement du gouvernement de Philippe Couillard face au moment autochtone en politique canadienne. Toutes ces questions interpellent directement le travail d’une équipe de recherche à laquelle je suis fier d’appartenir, le Groupe de recherche sur les sociétés plurinationales (GRSP), dirigé à partir de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) par Alain-G. Gagnon, et en particulier nos collègues Geneviève Motard et Martin Papillon, spécialistes en droit et en science politique des questions autochtones. J’aurai l’occasion de revenir sur le travail du GRSP dans un prochain billet.

Guy Laforest, MSRC

Président-élu, Fédération des sciences humaines du Canada

Professeur titulaire, département de science politique de l’Université Laval

Guy.Laforest@pol.ulaval.ca

The aboriginal moment in Canadian politics

I wish to argue, in this entry, that the election of Mr. Justin Trudeau as Prime Minister on October 19, 2015, represents the dawn of a new era in Canadian politics, which I shall call, in its simplest form, Canada’s aboriginal moment. I really became conscious of this reality in late May 2016, as I attended a national forum jointly organized by the Humanities and Social Sciences Research Council of Canada (SSHRC) and by the Humanities and Social Sciences Federation of Canada. The event was part of the Imagining Canada’s Future/Imaginer l’avenir du Canada’s series, and it seeked to answer one fundamental question :What effects will the quest for energy and natural resources have on our society and our position on the world stage? (http://www.sshrc-crsh.gc.ca/society-societe/community-communite/ifca-iac/02-natural_resources-ressources_naturelles-eng.aspx).

During the electoral campaign that led to the forming of a majority government by the Liberal Party of Canada, the leader of the party, Mr. Justin Trudeau, often said that nation-to-nation reconciliation with the aboriginal peoples of Canada would be a top priority of a Liberal government. The Throne speech delivered by Governor-General David Johnston on December 3, 2015, delivered on this promise. The speech included the following passage :

« As a country we are strengthened in many ways by our shared experiences, by the diversity that inspires both Canada and the world, and by the way we treat each other. Because it is both the right thing to do and a certain path to economic growth, the Government will undertake to renew, nation-to-nation, the relationship between Canada and Indigenous peoples, one based on recognition of rights, respect, co-operation and partnership. Among other measures, the Government will work co-operatively to implement recommendations of the Truth and Reconciliation Commission of Canada, will launch an inquiry into missing and murdered Indigenous women and girls, and will work with First Nations so that every First Nations child receives a quality education » (http://speech.gc.ca/sites/sft/files/speech_from_the_throne.pdf).

This firm direction is formulated about a decade after the adoption by the United Nations of the Declaration on the Rights of Indigenous Peoples (http://www.un.org/esa/socdev/unpfii/documents/DRIPS_en.pdf), to which the federal government of Canada adhered in 2010. This orientation is also coherently related with the recognition of the aboriginal and treaty rights of Indigenous peoples in sections 25 and 35 of the Constitution Act, 1982. Since 1973, in the Calder case, the Supreme Court of Canada had started to recognize the legality of the obligations between the British and Canadian Crowns on one side, aboriginal peoples on the other, following the British Royal Proclamation of 1763.

The various activities organized throughout the day around the work of SSHRC supported scholars who had answered relevant questions, in the weeks preceding the meeting in Calgary, after having received knowledge synthesis grants, can be summarized in the following points (after having listened to a numbers of speeches and panels).

1-There is a need for normative principles. In the current Canadian historical and political contexts, the following principles stood out during the day: we need to share the land consensually, respectfully, responsibly, in light of long-standing aboriginal hospitality in Canada and throughout the Americas for many centuries. Some excellent normative reflections on this notion can be found in the following book, authored by the Basque and Spanish philosopher, Daniel Innerarity : L’éthique de l’hospitalité. https://www.pulaval.com/produit/ethique-de-l-hospitalite

2-In the attempt at fostering dialogue, in the context of substantial asymmetries of power, we should nevertheless resist strict dichotomizations, putting monolithic or essentialized Indigeneity or Aboriginality on one side, the West, the Crown, or Canada, on the other. A fruitful dialogue can only occur if each partner recognizes the internal diversity, the internal pluralism of the other.

3-On climate change, on the various sources of energy in the land, on all environmental issues, we as citizens should demand sustained collaboration on the part of our governments at all levels: federal, provincial, territorial, municipal and aboriginal.  They simply cannot, and should not, ignore the presence of the others.

4-We need facts. On these issues, SSHRC’s Knowledge Synthesis Grants demonstrate that organized research brings key information, societal enlightenment, and prepare the ground for good public policies. Two examples, from the sessions I attended. Paule Halley (Law, Laval) showed that there were 14 distinct and poorly connected forestry legal regimes in Canada, in addition to the aboriginal legal regimes. Bonnie Campbell and her colleagues (Law and Political Science at UQAM), showed that with regards to the mining industry, the situation was characterized by the selective absence of the state, whether in its federal, provincial or territorial dimension. This leads, in the context of strong asymmetries of power, to many decisions detrimental to the interests of local communities and aboriginal peoples throughout the land.

5-We need modesty. There is a long way to go. As the Chief Justice of the Supreme Court, Beverley McLachlin, said in her Big Thinking lecture at Congress in Calgary on Monday, May 30, 2016, Canada’s journey towards reconciliation and recognition is far from being finished. It will require the reinforcement of a culture of inclusion that will first start from individual citizens, move to communities, associations and civil society, and further reach governmental institutions, at all levels, in parliaments, executive agencies and courts.

In one of the Political Theory of Political Philosophy sections of the program of the Canadian Political Association here at Congress, Afsoun Afsahi, a graduate student from UBC, using both normative theory and quantitative methods, explored the preconditions for successful deliberation. These include an often neglected willingness to deliberate on the part of all players. For her part, Friderike Spang, a graduate student from Western University, also working in the field of deliberative democracy, explored the various dimensions leading ultimately to fair compromise. Her theoretical reflections are connected to the tremendous vitality of this dimension in contemporary German politics, particularly at the level of federal political parties, known as “Kompromissfähigkeit”, or capacity and willingness to compromise. Much of this will be needed in Canada in the next few years, and we should pay greater attention to what the Germans are doing in this regard.

SSHRC and the Humanities and Social Sciences Federation of Canada do great things together all year long, and not only during the one-week congress which has taken place this year in Calgary and will take place next year in Toronto, at Ryerson University. This includes various forums such as the one discussed here on energy and natural resources, the Big Thinking conferences on Parliament Hill and across the country, the Aid to Scholarly Publication Program (ASPP), generously financed by SSHRC, which has facilitated the production of more than one hundred books every year for more than 75 years, without forgetting the Canada Prizes rewarding the best books in the humanities and in the social sciences and the Storytellers Project, which gives voice to a group of 25 students among those having received the support of SSHRC. Partners in the past and in the present, the two institutions are committed to remain strong partners in the future, as both embark on the implementation of their new strategic plans covering the period 2016-2020.

SSHRC and the Federation are thus obviously quite committed to work together in the ongoing quest towards reconciliation with the Aboriginal peoples of Canada. In a manner similar to the Calgary reflections of Canada’s Chief Justice, Beverley McLachlin, the renowned Québec philosopher from McGill University, Charles Taylor, has frequently warned us that in the journey towards reconciliation and recognition, we must give honour and justice to all layers of diversity in our country, in order better to reflect the bilingual, federal, multicultural and plurinational realities of Canada.

Whenever a government chooses to establish a priority, either in the politics of symbols or in the orientation of public policies, the remaining elements of the political system continue to activate themselves. For instance, what will be the meaning of the aboriginal moment in Canadian politics for federalism? Contrary to his predecessor Stephen Harper, Justin Trudeau has renewed dialogue with the provinces and with the territories, and he has had regular meetings with them. These provincial and territorial leaders will be reunited shortly (July 20-22) at Whitehorse (Yukon), for a regular meeting of their forum for horizontal intergovernmentalism, the Council of the Federation (http://www.canadaspremiers.ca/en/). Will they wish to reflect collectively about the meaning of the aboriginal moment in Canadian politics for them? Justin Trudeau, the Prime Minister of Canada, alluded to this question in an important speech he delivered at the Canadian High Commission in London, near the end of 2015. His remarks highlighted the fact that diversity is the source of the strength of Canada, putting the emphasis on the experience of immigration (http://pm.gc.ca/eng/news/2015/11/26/diversity-canadas-strength). In the structure of the central government of the Canadian federation everything that deals with Canadian identity, official languages and the politics of symbols falls in the territory of the Minister of Canadian Heritage, Ms. Mélanie Joly (http://www.pch.gc.ca/eng/1266037002102/1265993639778). Her department will be responsible for the commemorations surrounding in 2017 the 150th anniversary of the federal founding of Canada. It will be interesting to see how the government of Québec led by Philippe Couillard, the political trustee of Québec’s distinct society and of its own national project, will intervene in the public sphere in the double context of the commemorations of 2017 and of the current aboriginal moment in Canadian politics. All these developments will be studied by the Research Group on Plurinational Societies (GRSP, in French), led from the Université du Québec à Montréal (UQAM) by Alain-G. Gagnon. I am a proud member of this team, which also includes  among others Geneviève Motard and Martin Papillon, two scholars who study aboriginal matters from the perspectives of law and political science. I shall further discuss the work of GRSP in a forthcoming entry on this blog.

Guy Laforest, FRSC

President-Elect, Humanities and Social Sciences Federation of Canada

Professeur titulaire au département de science politique de l’Université Laval

Guy.Laforest@pol.ulaval.ca